L.V ROYAUTE BELGE 2'j O
nier l'existence, se formait avec la richesse et la force croissantes de l'Etat. La persévérante volonté du roi s'imposait, triomphait. Et comme elle avait été nécessaire au succès final ! Le même peuple qui s'était mépris sur le caractère de Léopold II, qui l'avait appelé « roi de carton », n'était pas plus clairvoyant quand il s'agissait des destinées de la Belgique. Léopold II eut de l'imagination et de l'audace pour sept milHons d'hommes. On ne voulait pas le suivre quand il ouvrait le Congo. On ne voulait pas l'écouter quand il démontrait la nécessité de défendre la neutralité de la Belgique à l'aide d'une armée respectable. On le traitait de mégalomane quand il prévoyait la naissance d'une marine belge. C'est en parlant lui-même à la foule qu'il décida les Anversois à entreprendre les grands travaux de leur port. Peut-être un peintre d'histoire le représenterat-il, déjà vieux (c'était en iQoS), frappant le sol de sa canne et prononçant avec feu cette adjuration : « Rester immobile, c'est reculer, \oulez-vous conduire la Belgique à sa perte ? » Anvers répondit non, et Anvers, sans doute, s'est bien trouvé d'avoir écouté le monarque, puisque Léopold II, qui jadis y trouvait grise mine, est devenu son héros.
Que sont, en comparaison des énergies suscitées, des richesses créées, des résultats obtenus, que sont les faiblesses humaines dont ce roi ne manqua pas d'être affligé ? Certes, il aima trop l'or et ses bâtards pour le peu qu'il aima sa famille. On dit même qu'il n'eut p^s de copur. Cependant son prestige ne fit
que grandir avec les années. Aucun scandale privé, aucune des pénibles discussions d'argent dont fut accompagnée la cession de ses droits sur le Congo, rien ne prévalut contre l'éclat du succès final. Par l'accomplissement du métier de roi, où il apporta les dons d'une intelligence et d'une volonté peu communes, Léopold II fit supporter à l'ombrageuse et constitutionnelle Belgique toute la réalité du pouvoir personnel.