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tiou de Laeken, que le palais lût envahi par lo négoce. « Souvenez-vous que je suis le premier des marchands de Belgique », disait Léopold en congédiant le malheureux O'Sullivan. Or, ce roi marchand a su annexer un empire à son petit royaume. Avec une persévérance vraiment royale, ayant, dès 1S76, jeté les yeux sur les riches régions de l'Afrique centrale, il inventa et façonna cette extraordinaire création politique, cet Etat sans précédent, qui s'appela l'Etat libre du Congo. Après vingt ans et plus de négociations diplomatiques,. Léopold II, malgré les efforts de l'Angleterre, a réussi à annexer à son pays, qui en tirera autant de richesse que la Hollande en tira des Indes, cet immense domaine équatorial. Et c'est là l'œuvre propre, l'œuvre personnelle de Léopold II, œuvre dont la partie la plus aride consista à convaincre les Belges d'accepter ce qu'il leur apportait...
L'avenir révélera sans doute les détails de l'activité politique qu'il déploya au cours de cette opération grandiose. Mais plus d'une parcelle de vérité nous est parvenue déjà. On sait que le roi remporta maint succès diplomatique, et il ne les dut qu'à lui-même. Uécemmcnt encore, la rectification des frontières congolaises s'achevait au bénéfice de la Belgique et au détriment de la France. C4omme M. Davignon hésitait à maintenir ses premières prétentions, que repoussait le quai d'Orsay, Léopold engagea son ministre à les renouveler. « Tenez bon, lui soufllat-il, je connais ces gens-là. Ils lâcheront tout. » Ces
(( gens-là », c'étaient nos ministres républicains, et ils lâchèrent tout en effet. On a quelque honte à dire ces choses et la main hésite avant de les écrire. Mais, s'il est amer, il est pourtant salutaire de savoir que le roi des Belges connaissait toutes nos faiblesses, et que le chef de cette petite monarchie venait si facilement à bout d'un grand pays tombé en République parlementaire.
Léopold II laisse la Belgique en pleine prospérité. Il la laisse aussi avec une conscience nationale développée. « Il n'y a pas de nationalité belge », disait Napoléon III en 1867. On ne pourrait sans doute plus en dire autant aujourd'hui. Quatre-vingts ans de monarchie ont donné à la Belgique, qu'eût infailliblement déchirée la lutte des langues, des partis et des religions, une réelle unité et une force indiscutable. Il y aura demain une armée, après-demain une marine belges. Et sur ce point le prince Albert continuera fermement l'œuvre de son oncle. Mais surtout il s'est déjà formé en Belgique un très vif sentiment de fierté nationale. Lorsque l'Angleterre menaça d'intervenir dans les affaires congolaises, il n'y eut qu'un cri dans le petit royaume : sept millions d'hommes ne se laisseraient pas intimider. Et l'Angleterre recula. Ainsi, à son lit de mort, Léopold II, dont la fin a été pleine de sérénité, a pu être rassuré sur l'œuvre qu'il laissait derrière lui.
Ce souverain d'un petit peuple a toujours vu grand. Mais il n'a jamais vu trop grand puisqu'il a toujours réussi. Dans son pays, au dehors, en
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B'rance même et peut-être en France surtout, ce sont des éloges unanimes qui saluent la mort du souverain qu'hier le plus grave des journaux républicains du soir n'hésitait pas à appeler « un grand roi )). Notre presse retentit d'instructives oraisons funèbres. Excusons-nous de n'avoir su, à propos de Léopold II, nous élever au lyrisme de nos confrères de gauche. Peut-être la possession de la vérité royaliste aide-telle à estimer naturel et raisonnable le brillant emploi qu'ont trouvé dans le métier de roi héréditaire les hautes capacités de Léopold II.
i8 décembre 1909.
Lue monarchie moderne : la royauté belge.
(( Il est très important que vous soyez très nationaliste. »
Conseil de Lropohî I" à la reine Victoria, 23 juin 1837,
Vu mois de novembre 1870 — car les défaites de la France n'avaient pas arrêté la vie ni paralysé les passions des peuples — l'émeute menaçait à Bruxelles. Un minuscule incident administratif, l'attribution de quelque poste provincial à un personnage impopulaire, avait irrité les libéraux de la petite capitale. La foule, devant le palais royal, poussait à l'adresse du jeune roi Léopold II le cri du jour, qui était : « A bas le roi de carton ! »
Léopold II avait du goût pour l'ironie. Il se sera plus d'une fois rappelé pour en sourire cette anecdote de ses débuts. Le u roi de carton » est mort. L'univers l'a sacré grand roi, et justement à cause de sa fermeté et de sa persévérance. Au moment où il disparaît, sa personne est indiscutée et le trône dont il a été le second tilvdaire a acquis un prestige et une solidité qu'il eût peut-être été difficile de prévoir lorsque fut fondée cette monarchie belge. On a lu tantde portraits de Léopold II, ces temps-ci, qu'il nous a paru plus intéressant de remonter plus loin que son propre règne et de rechercher comment sa
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dynastie a su durer, gnuidir cl s'iuiposeï'. C'est, nous semb!e-t-il, une démonstration d'autant plus efficace et d'autant plus applicable à notre pays que les temps et les lieux, la race et le moment sont plus près de nous et plus près de la nation française.