I.V DECADENCE DES PAUTIS EN ALLEMAGNE 20I
rAllemagne la maicho régulière de son régime polilifjue. Les partis de la gauche proprement dite sont divisés en trois groupes qui ne disposent à la Dit'-te d Empire que de .^19 voix, \estiges d'un grand passé ! Le premier groupe, le « parti populaire libre |)enseur », est tout ce qui reste, depuis le ralliement des nationaux-libéraux, du célèbre parti progressiste |)russien qui lutta contre Bismarck pour le respect dos libertés constitutionnelles et des prérogatives |iarlenientaircs. Il a 28 voix à lui seul. Mais « l'Union des libres penseurs », nationaux-libéraux retournés à gauche en 1881, ne comprend que i4 membres. Et le « parti du peuplé», qui n'en a que 7, est le plus avancé des trois groupes, bien que, ré[))d)licain à ses origines, il ait renoncé depuis longtemps à combattre les dynasties de l'Allemagne du Sud où il recrute ses rares adhérents.
Que ces ruines se joignent au groupe des nationaux-libéraux (si bien domestiqués par le pouvoir !). Qu'à l'occasion même, si cette réconciliation se fait, les gauches se coalisent avec les socialistes. Et quelques publicistes croient pouvoir prédire que le lleichstag verra de durs combats et l'Allemagne impériale un renouveau d'esprit démocratique. C'est bien improbable. Mais quand cela serait ? Le gouvernement de l'Empereur et Roi ne redoute aucune combinaison possible : un chancelier allemand, qui ne doit de comptes qu'au souverain, gouvernerait même avec l'enfer. La savante homœopathie politique pratiquée depuis quarante ans a mis l'Aile-
magne à l'abri du fléau des partis. Elle a en outre instruit le pouvoir à ne s'effrayer d'aucun accident, tant la ^ie parlementaire a été stérilisée K
i5 mal lyio.
I. Les élections générales de 1912 pour le Reichstag n'ont pas aiTaibli ces observations. Les socialistes ont pris leur revanche sur les élections de 1907 et sont revenus au nombre de iio, aux dépens du Centre légèrement diminué et des conservateurs plus sérieusement atteints. Mais qu'avons-nous vu à la fin de janvier 1918 ? Une coalition des Polonais, des catholiques et de l'extrême gauche a voté un ordre du jour de blâme au chancelier, ordre du jour nécessairement privé de sanction. Tous les éléments centrifuges de l'Empire, comme eût dit Bismarck, se sont trouvés réunis pour cette manifestation, mais en d'autres circonstances, par exemple quand il s'est agi d'élire le bureau de l'Assemblée, catholiques et socialistes se sont trouvés dans des camps hostiles. Plus récemment encore nous aurons vu le gouvernement impérial compter sur les partis bourgeois pour voler son programme d'armements et sur les socialistes pour voter la taxe extraordinaire sur la fortune, destinée à faire face à ces mêmes armements. Entre ces multiples combinaisons des partis, le pouvoir a toujours beau jeu, à moins qu'il ne commette la suprême maladresse de se compromettre à fond avec un des groupes en présence. A ce point de vue la netteté avec laquelle M. de Bethmann-Holhveg s'est séparé du Centre en ces derniers temps atteste la fidélité du gouvernement impérial à la théorie du pouvoir au-dessus des partis. D'ailleurs on peut juger par les expériences récentes et l'instabilité des coalitions du gâchis profond que déterminerait en Allemagne l'établissement d'un véritable régime parlementaire avec responsabilité ministérielle devant le Reichstag. (A'o/e de 1913).
Les Constitiilions cl l'art de s'en servir.
Les députés socialistes à la Clianiijic de Bavière ont soulevé un litige curieux. A propos de la retentissante allocution de Guillaume II à Dœberitz, allocution qui engage toute la politique allemande, ils ont manifesté l'intention de sommer le gouvernement bavarois d'user d'une des prérogatives qui lui ont été reconnues par la Constitution de l'Empire.
D'après l'article 8 de cette Constitution, article qui détermine les attributions du Conseil fédéral, la Bavière possède la présidence de la commission des affaires étrangères. Cette commission, créée par un paragraphe spécial de l'article 8, n'est pas permanente comme le sont les sections des finances, de l'armée ou des chemins de fer. En droit, elle se réunit sur l'initiative des gouvernements confédérés qui ont voix à ce chapitre. En fait, elle ne fonctionne pas et n'a jamais fonctionné.
