‹ Le Coup d'Agadir et la guerre d'orientChapitre 48 sur 75 · LA DECADENCE DES PARTIS E> ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

LA DECADENCE DES PARTIS E> ALLEMAGNE

Il n'y a donc pas, au Reichstag, de majorité gouvernementale. L'exemple de l'Allemagne, telle qu'elle est constituée depuis 187 1, a prouvé que ce n'était pas un vain propos de dire que la monarcliie est le contraire du gouvernement des partis et qu'elle est le système le plus habile à faire prévaloir l'intérêt national, parfois malgré la résistance de groupes puissants. On a même vu, et ce n'a pas été une rareté, le chancelier, représentant du pouvoir impérial, se tourner contre les plus fidèles soutiens du trône et leur imposer, d'accord avec le souverain, des mesures inspirées par le souci du bien général. Ainsi furent rendus possibles, ainsi furent rapidement réalisés bien des progrès que l'égoïsme des partis et des classes eût travaillé à enrayer. On peut dire que tout ce qui s'est fait de bien pour la Prusse depuis 1860, pour l'Allemagne depuis 1871, s'est accompli contre tous les usages et toutes les volontés parlementaires.

Il est iuulile de refaire l'histoire si connue de la lutte conduite par Bismarck contre la majorité libérale de la Diète prussienne. Lutte singulière où éclatent l'infirmité du régime des assemblées et l'aveuglement de la souveraineté populaire. On était à la veille de Sadowa, et les libéraux prussiens, qui voulaient l'unité allemande, refusaient au [)remier ministre les hommes et l'argent nécessaires à la victoire. Le plus étrange de la situation était qu'il eùl sulïï à Bismarck de dévoiler ses intentions à la tribune pour se rallier les unitaires. Mais cette publi-

cité à la face de l'Europe ruinait d'avance ses calculs. Bismarck fut donc contraint d'entreprendre la lutte contre les libéraux dont il servait l'idée, et dès lors on ne s'étonne pas des paroles amères et irritées qui lui échappèrent si souvent. Quelle école pour un homme d'Etat ! Un certain mépris de l'espèce humaine en resta à Bismarck. On dit qu'à l'instant décisif de la bataille de SadoAva il se tenait prêt à se faire sauter la cervelle au cas d'un succès des Autrichiens : la Prusse fut victorieuse et les libéraux, instruits de leur sottise, devinrent les « nationauvlibéraux », le grand parti de l'unité allemande. Toutefois, lorsque le Reichstag fut institué avec le sulTrage imiversel, est-ce avec les nationaux-libéraux, par eux et pour eux, que Bismarck entreprit de gouverner 1* On put le croire. Du dehors, l'opinion libérale, contrariée du mauvais exemple que donnaient ces succès remportés contre les règles, espéra que Bismarck allait se ranger aux méthodes parlementaires. Elle l'annonça même. Cherbuliez écrivait dans la Revue des Deux Mondes :

« Quelqu'un ([ui connaît bien M. de Bismarck, disait, après la conclusion de la paix de Francfort, que Richelieu ne tarderait pas à se faire Pitt. 11 entendait par là que le chancelier de l'Empire allait s'occuper activement de se créer la grande situation parlementaire qui lui avait toujours manqué, qu'il soulèverait à cet effet une importante question politique intérieure, et qu'il en profiterait pour grouper autour de lui un parti et une majorité qui fussent

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