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naiciil dans une autre direction. Mais on restait convaincu que l'Autriche ne pouvait faire autrement que de disparaître. La vieille idée de la damnation de l'Autriche parle Progrès survivait sous une forme nouvelle.
La conception romanesque et catastrophique de l'Empire des Habsbourg ne résistant pas à la mort de l'empereur François-Joseph aura été le succédané de l'ancienne illusion. L'idée que l'Autriche ne dût pas survivre à une succession a inspiré des montagnes d'articles et de livres. Elle a tellement trotté par la tète des sots qu'elle a même quelquefois fmi par en imposer à des hommes intelligents. Reconnaissons pourtant que, depuis quelques années, on laisse un peu dormir la future guerre de succession d'Autriche dans l'armoire aux fatalités...
Ayant duré, s'étant transformée et développée sous E'rançois- Joseph, l'Autriche se trouve prête pour de nouveaux destins avec François-Ferdinand. Dans cette monarchie qu'on représentait comme décrépite, un « parti de la jeunesse » se prépare à agir et il a déjà commencé de récolter. Et voyez un peu si la tradition des Habsbourg le gêne aux entournures : il n'y a pas, à l'heure qu'il est, d'Etat dont les mouvements soient plus libres en Europe que l'Etat autrichien. Et cet Etat, qui sait se servir avec adresse du suffrage universel pour neutraliser le parlementarisme et les partis, s'appuie avec éclat et confiance sur le principe monarchique et sur le catholicisme. Ni l'un
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ni l'autre ne le paralyse. Au contraire. L'Empire autrichien, qui renaît à la grande politique et aux grandes ambitions, se flatte d'être en môme temps la Gennania sacra restaurata. On l'a vu aux fêtes récentes du Congrès eucharistique, qui ont été, en même temps qu'une manifestation religieuse, une manifestation triomphale de la politique des Habsbourg.
Voilà im phéno^mène qu'on n'avait pas prévu en France parce que la théologie républicaine interdisait de le prévoir. Aura-t-on dit assez longtemps que l'avenir appartenait aux peuples protestants, les seuls forts parce qu'ils sont les seuls libres et les seuls attachés au progrès ? Eh bien, tandis que beaucoup trop de Français, qui s'imaginaient être des penseu rs et même des penseurs libres, croyaient dur comme fer à ce genre de prédestination, un luthérien asissi convaincu que l'était Bismarck pariait pour la chance de l'Autriche catholique et de la majesté apostolique des Habsbourg.
Nous avons déjà cité le mot frappant de Bismarck à lord Salisbury, en 1878. « Je crois, disait l'homme qui avait voulu Sadowa, je crois à la force vitale de l'Autriche. » Ayant battu l'Autriche pour que la première place en Allemagne appartînt à la Prusse, Bismarck n'eut pas de repos jusqu'à ce qu'il eut ramené dans lorbitc de la politique allemande l'Etat autrichien, dont il connaissait la vitalité et dont il discernait l'avenir.
C'est pourquoi, si la résurrection de l'Autriche
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est, comme nous le disions tout h l'heure, une surprise de la politique et de l'histoire, ce n'en peut être une que pour les mauvais historiens et pour les hommes d'Etat formés à leur école.
17 octobre i 91a.
Une indécence.
Nous n'aimons guère ouvrir l'armoire aux principes tant que la nécessité ne le commande pas. Et nous ne croyons point avoir fait jusqu'ici figure de doctrinaires trop rigides en face des événements de Turquie. On ne nous a pas vus en appeler au dogme de l'intégrité de l'empire ottoman. On nous aura seulement trouvés en garde contre une illusion, celle qui laisse croire que les victoires des balkaniques doivent être, par la force des choses, avantageuses pour la France. Sans doute, le bouleversement oriental pourrait nous offrir quelques bonnes occasions. Ces bonnes occasions, ne seront pas, contrairement à ce que la sagesse des nations recommande, saisies par les cheveux. (L'opération comportant des risques qu'elle n'est pas en état d'affronter, la République fait mieux de s'abstenir.) En sorte que nous ne pouvons guère compter que sur la bonne volonté des peuples, ce qui est fragile. Et les mauvaises chances nous restent seules dans leur intégralité.
