LA DECADK.NCE DES PARTIS EN ALLEMAGNE
verain seulement, il se rendait ainsi justiciable du Reichslag. Il fut sur-le-champ payé de cette erreur [)ar l'arrogance des partis qui l'obligèrent, en juillet 190g, à abandonner son poste ^ et conçurent à la suite de cet événement l'espoir d'établir désormais leur influence et de faire sentir au pouvoir leur volonté.
Avec quelque raideur et quelque austérité, M. de Bethmann-Holh\eg s'est appliqué à faire rentrer choses et gens dans l'ordre. Tout à fait ignorant de l'élégant cosmopolitisme où se plaisait M. de Biilow, le nouveau chancelier se contente de représenter la doctrine d'Etat prussienne : les journaux satiriques ont pris l'habitude de l'appeler le « philosophe ». Et sa philosophie politique est assez courte, à la vérité, mais saine : elle consiste à répéter sans grand éclat, et à appliquer aussi, autant qu'il paraît, avec énergie, les maximes qui depuis quarante ans ont si bien réussi à l'Empire. Wir hahen heine Parleiregicruncj, nous n'avons pas un gouvernement de parti, redisait, il y a peu de
I. Il est d'ailleurs probable que l'altitude du prince de Biilow à l'égard de son souverain après l'aU'aire du Daily Teh'rjra[jh cl les fameuses « journées de novembre » aurait, de toute façon, rendu sa cliute inévitable. Le chancelier qui cherchait à s'appuyer sur une majorité au l^arlement, a été visiblement tenté de jouer le l'ôlc de maire du palais. Guillaume II, après quelques mois de patience, a vu son ministre renversé par les soins du Reichslag, sans avoir eu la peine ni couru le risque de le renverser lui-même. Et ce n'est pas maladroit pour un Empereur tpi'on regarde volontiers comme un brouillon.
semaines encore, M. de Belhmann-Holhveg à la Diète de Prusse à propos de celte loi de réforme électorale que ses efforts tendent à rendre acceptable à d'autres éléments que ceux de droite. « Nous n'avons pas de gouvernement de parti », tel est le principe que M. de Bethmann-Hollweg s'est chargé de remettre en vigueur.
Quoi que l'avenir réserve au nouveau chancelier, il est néanmoins douteux qu'il pousse l'application de ce principe plus loin que M. de BûIoav lui-même, à la belle époque de sa magistrature. Si, comme on l'a écrit, les chanceliers de l'Empire allemand ne doivent voir dans les partis élus « que les éléments indifférents de la chimie politique qu'ils ont mission de mettre en œuvre », le prince de BûIoav aura été d'une fertilité qui ])asse encore celle de Bismarck, son maître, à imaginer des composés et des synthèses de gouvernement. Sauf les socialistes — et peut-être seulement parce que l'occasion ne s'en est pas présentée — on a vu, de 1900 à 1909, le gouvernement introduire indifféremment toutes les fractions du Reichstag en des combinaisons destinées à enlever tel ou tel vote nécessaire à l'intérêt général. Aucun groupe ne possédant à lui tout seul la majorité absolue, on accouplait tantôt les conservateurs et le centre catholique, tantôt les libéraux et les conservateurs, et l'on recourait à la dissolution quand aucun mariage n'était plus possible ou lorsque au contraire un des « blocs » se rendait par trop exigeant.