‹ Le Coup d'Agadir et la guerre d'orientChapitre 42 sur 75 · L ANGLETERRE. SON PARLEMENT, SA MONARCHIE · texte numérisé non relu

L ANGLETERRE. SON PARLEMENT, SA MONARCHIE

bout en bout, puisque l'élu, après avoir acheté ses électeurs, regagnait, et au delà, sa mise en trafiquant de son mandat.

Et quelles garanties de capacité le Parlement tout-puissant offrait-il pour la conduite des affaires!' C'est encore Macaulay qui nous édifie : « On pourrait tirer de l'Almanach royal une liste curieuse de chanceliers qui ignoraient les principes de l'équité, de premiers lords de l'Amirauté qui ignoraient les principes de la navigation, de ministres des Colonies qui n'auraient pu réciter les noms des colonies, de lords de la Trésorerie qui ne savaient pas ia différence entre la dette flottante et la dette consolidée. » William Pitt, « l'homme par excellence du gouvernement parlementaire, le type de sa classe, le favori, l'enfant gâté de la Chambre des Communes », fut premier ministre à vingt-quatre ans. Il ne savait rien, sauf l'éloquence, car dès le ])orceau, dans la maison de son père, il avait été entraîné à l'art oratoire. Au faîte de sa renommée, il ne passait pas un jour sans se livrer à cet exercice : lire une page de latin ou de grec pour s'en approprier le sens, puis, d'une seule traite et à haute voix, la transposer en bon anglais. C'est ainsi que William Pitt s'entretint dans l'art de « répandre ses pensées en un long courant de périodes majestueuses et arrondies » et conserva durant vingt années son prestige sur le Parlement.

Cette époque est dite la plus belle du parlementarisme anglais parce que tous les genres d'éloquence

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Y étaient représentés : philosophique avec Jiiirke, spirituelle avec Sheridan, ingénieuse avec Windham, passionnée avec Fox, le seul qui piit prétendre égaler William Pitt. La Chambre des Communes était une sorte de conservatoire du grand art et de la vénalité. Te renverrai le lecteur qui goûte l'ironie substantielle de Macaulay au chapitre où l'auteur des Essais montre Pilt, pendant les guerres de la Révolution, efl'açant par des triomphes oratoires et des succès parlementaires les désastres que sa politique ne cessait d'éprouver sur le continent.

Et que dire du système des deux partis alternant au pouvoir qui fut, qui est encore, peut-être, considéré comme le comble de l'art politique et la meilleure des garanties pour la stabilité de l'Etat et la régularité de l'administration !' Qu'en dire, sinon que c'est à peu près un mythe .^ Il y a sans doute un certain nombre de familles historiques où l'on est, par une tradition immuable, whig ou tory ^. Dans la généralité des cas, il n'y a que flottement et déclassement perpétuel. De nos jours le home riile

I. Dans une page spirituelle de sa Psychologie politique du peuple anglais,Kmïie Boutniya exposé que certains représentants du peerage se faisaient libéraux, quoique le liljéralisme répugnât à leur instinct profond, parce que la règle du jeu, le f air play, exigeait qu'il y eût un parti libéral. L'éminent écrivain qui signe (( Fœmina », dans ce livre si pénétrant, F Ame des Anglais, insiste de son côté sur le fait que la politique anglaise a tendance à se régler d'après les usages nationaux des sports. Les (( deux partis » historiques étaient deux équipes de foot-ball. Los luttes des classes et des nationalités ont commencé de changer tout cela depuis la grande réforme.

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a d'abord rattaché une grosse portion des libéraux aux conservateurs, et de celle alliance est né le parti unioniste (pour l'unilé du royaume contre l'autonomie de l'Irlande). Un peu ])lns tard, c'est sur la querelle de la protection et du libre échange que se sont faits dans les deux camps de nouveaux échanges d'hommes et de nouveaux schismes. On peut redire aujourd'hui le mot mélancolique, que Bolingbroke, le fameux mylord Bolingbroke de Voltaire, prononçait déjà en 1726 : « Les anciens partis n'existent plus. » C'était le temps où l'on avait vu Stanhope, Avhig, faire une politique tory, et un autre whig, Pulteney, rallier les tories contre Walpole. Autre a alchimie », qui ne vaut guère mieux que celle de la corruption. Et l'on cherche en vain dans ces vases communicants les garanties que pourraient, théoriquement. apporter deux groupes politiques se succédant à la direction des affaires. Faut-il ajouter que plus d'une fois l'opposition fut réduite à néant et que le système majoritaire le plus écrasant sévit ? Sous le consulat de William Pitt, pendant l'année 1799, si peu heureuse pour l'Angleterre, il n'y eut jamais aux Communes plus de vingt-cinq voix contre le gouvernement. Autre ressemblance de ces mœurs avec nos mœurs parlementaires : les scandaleuses invalidations. C'est sir Robert Walpole qui avait coutume de dire que, dans les batailles d'élections, « il ne fallait pas de quartier». Quant à la libre discussion (ou du moins à ce c[\ù pouvait en subsister avec de telles pratiques.

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dont la ressemblance avec les us et coutumes de nos Parlements est si frappante), elle était sensiblement atténuée par l'intolérance des majorilés qui, à force de vacarme, couvraient la voix des oralonrs ; Burke, dans ses dernières années, Rurke lui-même ne parvenait plus à se faire entendre. Mais c'est encore à Macaulay, peu suspect en sa qualité de libéral et partisan « malgré tout » des institutions parlementaires, qu'il faut eiuprunter une page d'instructive satire sur le régime des deux partis :

« Dante nous dit qu'il vit dans Ma/ebolge une lutte étrange entre un être de forme luimaine et un serpent... Les ennemis s'étaient fait des blessures cruelles ; ils restèrent quelque temps à se regarder, immobiles et farouches. Un grand nuage les enveloppa, et alors commença ime miraculeuse métamorphose. Chacun des deux se transforma à l'image de son adversaiie... Enfin le serpent se dressa, changé en homme, et se mit à parler ; l'homme, changé en serpent, se laissa tomber à terre et glissa au loin avec un sifflement. Telle fut, à peu près, la transformation qui s'opéra en Angleterre, pendant le règne de Georges P"", entre les deux partis. Chacun d'eux revêtit la forme et les couleurs de son ennemi, si bien que le tory finit par porter haut la tête en dévot de la liberté, et le whig par ramper et lécher la poussière aux pieds du pouvoir ^. »

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