UNE THEOUIE SLU LA DECADENCE DES NATIONS
nous montre de tout, des échecs et des réussites, des morts et des résurrections. On voit bien les raisons de ce qui s'est fait ou de ce qui ne s'est pas fait. Mais le rythme est insaisissable parce qu'il n'y a pas de rythme dans ce chaos.
Je vous demande un peu, par exemple, pourquoi il y a un Etat serbe, un Etat roumain et pas d'Etat tchèque ni d'Etat polonais. Faut-il que la Pologne se fie au retour du pendule ? C'est à quoi elle se résigne depuis nombre d'années, et elle pourrait bien attendre encore. Il n'est pas vrai pour elle que son histoire se compose d'une série d'ascensions et de chutes. La Pologne a une fois touché le fond et elle n'est plus remontée. Ce n'est pas un précédent qui nous encourage. Quelque envie que nous en ayons, il nous est impossible de croire que la France soit privilégiée entre les nations et qu'il ne puisse pas lui arriver, à elle, les accidents qui sont arrivés à d'autres.
Mais, tenez, avec la Pologne même il y aurait moyen de constituer un Etat très solide et très florissant. La Pologne n'est certainement pas morte de vieillesse ni de consomption, car les Polonais, au dire de M. de Biilow, pullulent et se reproduisent « comme des lapins ». L'industrie y est prospère : témoin les mines et les forges de la Pologne russe. Il y a une littérature polonaise très vivante... Qu'estce à dire, sinon que ce peuple-là n'est pas mort, qu'il a simplement disparu en tant qu'Etat de la société des nations, qu'il en a disparu pour des raisons très précises qu'on trouve dans ses institurtions
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exécrables ; et que personne ne peut prévoir ni s'il restera dans sa malheureuse condition de peuple partagé et opprimé, ni s'il recouvrera son indépendance. Mais ce qu'il faut bien constater c'est que, quand la Pologne est morte, elle n'était ni plus vieille ni plus jeune que les autres nations d'Europe, et que, si. au moment de sa décadence, un historien comme AI. Jacques Flach lui eût promis qu'elle était prédestinée à renaître brillamment, quatre ou cinq générations de Polonais auraient déjà passé en attendant la réalisation du miracle.
Il y a pourtant des peuples qui ont touché le fond des abîmes et qui, dans la suite, se sont élevés audessus des autres nations. C'est du beau travail et, dans ces cas-là, on voit toujours comment le travail s'est fait.
A'^oilà l'Allemagne. L'Allemagne célébrait, l'autre semaine, le quarantième anniversaire de son unité. Quelle chose énorme ! Quelle aventure I Le roi de Prusse couronné empereur des Allemands dans le propre palais des rois de France I Comme le montrent à tout instant leur satisfaction et aussi leur inquiétude, les Allemands n'en sont pas encore revenus.
A quoi avaient-ils été réduits, en effet, pendant deux grands siècles ! Ceux qui s'en souviennent en ont le frisson. L'Allemagne, autrefois si forte en hommes, en richesses, en belles cités, n'était plus qu'une ruine après la guerre de Trente x\ns. La population était clairsemée et misérable. La civilisation avait rétrogradé. Plus de littérature, plus d'art