Il est profondément déplorable que la carte de l'Europe soit remaniée à un moment où la France est si cruellement « absente ». Yoilà ce qui fait le sujet de notre inquiétude. Notre appréhension en face des victoires des alliés eût été la même si les Turcs
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fussent entrés à Sofia et à Belgrade. Car la France ne pourra pas prendre la part qu'il faudrait au remaniement du statut européen rendu inévitable par toute guerre d'Orient. Et nous n'avons pas une foi assez robuste dans la bonté naturelle des choses pour croire que l'arrangement tournera à notre avantage sans que la France s'en soit occupée. Notre opinion invariable est que la Triple Alliance s'efforcera aussi longtemps que possible d'écarter la Triple Entente du grand règlement final, Elle cherchera à s'entendre directement avec les confédérés des Balkans, comme ceux-ci se sont déjà directement adressés à la Turquie, soit pour lui déclarer la guerre, soit pour négocier la paix en négligeant les offres de médiation de M. Poincaré. Imaginez des traités de Westphalie ou des traités de i8i5 où la France ne serait même pas consultée : voilà ce qui nous menace, voilà ce que nous prépare l'empereur allemand. Nous descendrions encore d'un degré au-dessous de ce que nous fûmes au Congrès de Berlin, où la France, si elle ne joua pas un rôle bien brillant, était convoquée et comptait au moins comme figurante.
Refaire une Europe sans nous, c'est-à dire contre nous, tel est le plan où la Triplice est encouragée par le précédent de 1908, lorsqu'elle rejeta toutes les demandes en reddition de comptes de la Triple Entente. Ce souvenir n'est pas propre à nous mettre de très bonne humeur. Il nous cause une inquiétude cpii nous empêche d'applaudir autant que nous le voudrions les vainqueurs des Balkans. Comme nous
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aimerions pouiUmt nous réjouir sans réserve du triomphe remporté par des peuples qui se font un point d'honneur — rare et magnifique gratitude — de proclamer que c'est à la France militaire, dont ils sont les élèves, qu'ils doivent leurs succès.
Aussi ne nous est-il jamais venu à l'idée d'appli- (|uer aux Bulgares et aux Serbes la condamnation que porte et que doit porter contre la politique des nationalités le patriotisme français. Malheur à qui manie les doctrines comme des massues de fer et en assène de grands coups en aveugle ! Ni le salut ni l'intérêt de notre pays ne commandent qu'il soit indistinctement hostile à toutes les nations qui grandissent. La Serbie n'est pas le Piémont. La Bulgarie n'est pas la Prusse. Quand la Bulgarie et la Serbie, une fois la paix faite, auront chacune à peu près autant d'habitants que la Belgique (elles ne peuvent pas annexer plus de populations cju'elles n'en trouveront en Macédoine et en Thrace),ce n'est pas ce qui les empêchera de figurer encore au nombre de ces peuples moyens que la France, par une de ses traditions les mieux établies, se doit de protéger. De ce point de vue, d'ailleurs, l'Etat ottoman, auquel nous rattachent tant de liens historiques, ne mérite pas moins d'égards.
