LES EXPÉRIENCES DE LA BELGIQUE ET DE LA HOLLANDE
Léopold IL
Le roi des Belges a achevé son long règne de quaranle-cinq ans. Mourant, il trouvait encore la force d'accomplir son écrasante besogne quotidienne. A son lit de mort, il a eu la satisfaction de ratifier ce projet de réforme militaire pour lequel il avait si longtemps lutté. C'est peut-être la plus remarquable des physionomies de roi moderne qui disparaît.
Si l'on osait soutenir encore que la monarchie est une institution archaïque, il faudrait répondre par l'exemple de Léopold IL Si l'on 'objectait qu'un roi, et surtout un roi constitutionnel, ne sert à rien, il faudrait montrer l'activité de ce prince et tout ce qu'elle a suscité d'énergies parmi le peuple belge. Le premier Saxe-Cobourg qui accepta la couronne de Belgique avait assuré l'existence du minuscule royaume. Son habileté, sa prévoyance, qui se manifestent si hautement par la correspondance, récemment publiée, de Léopold I" avec la reine Victoria,
avaient SU ccailer les périls qui menaçaient les commencements de ce petit pays, objet de tant de convoitises et exposé à tant d'attaques. Les frontières étaient ouvertes, l'unité morale très lâche. La Belgique avait été créée par les besoins de la politique et non par la nature ou par l'histoire : son premier roi se donna pour tâche de garantir l'avenir du jeune royaume. Léopold II continua l'œuvre de son père en défendant la Belgique contre les velléités d'annexion de Napoléon III après 1866. Il fit alors son devoir en recherchant la protection de la Prusse et en mariant le comte de Flandre à une princesse de Hohenzolleni, comme il l'a fait dans ces dernières années en prodiguant d'utiles conseils aux hommes de notre Etat républicain chaque fois qu'un danger extérieur menaçait la France, et en usant de toute son influence pour mettre la neutralité belge sous la sauvegarde de fortifications solides et d'une bonne armée. L'indépendance et la tranquillité étant promises à la Belgique, Léopold II, qui possédait au plus haut degré l'intelligence des affaires, poussa son peuple dans la voie du développement et de l'expansion économiques. Et là, personne ne conteste ni son initiative, ni son succès.
On sait que Léopold II méprisait le parlementarisme et qu'il n'aimait pas les parlementaires. Mais il protégeait les Chambres de Commerce et les commerçants. On raconte qu'un de ses familiers, un de ses aides de camp préférés, mérita la disgrâce du souverain pour s'être plaint trop haut, à une récep-