LA DKCAOENCE DES PARTIS EN ALLEMAGNE L
eolièremenl à sa dévotion. M. de Bismarck a soulevé la question relig-ieuso, il a déclaré la guerre au Vatican, et le parti national-libéral est à lui... »
L'erreur de Cherbtdicz et de son monde était encoie aggravée par la prophétie qui accompagnait ces lignes : la guerre contre les catholiques, le Kultiirkampf durerait vingt-cinq ans, et même on ne prévoyait pas « qu'aucun événement pût modifier d'une manière sensible la situation » ! Cependant Bismarck n'avait d'autre souci que d'achever de bâtir la maison allemande. Et ce n'était pas du Parlement rpi'il s'inquiétait. Il avait l'œil sur tous les ennemis de l'unité et de l'Empire naissant. Il redoutait au dedans et au dehors les éléments « centrifuges ». C'est alors qu'il poursuivit tout particularisme, mêmeen Prusse, avec rapidité et décision... Les catholiques allemands boudent contre l'état de choses nouveau ;' Us sont excités au séparatisme par le mouvement de « coalition blanche » qui se dessine à l'extérieur !' Bismarck courra sus à l'ultramontanisme. Et le Kullurkampf — qui n'a que des prétextes philosophiques et religieux — sera une machine de guerre politique. Il y a plus : les conservateurs prussiens préfèrent leurs privilèges à la grandeur et à la solidité de l'Empire ? Le premier des hobereaux de Prusse rom]ira avec le parti des Junker. Et sa sensibilité, comme il le raconte lui-même dans ses Mémoires, aura beau souffrir de cette rupture avec les conservateurs, qui sont ses pairs et ses amis ; il aura beau ne pas ignorer les difficultés et les tracas que cette
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\olle-face lui vaudra à la Cour : c'est un sacrifice et il le fera parce que le bien de l'Etal l'exige '. D'ailleurs il s'écoulera non pas vingt-cinq ans mais trois années à peine jusqu'à ce que, le péril extérieur ayant disparu, l'unité étant solidement établie, Bismarck fasse sa paix avec les catholiques et les conservateurs. Le Richelieu prussien n'avait pas cessé d'être Richelieu. 11 n'avait pas un moment pensé à jouer les William Pitt.
Ce serait écrire toute l'histoire de l'Allemagne nou\elle que de raconter les phases si diverses dos brouilles et des alliances du pouvoir avec les fractions politiques. Il sullira de rappeler l'aflaire célèbre du canal de l'Elbe cl dos tarifs, qui surgit en igoi. pour achever do nirtnlrcr à quel degré d'im-
1. Le chapitre des Pensées cl Souvenirs consacré à la rupture avec les conservateurs est historique et aussi technique. Au sommaire on lit cet intitulé : « La question de parti est indifférente, du moment qu'il s'agit de sauvegarder les conquêtes d'une manière duraljle en face de l'étranger. » Et dans le texte : « En comparaison des périls que nos guerres avaient créés, je tenais pour subordonnées les diflérences entre les partis de doctrine... La première des conditions était pour moi l'indépendance de r.VUemagne sur la base d'une forte unité sutTisant à sa propre défense... etc. » On connaît aussi le mot de Bismarck sur le sufTrage universel pour le Reichstag, conçu comme un moyen d'empêcher l'étranger « de mettre le doigt dans notre omelette nationale ». Ces quarante dernières années auront vu constamment les formules libérales et les procédés parlementaires mis au service de leurs projets politiques par des hommes qui n'y croyaient pas ou qui du moins n'y attachaient qu'une valeur relative. C'est ainsi que l'Empereur François-Joseph a introduit le suffrage universel en Aulriciic, et lutte en ce moment même pour l'imposer aux Magyars.