HUMBLES DÉBUTS DUNE MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE
Lorsqu'en i83o il s'agit de savoir ce que deviendraient les provinces séparées des Pays-Bas, on eut. en Angleterre, d'où les bouches de l'Escaut ont toujours été surveillées de près, l'impression très nette que la Wallonie penchait pour la France. La satisfaction qu'avait causée aux hommes d'Etat anglais la chute de Charles X, chute à laquelle ils avaient même très certainement contribué, ne tenait pas seulement à ce cpi'ils pouvaient croire notre œuvre algérienne compromise. L'impatience avec laquelle les Flandres supportaient le joug hollandais que leur avait imposé le Congrès de Vienne, cette impatience et l'allraction exercée par la France sur les provinces wallonnes alarmaient depuis longtemps le cabinet de Londres. La révolution de juillet vint juste à point pour nous faire perdre une occasion magnifique et nous évincer de notre héritage. La réalisation du vieux plan national en fut pour longtemps ajournée. Comme l'avait fait la désastreuse liquidation des guerres de la Révolution et de l'Em-
pire, la chute de Charles X vint rendre inutiles les longs travaux d'approche auxquels s'était livrée la monarchie française du côté des Pays-Bas autrichiens. L'Europe, trop heureuse de la circonstance, décida qu'il serait formé, avec les régions soulevées, un État indépendant et neutre, un Etat de la barrière, comme il y avait au xvu" siècle des « villes de la barrière » pour arrêter les entreprises de la France. On avait, en i8i5, rattaché les Flandres catholiques à la Hollande, ce qui, disait-on, n'était pas « naturel ». Il n'est pas du tout certain que la constitution d'un Etat belge correspondît mieux à la nature.
La Belgique est une pure invention des hommes. Elle ne possède pas de frontières. Entre ses limites arbitrairement dessinées, il ne vivait pas de nation. Les Belges, Belgœ, n'existaient plus que dans les Commentaires de César. Ils n'avaient pas plus de réalité, depuis des siècles, que les Morins et les Eduens. Entre les Avalions tout français et les Flamands flamingants, on voyait vingt bons sujets de querelle, pas un penchant à fraterniser. On eût pu parier gros que les Flandres n'en avaient pas fini avec les tribidations et que les vicissitudes qu'elles avaient connues reprendraient vite leur cours après un essai d'indépendance malheureux et sans lendemain.
Lorsqu'on en vint à régler les conditions d'existence du nouvel Etat et à lui donner un statut, il fut décidé que son chef s'appellerait u roi des Belges ». Belges et roi, à cette heui-e, n'existaient que sur le