SYSTÈME PARLEMENTAIRE ANGLAIS
gnaitsous la reine Anne, et le premier Pitt fut plus roi que Georges III. L'Angleterre du xviii^ siècle fut gouvernée par des consuls, de véritables dictateurs ; Stanhope, Walpole, les deux Pilt, la monarchie hanovrienne n'étant qu'une ombre et ne se maintenant que par la crainte égale qu'avaient les Anglais d'un retour à la Révolution et à la République et d'une restauration de la dynastie catholique. Les hommes à tempérament royaliste, les Jacobiles, détestaient cette monarchie usurpatrice, dont les seuls partisans étaient les whigs à tempérament républicain. C'est ce que Macaulay a mis puissamment en lumière dans quelques-unes de ces formules dont il eut le secret : « Pendant bien des années les rois d'Angleterre furent l'objet d'une forte aversion personnelle chez un grand nombre de leurs sujets, sans être, pour aucun, l'objet dun vif attachement personnel. Ils trouvaient à la vérité un cordial et ferme appui contre le prétendant qui réclamait leur trône ; mais cet appui leur était donné, non à cause d'euxmêmes, mais à cause d'un système religieux et politique que leur chute eût mis en danger. Ils étaient d'ailleurs forcés d'acheter ce concours en sacrifiant constamment leurs propres inclinations au parti qui les avait placés sur le trône et qui les y maintenait... * »
Ce loyalisme britannique qui est indiscuté au-
I. Le comte de Chatham, dans les Essais historiques et biographiques.
igo L ANGLETERRE, SO> PARI.EME.NT, SA MONARCHIE
jouid'hui, il apparut bien plus tard. Il ne date guère que du xix" siècle, et du règne de \ictoria. Ce fut l'œuvi-e de celle princesse, qui au plus \il" sentiment de sa dignité joignait une véritable passion pour son métier de reine. En même leuips rpielle niaiiilinl ses préiogjilives. elle imposa sa volonté à ses ministres ])ar la justesse de ses conseils et de ses vues. Un Palmersion eût volontiers recommencé une sorte de dictatm-e parlementaire à la façon du siècle passé. Patieniincni. clic lutta contre son impérieux ministre et ce fut elle à la (in qui l'enq^orta'. C'était à peu ])rès le tenq)s où Cari vie écriAait : « La chose dont nous aNons le plus besoin n'est pas un Parlement élu a^ec toujours plus de perfection, mais quelque réalité de gouverneur souverain qui préside le Parlement. » Le règne de Victoria fut une continuelle réhabilitation de l'autorité monarcliique. El le jour où Disraeli la fil couronner Impératiice des Indes vengea la royauté anglaise de son long effacement.
I. Voir, dans la Correspondance de la reine Victoria publiée par M. Jacques Bardoux, un mémorandum, daté du 12 aovit i85o, où la reine exige « qu'une fois qu'elle a donne sa sanction à une mesure, celle-ci ne soit ni changée ni modifiée par le Ministre : elle doit considérer un tel acte comme un manque de sincérité envers la couronne. Il sera puni justement par l'exercice du droit constitutionnel qui lui permet de renvoyer le ministre. Elle entend qu'on la tienne au courant de ce qui se passe entre lui et les ministres étrangers avant de prendre des décisions qui auraient ces conversations pour bases, etc.. » Palmerston se soumit.
SYSTEME PARLEMENT VIRE ANGLAIS IQl
Après la dynastie, le Parlement. A-t-il un passé si glorieux qu'il mérite le culte que lui a voué l'anglomanie ? Oublions les temps révolutionnaires et les outrages que lui infligeait alors Cromwell. Ne tenons ])ns compte pour l'instant du caractère purement oligarchique de ce gouvernement parlementaire qui n'était que celui d'un petit nombre de familles. Quelquefois imposante, vue du dehors, la vie intérieure du parlementarisme anglais au xviii" siècle ne fut pourtantqu'un long scandale. « La basse alchimie de la corruption », comme dit Macaulay, les luttes et les cabales des factions furent le spectacle que donnèrent les Communes pendant plus de cent ans. Nos Encyclopédistes trouvaient cet exemple admirable. Les hommes d'Etat du continent jugeaient mieux quand ils estimaient que l'Angleterre était un pays en décomposition, quelque cliose comme une Pologne, mais une Pologne protégée par la mer. Ils négligeaient sa monarchie, alors si effacée et qui devait de nos jours rendre de si grands services au Royaume-Uni.
C'est l'austère et le libéral Macaulay qui a fait cette peinture de la vie parlementaire à la grande époque : « On voyait les membres exiger le prix de leurs votes, former des coalitions afin de faire monter le prix des votes, et, dans les conjonctures critiques, arracher au ministère des salaires énormes m mena<;ant de se mettre en grève. » Corruption de