On voit par là que le patriotisme français n'est pas si égoïste, n'est pas si inhumain, lorsqu'il dénonce comme un principe mauvais celui qui jadis a inspiré la politique des nationalités. Cette politique a abouti à celle des « grandes agglomérations »,
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comme disait Napoléon III, qui la favorisait. Et les grandes agglomérations, funestes d'abord à la sécurité et à la paix de l'Europe, ont ensuite aggravé et multiplié les iniquités auxquelles le principe des nationalités était censé devoir porter remède. C'est ainsi qu'à nos portes il s'est formé une grande Allemagne et une grande Italie, contre nous d'abord, et puis au prix de quelles spoliations de nos protégés historiques ! Inutile de dénombrer ces spoliations qui sont présentes à tous les esprits. Mais n'est-ce pas assez qu'en Allemagne, par exemple, le principe des nationalités ait eu pour effet d'asservir des populations françaises et danoises, de ravir leur indépendance aux Hanovriens, aux Bavarois, aux Saxons, dont le royaumede France garantissait jadis les libertés, sans qu'on menace de recommencer ailleurs ces opérations désastreuses ?
La leçon n'a donc pas été suffisante ? On veut donc que la France travaille encore contre elle-même P Hier matin, un des journaux qui, grâce à leurs idées passe-partout, s'adressent au plus vaste public, voulant punir l'Autriche d'être le trouble-fête de l'Europe, proposait quoi ? Tout simplement le partage de la double monarchie.
Nous croyions que le temps de ces fantaisies était passé depuis que le traité de Francfort avait montré où elles étaient capables de conduire la France. Mais il paraît qu'une certaine tournure d'esprit est incorrigible.
Nous laissons de côté la question de savoir si la
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monarchie de François-Joseph se laisserait tirer à quatre chevaux aussi facilement qu'on voudrait le faire croire. Tout hétérogènes qu'ils sont, ces peuples ne vivent pas si mal sous le sceptre des Habsbourg et, comme la guenille de l'autre, leur manteau d' Ai lequin pourrait leur être plus cher qu'on ne pense. Par exemple, les Magyars tiennent-ils tant que cela à se trouver seuls en face de la Russie et des Slaves ."^ Certains souvenirs de iS/ig en font douter. Les Tchèques, réduits à eux-mêmes, seraient ils sans inquiétude? Ils savent bien que jamais la Bolu'me n'a pu se garder libre. La Pologne autrichienne, la plus heureuse des Polognes, n'a envie de subir ni le régime prussien ni le régime russe. Quant au reste des nationalités qui composent la monarchie duahste, on propose de le répartir entre une Roumanie et une Serbie qui en seraient si considérablement agrandies qu'il faudrait immédiatement faire cadeau de Trieste aux Italiens et de tous les Allemands d'Autriche à l'Allemagne.
0 chef-d'œuvre de la politique 1 Un royaume italien sans contrepoids et maître de toute une mer ; un empire allemand peuplé de près de 8o millions d'habitants, tous deux en face d'une poussière de petits et moyens Etats tchèque, magyar, serbe, grec, roumain, etc.. Voilà les rêveries d'homme ivre qu'un grand journal populaire propose à des Français dont beaucoup étaient nés au siège de Paris et au traité de Francfort, qui ont vu le coup de Tanger et le coup d'Agadir... Démolir l'Autriche ! Nous espé-
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ions que le quai dOrsay n'enverra pas ses compli ments aux inventeurs de ce remède européen.
Sans doute il est fâcheux que l'Autriche soit engagée dans des alliances hostiles à notre pays : la l'an le en est d'ailleurs à nous — c'est-à-dire aux régimes napoléonien et républicain — plus qu'à elle. Nous n'avons pas à favoriser ses ambitions ni à servir son jeu : on connaît là-dessus notre opinion invariable et nous avons assez crié au feu au moment du flirt de M. Crozier et de la « pénétration des alliances » de M. Stephen Pichon. Mais il suffit de se représenter la carte de l'Europe pour s'apercevoir que l'existence de l'Autriche-Hongrie est indispensable à la France. Si on le nie, c'est alors que le moment viendra d'exhiber les principes et de reprendre nos démonstrations contre la déplorable politique des nationalités.
Cependant, si la censure doit être rétablie contre l'immoralité des théâtres, nous regrettons qu'on ne songe pas à créer des censeurs spéciaux pour réprimer certaines indécences dans l'ordre politique.
28 no\embre njia.