‹ Le Coup d'Agadir et la guerre d'orientChapitre 7 sur 75 · GELA SE GATE · texte numérisé non relu

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moins compromettantes en réponse au « conp » d'Agadir. Nous ne reconnaîtrions plus les gens de Berlin si leur réalisme se laissait effrayer par des paroles, et s'ils ne répondaient pas à tous les discours et à toutes les déclarations par une locution qu'aimaient les Romains et qui a trouvé une célèbre adaptation anglaise : des mots, des mots, des mots. . .

Cependant la résistance anglaise sera-t-elle autre chose ? \ a-t-il résolution ferme ou émission de voix et vain assemblage de syllabes ? C'est le problème de l'heure. Mais l'incontestable recul de 1908- 1909, le petit avantage déjà remporté par l'Allemagne en ces dernières journées, rend plus lourd [effort à faire pour regagner du terrain.

Et pour en revenir à l'avis de nos météorologistes suisses, citons les termes identiques à ceux que nous avons si souvent présentés, par lesquels M. Bonnard définit et précise pourquoi u cela se gâte ». Voici son propre texte, daté de Genève 19 juillet : « Depuis la mort d'Edouard VII, l'équilibre qu'il avait réussi à rétablir pour quelques années en Europe est de nouveau rompu. L'Angleterre est gouvernée par une majorité d'un pacifisme intraitable. La Russie, qui n'est point relevée d'une défaite désastreuse pour son armée, ses finances et son prestige, a, par surcroit, les plus graves soucis à l'intérieur. En France, les ministères instables des dernières années sont obligés de compter, en toutes choses., avec une Chambre brouillonne et incohérente., qui prétend concentrer en elle tous les pouvoirs et où les disputes

exaspérées des partis et les ambitions personnelles tiennent trop de place pour en laisser beaucoup aux préoccupations d'ordre national et international. Dans ■ . ces conditions le surpoids de la Triple Alliance est certain. Les deux empires agissants qui la dirigent et en recueillent les bénéfices profitent de ces circonstances heureuses pour eux et déploient une activité diplomatique \ presque invariabtement couronnée de succès. La complète victoire de M. d' Aehrenthal dans la crise qui lui a valu le titre de comte et les grands avantages conquis à par l'Allemagne en Asie Mineure par l'aboutissement^ ^ de ses projets de chemin de Jer l'ont déjà montré. » \

Ajoutez qu'en Angleterre le conflit constitutionnel n'a pas cessé. Et voilà une thèse que, sans doute, nos lecteurs reconnaîtront. Il faut qu'elle ait pour elle un certain caractère de vérité, à en juger par '|| l'accent net et entier avec lequel elle s'impose jusqu'au delà de la frontière. Et, en effet, presque toutes les raisons que nous avons de nous méfier du o-ouvernement de la République et de ses associés pour résoudre heureusement les difficultés de l'heure présente, presque toutes ces raisons sont exposées à Genève dans les termes mêmes où nous les avons si souvent développées à Paris : la faiblesse de la Triple Entente par rapport à la Triplice est due à cette triple cause que la France est républicaine, que l'Angleterre est gouvernée par des libérauxradicaux, que la Russie est en mal de Douma et en génise de Constitution.

a3 juillet 1911.

Les partages fie demain.

Lorsqu'on y réfléchit un instant, le conflit francoallemand, les disputes autour du Congo et du Maroc, se résument ainsi : « Vaut-il mieux avoir des colonies sans colons ou bien se trouver sans colonies lorsque l'on a des excédents de population à écouler?» Le premier cas est celui de la France. Le second celui de l'Allemagne. La France s'est constitué un empire colonial énorme sans besoin réel. L'Allemagne n'a cherché à s'en former un qu'au moment où le besoin s'en est fait sentir. Ce sont deux méthodes différentes et la suite de l'histoire nous fera connaître la meilleure. Mais déjà 1' « accord n franco-allemand soulève un coin du voile qui dissimule l'avenir.

Le comte de Chaudordy écrivait... Mais avant de répéter ce qu'écrivait le comte de Chaudordy, il faut vous dire que ce diplomate de la vieille école a exercé une influence posthume très considérable. •On raconte qu'une de ses grandes admiratrices, s'étant mis en tète de faire exécuter par le gouvernement de la République le programme développé dans les Considérations sur la politique extérieure et coloniale de la France, endoctrina M. Delcassé et, durant des promenades champêtres, fit absorber au ministre le chaudordysme à haute dose. L'idée,

d'ailleurs très juste, de Chaudordy, était celle d'une grande politique continentale, appuyée sur l'alliance russe et l'amitié anglaise, et destinée à préparer la revanche en combattant l'hégémonie de l'Allemagne. La Triple Entente était ainsi décrite et annoncée dix ans à l'avance. Il est bon, d'ailleurs, d'ajouter que le comte de Chaudordy ne croyait absolument pas que le régime parlementaire fût capable de mener à bien le plan qu'il traçait. Il ne se trompait guère, car nous n'en avons eu qu'une déformation...

Le comte de Chaudordy écrirait donc en iSgS : « Nous voulons à la fois être puissants sur terre, puissants sur mer et grands colonisateurs. Cetle ambition est démesurée. Elle serait tout au plus justifiée si nous étions sortis vainqueurs des événements de 1870. » Et Chaudordy, tant qu'il avait été en service actif, tant qu'on l'avait consulté, s'était toujours opposé à l'extension illimitée de nos colonies. L'expédition du Tonkin et celle de Madagascar surtout avaient été l'objet de ses critiques. C'est que, s'il redoutait poui la France la dispersion de nos énergies, il appréhendait plus encore l'immensité de l'effort que nous aurions à soutenir le jour où notre vaste domaine colonial commencerait à exciter les convoitises de l'étranger.

Un observateur pouvait déjà s'effrayer, en effet, à la date à laquelle Chaudordy formulait ses avertissements, de la marche que suivait l'Allemagne.

Enfin unifiée et reconstituée après des siècles de division et de misère, l'Allemagne avait trop di

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