‹ Le Coup d'Agadir et la guerre d'orientChapitre 52 sur 75 · LA DÉCADENCE DES PAKTIS EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

LA DÉCADENCE DES PAKTIS EN ALLEMAGNE

cevable) de ce qui leui donnait autrefois la vie et le rayonnement. Il y a une exception à faire pour le centre catholique, où le seul lien confessionnel réunit des Allemands des origines les plus diverses, restituant ainsi le sens primitif du mot « religion » . Quant aux autres groupes de l'Allemagne contemporaine, ils ont cessé de rassembler des hommes qui, à l'abri d'un programme, d'une idée, essaient de faire triompher des personnes et de se partager les profits du pouvoir. Il n'y a plus, à proprement parler, de partis en Allemagne. Alais, à leur place cl dans leur cadre, se sont développés de véritables syndicats économiques à l'aide desquels les citoyens groupés par larges tranches essaient de faire triompher leurs intérêts de classe, dominés par le pouvoir qui remplit son rôle d'arbitre au mieux de l'intérêt général. Ainsi la Social-démocratie (qui profite accidentellement des votes de quelques mécontents) représente la cause du prolétariat. Les conservateurs doivent leur considérable puissance à ce qu'ils forment la vaste ligue des agriculteurs, la coalition de la grande et de la petite propriété. Quant aux libéraux, ils représentent la fortune mobilière, le commerce et la grande inchistrie.

Aussi s'explique-t-on que, selon une autre remarque non moins attristée de M. Sombart, w les grands idéaux qui enthousiasmaient encore nos pères et nos grands-pères aient perdu leur éclat ». C'est principalement aux dépens du libéralisme que

200 L ALLLMAG.NL. MACHINE BIEN MOM KE

ce déclassement s'est exercé. Si puissant en 18/19, au ])olnt qu'à Fiancfort il eut la majorité dans un Parlenienl germanique et crut pouvoir disposer de 1" MIoMiagne, Aigoureuv encore en Prusse quinze ans |)lus lard, le libéralisme était alors soutenu par la vogue européenne. Mais surtout il incarnait l'idée de l'unité allemande. Le parti libéral reçut un coup mortel lorsque l'unité qu'il n'avait pu réaliser au Pailement de Francfort fut faite, en 1866 et en 1870, |)ar les procédés de la monarchie autoritaire. Alors, en majeure ])artie, les libéraux, séduits et éclairés, se rallièrent sous le nom de nationaux-libéraux à lîismarck et aux institutions impériales. Les gauches historiques flétrirent ces faux frères, mais, depuis, elles n'ont fait que végéter. Le suffrage universel leur a été impitoyable. Peu à peu leur ancienne clientèle de petits artisans et d'ouvriers est passée au socialisme et il ne leur est guère resté que leurs adhérents de la riche bourgeoisie industrielle : c'est ce qui explique que la j)ressc libérale la plus avancée soit si bien organisée, si nombreuse et si riche en Allemagne, tandis que, politiquement, le libéralisme ne compte pour ainsi dire pas. C'est une situation tout à fait comparable à celle de la presse conservatrice de Paris, dont l'importance ne correspond à a\icun degré à l'inlluence des partis conser\aleurs sur la vie politique du pays.

Quelques indications sur cette profonde décadence du libéralisme allemand achèveront d'éclairer cette esquisse des transformations qu'a values à

Page 1