LES PARTAGES DE DEMAIN
nations, que la France possédât un vaste empire d'outre-mer. Cette Indo-Chine si coûteuse, si décriée, dont on nous a même conseille l'abandon d'un mot frappant(lâchonsrAsie, gardons l'Afrique), elle a servi à nous donner voix au chapitre dans les grandes négociations où le Japon, l'Angleterre, la Russie ont été mêlés.
Mais le fait même que les puissances possessionnées dans les pays lointains prennent jusqu'en Europe une valeur diplomatique particulière ne doit-il pas rendre plus âpres les désirs des nations venues trop tard j)Our être bien servies ? Or, une rcdistri- •bution de l'Afrique est imminente, le partage de la Chine est une idée qui est dans l'air. Nous agrandirons-nous encore au Yunnan ? Laisserons-nous l'Allemagne rayonner autour de son domaine de Kiao- Tchéou, en même temps qu'elle avancera d'un bon pas à travers notre Congo, aux dépens de la Guinée espagnole, bientôt peut-être aux dépens du Congo belge ?
L'Afrique, la Chine, que d'aubaines ! A toutes ces distributions de territoires il est clair que l'Allemagne ne se présentera plus avec le désintéressement de jadis. Son appétit est jeune. Elle est bien endentée. Et puis (jusqu'à présent du moins et pour quelque temps encore) elle est, au dehors, infiniment plus libre de ses mouvements que l'Angleterre et que la France, alourdies par la bureaucratie croissante de leur socialisme d'Etat. Et parmi toutes les questions qui vont se poser aux peuples du xx® siècle.
la plus intéressante scia peut-être celle-ci : une nation comme la Fiance, qui doit défendre ses frontières contre un puissant voisin, des milliers de lieues de côte contre dos marines en croissance continue, et dont la politique électorale gaspille le temps, les forces et l'argent, peut-elle encore conserver un immense domaine colonial et même y ajouter un Maroc grevé de tant de difficultés intérieures et extérieures et si chargé d'inconnu ?
Ce sont ces perspectives qui effrayaient jadis le comte de Chaudordy, de qui M. Delcassé, voilà sept ou huit ans, se crut pourtant vin peu mieux que le disciple, quoi qu'il n'eiit rien prévu des conséquences que sa politique devait porter^.
26 octobre 1911.
I. En obtenant que l'Italie reconnût nos droits sur le Maroc au prix de la Tripolitaine, ^I. Delcassé ouvrait sans y songer la liquidation de l'Empire ottoman. La guerre d'Orient a été la conséquence de la guerre italo-turquc. Le partage de l'Asie Mineure a été envisagé comme suite de la guerre d'Orient. Et ce partage, cjui est devenu en quelques semaines, le plus rapproché des « partages de demain », sera probablement la cause des plus graves conflits européens à venir. (Note de 1913.)
Le pouvoir personnel.
— M. Caillaux parlera à son jour et à son heure.
C'est ainsi que l'ancien président du Conseil a répondu à toutes les instances de l'extrême droite ou de l'extrême gauche. Donner des explications ? Rendre des comptes ? Si ça me plaît. Ou plutôt si cela (( lui » plaît, car M. Caillaux se désigne à la troisième personne et annonce qu'il restera chez lui à la façon de M. Choufleui'V.
En somme, dans quelle situation se trouve l'auteur du traité du 4 novembre, le ministre qui a cédé à l'Allemagne les deux tiers de notre Congo ? Dans une situation qui pourrait être plus mauvaise...
Chef du ministère, tout désigné par son arrogance et sa pétulance pour faire de la politique de parti militante, par ses talents de financier pour réaliser l'impôt sur le revenu, M. Caillaux, dès son arrivée au pouvoir, s'était trouvé aux prises avec de graves difficultés extérieures. Son ministre des Affaires étrangères était rempli de bonnes intentions ? Peutêtre. Mais il était incapable. Un autre que M. de Selves eût pris aussitôt la direction de son département, et l'eût gardée. Comme M. de Selves était inférieur à sa tâche, ce fut le président du Conseil qui se trouva conduit à se mêler aux négociations plus intimement de jour en jour. Il y employa tels
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procédés qu'il voulut, dirigea les choses à sa manière, avec son tour d'esprit particulier. Homme de Bourse et de banque, il appliqua son optique spéciale au conflit. Les agents dont il se servit furent des hommes d'affaires, les moyens qu'il employa furent des ficelles de spéculateur... M. Caillaux suivait ses inclinations, ses habitudes, sa nature. Qui pourrait s'en étonner ?
Observons, d'ailleurs, que nous nous sentons d'autant plus à l'aise vis-à-vis de lui que, lorsqu'il gouvernait, notre réserve a été plus stricte. Il y eut un moment, vers le mois de septembre, quand les relations étaient le plus tendues entre Paris et Berlin, où on lisait dans plusieurs journaux d'opposition : (( M. Caillaux tient le drapeau de la France. Quelles que soient ses idées, le patriotisme nous fait un devoir de nous ranger derrière lui. « Il nous paraissait alors bien inutile, à nous, d'aller jusque-là et de donner à ce ministre un blanc-seing que personne ne nous demandait. Il nous suffit de ne jamais gêner sa manœuvre, ni j^ar un mot, ni par un geste. Aujourd'hui comme au mois de septembre, nous apprécions les résultats obtenus, et ce n'est pas notre faute si M. Caillaux, qui tenait le drapeau de la France, l'a déplanté sur toute la surface de 270.000 kilomètres carrés de Congo français. .
Tous les hommes de bon sens sont bien forcés de reconnaître que le secret est indispensable à la diplomatie et que des agents extraordinaires, des ambassadeurs de la main gauche, peuvent, dans cer-