Discours prononcé à Périgueux le 12 octobre
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niement du cabinet, à la fin d'octobre 1910, ne fit qu'exaspérer les colères accrues du dépit de ceux qu'il priva de leur portefeuille i.
Le projet relatif à l'Ouenza n'arrivait pas à être discuté, malgré les efforts de M. Jonnart, gouverneur de l'Algérie, et ceux du cabinet. Le parti socialiste, chaque fois que son inscription à l'ordre du jour était proposée, se livrait à une obstruction sj'stématique et victorieuse. Pour lui, le gouvernement ne devait plus accorder aucune concession avant d'avoir, par une revision profonde de la loi minière de 1810, garanti et organisé la part du travail dans les exploitations à venir. D'autres députés, épars un peu sur toutes les autres cases du damier parlementaire, manifestaient une invincible répugnance pour une affaire dans laquelle se trouvaient si intimement confondus des intérêts allemands et des intérêts français. Ils voyaient, dans cette première collaboration économique, le point de départ de toute une politique nouvelle dans laquelle on allait glisser peu à peu, qui aurait pour but l'invasion de la Bourse de Paris par les valeurs allemandes, et dont on n'apercevrait les dangers que lorsqu'il serait trop tard pour les conjurer. Une immense majorité, faisant abstraction du point de vue politique de l'affaire, reculait néanmoins de-
1. Le deuxième cabinet Briand fut formé le 3 novembre 1910. M. Baxthou fut remplacé à la Justice par M. T. Girard; M. Cochery, aux Finances, par M. Klotz; M. IVlillerand, aux Travaux publics, par M. Puech ; M. Doumergue, à l'Instruction publique, par M. Maurice Faure; M. Viviani, au Travail, par M. Lafferre; M. Trouillot, aux Colonies, par M. Morel ; et M. Ruau, à l'Agriculture, par M. Raynaud.
d'algésira^s a kissingen 187
vant la responsabilité d'un vote, pour la seule raison qu'il s'agissait d'une affaire et que le soupçon d'y être intéressé pouvait effleurer ceux qui l'aideraient à venir bien. Rien ne presse, concluaient ces irrésolus; le minerai ne s'envolera pas.
Le minerai ne s'envolait certes pas. ^lais l'opinion allemande s'étonnait que la question nationale tînt une si grande place dans une affaire qui n'était, après tout, qu'une affaire, bien que des Allemands y eussent une participation. De grands organes de la presse d'outre-Rhin, dans des articles dont on n'a pas assez, en France, remarqué le nombre et la violence, s'indignaient de cette attitude du Parlement français 1. Ils la rapprochaient de l'affaire de la « Bagdadbahn :>, dune campagne déjà ancienne, menée en France contre des achats de locomotives allemandes par des compagnies de chemins de fer françaises, et concluaient, comme ?>I. de Hoistein : « Il n'y a rien à faire avec ces genslà! »
La naissance et l'organisation du consortium franco-allemand se trouvaient, d'autre part, singulièrement compromises, La N'Golco-Sangha avait bien accepté d'entrer dans le consortium, sous la con-
1. On ne saurait trop souligner la portée de cette observation. En France, où on ne lit pas ou presque pas la presse étrangère, et où les quotidiens ne reproduisent jamais, pour des raisons de publicité, les informations relatives à des affaires financières, si importantes qu'elles soient, cette indignation est passée absolument inaperçue. Il est hors de contestation, cependant, que l'affaire de rOuenza a été tme des principales raisons du. mécontentement de l'opinion publique allemande à la fin de 1910 et au commencement de 1911.
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dition qu'on lui payerait l'indemnité fixée par la commission arbitrale, et le gouvernement à son tour, faisant sienne la décision de cette commission, avait bien accepte d'assurer le paiement de l'indemnité. Mais, administrativement, pour payer, il faut mandater. Quel budget allait supporter cette charge? Le ministère des Colonies avait décidé que ce sérail la colonie du Gabon i. Le paiement devait avoir lieu sous forme d'annuités, la première échéant le 10 novembre 1910, Mais devant la campagne menée par une partie de la presse, le gouvernement, à l'échéance, n'avait pas payé. Pris de scrupules sur ses droits et sur ceux de la N'Goko-Sangha, il avait demandé une consultation à M. Louis Renault, jurisconsulte du Département des Affaires étrangères.
L'éminent professeur avait conclu, « en premier lieu, que l'arbitrage et toute la procédure engagée en conséquence est nulle; en second lieu, qu'il est intervenu un contrat entre la compagnie et l'Etat par le compromis d'arbitrage et par la lettre qui avait été envoyée à la compagnie et qui précédait ce compromis d'arbitrage-. » Le gouvernement avait alors déclaré qu'il . adoptait les conclusions de M. Louis Renault. En conséquence, il avait fait inscrire au budget spécial du Gabon le crédit nécessaire au paiement de l'annuité qui aurait dû être payée à la N'Goko-Sangha le 10 no-
1. Déclarations de M. J. Caillaux, ministre des Finances, ù la séance de la Chambre des députés du 5 avril 1911. {Journal officiel du 6 avril 1911, débats parlementaires p. 1768, fe colonne.)