LES PARTAGES UE DEMAIN
choses à faire chez elle, au lendemain du traité de Francfort, pour aller courir l'Afrique et l'Asie. Le fond de la doctrine de Bismarck était que l'Alsace et la Lorraine valaient toutes les colonies du monde. Aussi nous voyait-il sans l'egret passer les mers. L'Allemagne ne songea à acquérir un empire colonial qu'à partir du moment où elle eut les trois éléments qui légitiment cette ambition : une marine, une industrie, un excès de population. Les successeurs de Bismarck ne sont pas aussi infidèles qu'on le dit et qu'ils en ont l'air à la doctrine du chancelier, lorsqu'ils cessent de partager son dédain pour les colonies. C'est que les temps et les situations ont changé.
Dès que, jetant les yeux sur la carte du monde, ils n'y trouvèrent plus d'espace libre qii'au Maroc, les Allemands eurent au moins une aussi grande envie de ne pas nous voir nous y installer que de s'y installer eux-mêmes. Etat d'esprit très bismarckien. Mais nous, de notre côté, comment avonsnous procédé ?
Lorsqu'on reprend d'un peu loin la politique française au Maroc, la question qui se pose est de savoir s'il fallait, comme on l'a fait depuis une dizaine d'années, brusquer les choses, ou si, au contraire, il n'eût pas mieux valu laisser opérer le temps. Le Maroc se trouvait dans la sphère d'influence de l'Algérie, Tôt ou tard, pouvait-on penser, il tomberait entre nos mains, sans que nous eussions rien ni à payer ni même à risquer pour l'acquérir...
Peut-être... Mais il s'est trouvé qu'il y a eu au pouvoir en France, depuis dix ou quinze ans, une nouvelle génération de républicains, des républicains qui se disent réalistes, qui croient aux leçons de l'expérience, qui n'admettent pas que la démocratie soit incapable de s'instruire par ses piopres déboires. — En temporisant, nous avons déjà perdu l'Egyplc, se dirent-ils. TNe perdons pas le Maroc par la temporisation.
Ils n'avaient pas pensé à ce qui fait, dans le roman de M. Anatole France, l'émerveillement de Jérôme Coignard, c'est-à-dire le mystérieux enchaînement des effets et des causes. L'école — ou plutôt, peutêtre, l'équipe — de l'intervention au Maroc ne prévoyait pas qu'elle allait déterminer tout un mouvement, préluder à un nouveau partage de l'Afrique, mettre en péril notre empire colonial lui-même. Et peut-être, depuis le dépècement de notre Congo, depuis l'apparition des convoitises qui menacent nos possessions, depuis qu'il est avéré que l'accord francoallemand ne conclut rien, qu'il sera le préambule d'un vaste remaniement de la carte, peut-être se dit-on que ce n'est pas si facile que cela en avait l'air, de faire de la grande politique, de la politique mondiale. Oh ! nous connaissons les idées intéressantes que développait, voilà quelques mois, à ce sujet, un de nos plus distingués diplomates, spécialiste des affaires d'Extrême-Orient. Nous savons qu'il n'a pas été indifférent à l'équilibre des puissances, au maintien de la place qui nous revient entre les