‹ Le Coup d'Agadir et la guerre d'orientChapitre 40 sur 75 · SYSTÈME PARLEMENTAIRE ANGLAIS · texte numérisé non relu

SYSTÈME PARLEMENTAIRE ANGLAIS

européenne. D'ores et déjà on peut discerner que la vingtième « vague des siècles », pour reprendre l'image d'un poète anglais, apportera tout autre chose que ce que la dix-neuvième roulait avec un certain fracas. Les libéraux anglais ont cru pouvoir exploiter commodément les passions qui étaient si ardentes au temps de la réforme de 1882 ou de l'agitation charlisle. Ils ont voulu refaire les élections sur le dilemme : « Pairs ou peuple. » La vérité est que l'opinion a pris parti sur une autre alternative, celle du libre échange ou de la protection. C'est sur celte question que s'est concentrée la lutte. Quant aux véhémentes attaques deM.Lloyd George contre la Chambre Haute, elles n'ont certes pas laissé indifférentes certaines classes misérables et particulièrement exploitées. Mais de tout temps et en tout lieu l'excitation des pauvres contre les riches et les appels à la guerre sociale ont trouvé un écho : à Syracuse et à Rome comme dans les faubourgs des grandes cités anglaises. Là n'est pas l'originalité de cette campagne électorale. Ce qui est remarquable, c'est que « l'envie démocratique » n'ait pas réussi à se transformer en grand courant politique capable de conduire l'Angleterre à une transformation radicale, peut-être même à une révolution, comme certains l'espéraient et comme d'autres — dont nous ne fûmes pas — l'ont craint. Du dehors, en effet, ces élections ont été suivies avec une curiosité et une attention particulières, avec un intérêt non dissimulé. On a vu la France

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républicaine faire des vœux pour les uniouistesconsenateurs tandis que l'Allemagne monarchicpie adressait les siens aux libéraux. Chez nous, non seulement le Temps, souvent si sage dans son « Bulletin de l'Etranger », mais encore le Siècle, VAction, bien plus avancés, ne cachaient pas qu'un succès des libéraux risquerait de troubler la tranquillité de l'Angleterre, de diminuer sa puissaiice maritime, d'y rendre impossible la ciéation d'une force militaire, et par là d'amoindrir, sinon d'annuler, la valeur de la véritable alliance que sous le nom d' « entente », la France a contractée avec le Royaume-Uni ^. Par contre, les organes de la presse allemande, tout en se rendant compte de l'excellent argument patriotique que leur sympathie pour le ministère radical apportait aux conservateurs, ne pouvaient s'empêcher de témoigner leur préférence pour M. Asquith. Plus habilement, le gouvernement impérial prêta même secours aux libéraux et essaya d'apaiser les alarmes du patiiotisme britannique, mis en éveil contre le péril allemand, en se montrant disposé à une entente sur les armements maritimes. Admirable et opportune appropriation des principes de la Hâve, bien conforme à la tiadilion ulililaiic de

I. An mois de novembre 1912, le ministère de M. Asquith ayant failli tomber à la suite d'un vote à la Ciiambre des C>ommunes, le correspondant parisien de la Gazette de Francfort observait que, dans les milieux parlementaires français, on faisait tout haut des vœux pour le retour au pouvoir des unionistes.

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l'ancienne diplomatie. Bismarck, el la Grande Catherine, et Frédéric de Prusse, pour ne citer qu'eux, eussent reconnu là leur école. Voilà comment, sans avoir l'air d'y toucher, la diplomatie peut se mêler de la politique intérieure des peuples étrangers. Nous enregistrons ce fait nouveau, nous le notons avec soin, et nous le plaçons, comme une vérification excellente, à côté des documents qui attestent l'intervention intéressée des puissances étrangères dans nos propres révolutions.

C'est le vicomte Melchior de Vogué (el nous sommes heureux de rendre ici un hommage inattendu à cet écrivain peu porté au relativisme) qui a fait remarquer que, survenue une douzaine d'années plus tôt, au moment de Fachoda, la crise constitutionnelle anglaise aurait dû être envisagée en France sous une face toute contraire. Une bonne révolution agraire dans le Royaume-Uni, une transformation de la propriété, des troubles graves dans les fortunes, l'afTaiblissement des grandes familles qui constit\ient les assises historiques de l'Etat, une violente poussée démocratique et humanitaire au gouvernement, une décroissance de l'impérialisme et, en outre, le maintien assuré du libre échange dont nous sommes les principaux bénéficiaires - tels eussent été les bienfaits d'un succès des libéraux aux environs de 1898. Mais nous n'en sommes plus là.

