‹ Le Coup d'Agadir et la guerre d'orientChapitre 44 sur 75 · QUARANTE ANNEES D EAIPIRE ALLEMAND · texte numérisé non relu

QUARANTE ANNEES D EAIPIRE ALLEMAND

son corps ne l'avait pas abandonnée. Il y avait toujours eu un Hohenzollern pour reprendre, après la catastrophe, l'œuvre anéantie. Même après léna, même quand, selon le mot de Henri Heine, Napoléon « n'avait plus qu'à siffler n pour que la Prusse disparût de la carte, la Prusse n'était pas morte parce que le chef de la raison sociale n'avait pas disparu. Dès que les circonstances redevenaient favorables, le successeur des âpres marquis de Brandebourg reprenait la politique de ses prédécesseurs, politique terrienne, politique de paysans rapaces et qui devait plus tard s'élargir si fabuleusement. Cent soixante-dix années après le jour où l'électeur brandbourgeols, modeste sire, s'était fait roi à force de ruse, son successeur montait superbement en grade, s'emparait d'une autre couronne, bien plus solide, bien plus brillante et pour laquelle il n'avait eu besoin de demander la permission de personne en Europe. Et pourtant, dans cet étourdissant triomphe, dans ce Versailles magique, Guillaume I" se retournait vers les auteurs de sa fortune, son souvenir allait à la pauvre cathédrale de Kœnigsberg. Il se souvenait de ce qu'un autre ouvrier de l'œuvre prussienne avait dit de la conquête de la royauté par les Hohenzollern : « C'était une amorce que Frédéric jetait à toute sa postérité et par laquelle il semblait lui dire : .[e vous ai acquis un titre, rendez-vous en digne ; j'ai jeté les fondements de votre grandeur, c'est à vous d'achever l'ouvrage. » C'est ainsi que les Mémoires de Brandehoiircj et le grand Frédéric rat-

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fâchent le couronnement du i8 janvier itoi à celui du i8 janvier 1871.

Qiiaianlc ans écoulés, depuis celle victoire splendide, n'ont servi qu'à la consolider et à en étendre les effets. On pouvait conserver des doutes sur la solidité du nouvel édifice impérial après 1871. Aujourd'hui on peut hien espérer que le nouvel Empire allemand ne sera pas éternel. Mais personne ne saurait dire avec certitude par quel endroit il est viaiment menacé.

Et pourtant, conmie ces commencements avaient été incertains et pénihles !

Le danger, après la défaite de la France, était européen. L'Europe avait laissé l'Allemagne nous écraser pour des raisons diverses : l'Angleterre par calcul, la Russie par rancune, l'Autriche par prudence, l'Italie par... gratitude. Toutes quatre par politique. Thiers, dans son lamentahle voy?ge à travers les Cours, avait l'ail vainement appel tantôt à la pitié et tantôt à l'intérêt. L'Europe préféra nous voir d'abord à terre. Ensuite elle aviserait.

Jusqu'à quel point ce calcul a-t-il été juste ? Les puissances peuvent aujourd'hui s'en rendre compte. Seules l'Autriche et l'Italie ont tiré avantage de leur attitude, d'ailleurs très sage, très réfléchie ^ Mais la

I. En dépit des démonstrations tentées par M. Emile Bourgeois pour introduire la question romaine dans le problème des

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