L'empereur Guillaume I" et Bismarck, en 1871, pour rendre moins amère aux Cours moyennes leur incorporation et leur médiatisation, leur avaient donné sur le papier une belle part dans la politique de l'empire. Ce qui pressait, en 187 1, c'était d'obtenir l'assentiment des confédérés. Le nouvel Empereur et son ministre étaient bien résolus à tenir pour lettre morte les engagements qui les gêneraient et qui
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soraieiil de naturo à nuiro à riiiiité do l'Empiio. Sans violer les Conslilulions sacro-saintes, il y a den\ laçons de se servir de ces papiers quand ils contiennent des dispositions contraires à la sûieté de l'Etat ou même aux commodités du gouvernement. Ou bien on laisse leurs dispositions tomber en désuétude : ainsi est-il advenu chez nous, ])Our la Constitution de 1875 et le droit dajournemeul des Cliambres, de message et de seconde délibération (sans compter le droit de dissolution), dont le pouvoir exécutif, réduit à rien, n'ose plus lappelcr l'usage. Ou bien l'application des articles concédés par la force des circonstances est différée aussi longtemps cpi'il est nécessaire pour que le sou\enir s'en abolisse et que le besoin n'en soit plus senti : gagner du temps, c'est l'enfance de l'art politique.
Ainsi le gouvernement impérial ne s est il j)as jiressé de partager la direction de sa politique étrangère avec les lois de Bavière, de Wurtemberg et de Saxe. \u moment de l'alerte de 1876, la cour de Sluligarl demanda que la commission fédéiale fut mise au courant des éAénements et pût donner son avis. Bismaick éluda la prétention en douceur. Il se déclara « prêta donner des explications aux ministres des Etats représentés dans le comité chaque fois (|ue cela lui paraîtrait possible, et avec l'assentiment de son souverain ». Les plénipotentiaires des trois royaumes ayant, le 2 décembre 1875, renouvelé leur démarche, Bismarck répondit qii'il professait le plus grand respect pour la Constitution en gêné-
LES COSTITITIONS ICI L AHf DE 8 EN SEIWIU 200
inl Pt pour lo parapraphe 3 de l'article 8 en particulier, mais qu'Userait, à son sens, meilleur et plus expéditif de s'adresser, pour tous renseignements, aux représentants diplouiaticpies entretenus par la Prusse dans les trois cours du Sud.
La commission l'édérale des affaires ctrauf-ères ainsi enterrée n'a plus fait parler d'elle depuis 1875. Mais elle existe toujours sur le parchemin légal. Il est douteux que les socialistes de Bavière parviennent à lui doimer une autre sorte de vie.
^4 juillpt iÇ)o8.
Le secret de V Allemagne.
Il n'est pas toujours agréable d'avoir raison. Il est cruel, en particulier, d'avoir raison contre son pays.
Oh ! le lecteur nous croira sans peine : comme nous eussions voulu avoir tort dans nos prévisions sur la crise européenne qui est sortie de la guerro d'Orient ! Comme nous eussions aimé que l'événenement nous apportât un démenti I On aurait vu l'Allemagne et l'Aulriclie renoncer à leurs prétentions, en être pour leur fracas guerrier et pour leurs frais de mobilisation, échouer dans cette quatrième ou cinquième édition de leur politique intimidante, que nous eussions été les premiers à nous en réjouir. Malheureusement, il n'en a pas été ainsi. Encore une fois, le bloc austro-allemand 'a imposé sa loi à TEurope. Ce n'est plus dans son Empire que Guillaume II prononce son fameux sic jubeo. Il l'a étendu au vieux monde tout entier. Comme après le coup de Tanger, comme après le coup de l'annexion bosniaque, comme après le coup d'Agadir, l'Allemagne et l'Autriche unies ont fait triompher leur volonté. A la réunion de Londres, — qui n'était ni un congrès ni une conférence, ainsi qu'on l'avait spécifié à Vienne et à Berlin et ainsi que M. Poincaré l'a reconnu avant-hier, à la Chambre, — les repré-