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Amis — ■ ol un jifii protégés — de l'Aiiglelerre, noire inlérêt immédial nous pousse à désirer le succès des conservateurs, pailisans d'une Grande-Bretagne forle, (oui en redoutant leur succès complet parce qu'ils sont partisans d'une protection douanière dont nos producteurs et nos commerçants auraient à souffrii les premiers. Voilà un relativisme qui se tient dans les limites très raisonnables et très judicieuses trac4es ])ar ^I. de Vogiié.

El c'est pourquoi nous n'avons pas poussé les hauts cris à l'idée que les Anglais portassent atteinte à la puissance temporelle et spirituelle des nobles Lords : nous ne croyons pas du tout que l'Assemblée des pairs soit un des derniers remparts de l'ordre et de lacivilisation. Dans les alarmes que plusieurs écrivains de France ont manileslées au sujet de la pai rie, nous voyons l'expression de ce vieux travers national : l'anglomanie, et surtout, peut-être, un reste de cette admiration pour les institutions parlementaires anglaises qui dale de nos écrivains du xviu*" siècle. Les deux Assemblées, les deux partis, toute celte mécanique tant Aantée semble en péiil. Aussitôt, l'ensemble des idées reçues quant à la perfection des institutions britanniques parait à son lour en danger. Telle est la cause profonde de tant d'alarmes. Mais s'il y a lieu, en effet, de s'inquiéter pour le parlementarisme anglais, est-ce que les événements auxquels nous assistons sont vraiment tout à fait nouveaux ? Est-ce qu'ils ne sont pas commandés par une évolution qui ne dale pas

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d'hier ? La queslioii iiiériU; tl èlre oxainiuée sous plusieurs faces.

Roberl Peel, dans le même esprit de conservation qui anime encore quelques représentants de la vieille Angleterre, disait de la grande réforme de i832, celle qui supprima les bourgs pourris, étendit le droit de suffrage et bouleversa les coutumes et les traditions politiques : « Ce bill est fatal à notre heureuse forme de gouvernement mixte, fatal à l'autorité de la Chambre des Lords, fatal à cet esprit de suite et de prudence qui a valu à l'Angleterre la confiance du monde, fatal à ces habitudes, à ces pratiques de gouvernement qui, en protégeant efficacement la propriété et la liberté des personnes, ont donné au pouvoir exécutif de cet Etat une vigueur inconnue en tout autre temps et en tout autre pays. Si le bill proposé par les ministres est adopté, il introduira parmi nous la pire et la plus vile sorte du despotisme, le despotisme des démagogues. » Ainsi parlait sir Robert Peel. Et pourtant un grand règne allait s'ouviir où l'Angleterre fut glorieuse. L'ère victorienne vit même une réaction, mais non pas dans le sens où l'eussent désirée les partisans du parlementarisme traditionnel : avec Disraeli se répandit le mépris de la vieille oligarchie parlementaire du xviii" siècle, des « vaines idoles » et des « oracles menteurs », tandis que les mouvements de réforme qui avaient occupé la première partie du xix" siècle apparaissaient comme une «révolution mesquine et égoïste qui n'a émancipé ni le peuple ni le trône ».

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N'y aurait-il donc que la France à garder, pour les formes constitutionnelles du régime anglais, une vénération dont les insulaires eux-mêmes se sont plus d'une fois affranchis ?

On ne peut songer à donner en quelques pages une histoire ni même une vue d'ensemble du parlementarisme britannique. Encore est-il possible de montrer par plusieurs exemples que les institutions du Royaume-Uni n'ont jamais eu ce caractère de majesté, de pureté, d'inviolabilité dont l'imagination de Voltaire et de Montesquieu les avait ornées. La monarchie en haut, les deux Chambres, les deux partis : tel est le système admirable qui fonctionnerait à miracle, assurerait la grandeur des peuples et serait digne de servir le modèle à toutes les nations... Que ces rêveries sont loin du vrai ! Comme elles ignorent le caractère du régime parlementaire britannique, qui fut, à l'origine, purement féodal, et ne fut jamais manié avec succès que par une aristocratie! Mais voyons plutôt, à vol d'oiseau, comment la trinité constitutionnelle anglaise (roi, pairs et communes) a fonctionné depuis qu'elle fait envie aux peuples de la terre et depuis que la « Mère des Parlements » a fait souche dans les deux mondes.

Et d'abord pour ce qui est de la monarchie, depuis la révolution de 1688 et l'exclusion définitive dos Sluarts jusqu'au moment où la reine A ictoria a relevé l'autorité de la couronne, on voit que le pouvoir royal n'a pour ainsi dire pas compté dans le gouvernement de l'Angleterre. Marlborough ré-

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