‹ Le "coup" d'Agadir; origines et dévelopement de la crise de 1911Chapitre 23 sur 66 · Le Temps du 17 maxa · texte numérisé non relu

Le Temps du 17 maxa

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Le sultan nous a demandé de procéder lui-même au châtiment des auteurs de l'attentat. Nous avons accepté. Mais il est entendu que nous exigeons l'exécution dans le plus bref délai de ces engagements.

Grâce aux moyens militaires et politiques dont il dispose à Rabat, le sultan est en mesure de les tenir. Dès le 17 mars, il nous faisait connaître, par voie diplomatique, les mesures préparatoires destinées à acheminer la répression vers le but réclamé par la France.

Le gouvernement, à la fia de février, a approuvé un projet d'accord avec le gouvernement chérifien.

Ce projet a pour but de permettre au makhzen de se procurer les ressources nécessaires à l'organisation d'une force miUtaire marocaine, destinée à maintenir l'autorité du sultan dans les tribus.

L'œuvre en cfuestion est poursuivie sous la direction d'un officier particulièrement remarquable, et aux qualités duquel je suis heureux de rendre hommage, le commandant ]\Iangin, devenu aujourd'hui même le lieutenantcolonel Mangin.

Le projet d'accord financier a également pour objet l'entretien de la poUce des ports pendant Tannée 1912.

L'accord en question permettra encore l'exécution de travaux publics urgents pour le développement économique du pays et la prospérité indigène, tels les ports de Casablanca et de Tanger, et les voies ferrées de Tanger à El-Kzar et de Lalla-Marnia à la Moulouya.

En dernier lieu, il procurera au makhzen le moyen de tenir des engagements pris par lui antérieurement au 30 juin 1909.

Des commissions où figuraient des représentants de tout le corps diplomatique, des magistrats français, des compétences diverses, ont étudié les revendications soumises au makhzen. Veut-on savoir quelles réductions elle leur a fait subir? La moyenne a été de près de 50 p. 100.

Telles sont les conséquences de l'accord entre le gouvernement français et le makhzen i.

1. Compte rendu analytique du journal le Petit Temps du 25 mars 1911.

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Mais de graves nouvelles parvenaient bientôt du Maroc à Paris. Ce n'était plus seulement sur les confins des Chaouïas que la révolte menaçait la sécurité. L'incendie gagnait les environs de Fez. Une tribu berbère, les Beni-M'tir, narguant le sultan jusque sous les murs de sa capitale, venait dévaster et brûler des villages situés aux portes mêmes de la ville. A jNIeknès, plus au sud encore, la situation n'était pas beaucoup plus rassurante.

De nouvelles décisions s'imposaient. M. Cruppi, à la séance du Sénat du 31 mars, les fait pressentir. Le 2 avril, les nouvelles se font plus alarmantes (elles sont datées de Fez, 26 mars\ Le 3, une importante conférence réunit, au ministère de l'Intérieur, MM. Monis, Cruppi, Berteaux, ministre de la Guerre, Caillaux, ministre des Finances, et Jules Cambon. Certaines opérations militaires sont envisagées. Mais pour les maintenir dans les limites de l'Acte d'Algésiras, on s'efforcera de leur conserver im « caractère chérifien », en leur donnant la forme d'un simple concours prêté aux troupes du sultan, en encadrant les méhallas cliérifiennes d'officiers et de sous-officiers français.

M. J. Cambon repart pour Berlin le soir même, voit M. de Kiderlen-Waechter le 5 avril, et, selon ses instructions, lui laisse entrevoir la possibilité de mesures militaires prochaines. Mais le secrétaire d'Etat allemand accentue encore la réserve qu'il avait montrée le 14 mars. Il laisse même paraître une certaine gêne et, finalement, revient à l'Acte d'Algésiras. 11 ne nie pas formellement que la situation au Maroc ne soit sérieuse. Il ne le reconnaît pas non plus expressément. En tout cas, les

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mesures qu'annonce, avec plus ou moins de restrictions, le gouvernement français, si elles sont justifiées, démontrent que l'Acte d'Algésiras est devenu insuffisant; ces mesures débordent le cadre de cet instrument diplomatique. Bref, M. de Kiderlen-Waechter conclut qu'il faudrait songer à modifier l'Acte d'Algésiras.

La conclusion de cet entretien, à cette date, est importante à retenir i.

Ainsi au commencement d'avril, la mauvaise humeur évidente de l'Allemagne s'ajoutait aux embarras du gouvernement français, et ces embarras ne se limitaient pas à la question des mesures militaires à arrêter pour ramener l'ordre au Maroc. Pour permettre au sultan de renforcer son autorité — et 'le gouvernement français insistait sur la fermeté de ses intentions à cet égard — il fallait lui donner les ressources pécuniaires ■ qu'il réclamait et que réclamait avec lui la mission militaire française pour la réorganisation des troupes chérifiennes. Or, l'emprunt projeté pour la liquidation des dettes du maghzen et l'exécution des travaux publics n'était pas près de se conclure.

Le gouvernement allemand, en effet, sur la question des cliemins de fer marocains, présentait un projet qui différait essentiellement du projet français. Les négociations sur ce sujet avaient été enga-

1. Le rapport de M. Pierre Baudin, qui contient une chronologie assez détaillée des entretiens de M. Cambon avec M. de Kiderlen-Waochter à cette époque, présente néanmoins un grand nombre de lacunes. C'est ainsi qu'il omet ce qu'il y a précisément de caractéristique dans les réponses du secrétaire d'Etat allemand.

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gées au mois de janvier. Le gouvernement français avait résolu, « à la fin de décembre 1910, de faire construire, sur les crédits du ministère de la Guerre, deux lignes d'intérêt militaire, dans la région frontière et dans la Chaouïai ». Il proposait au goavernement allemand « de traiter pour la construction de ces lignes avec la Société marocaine de travaux publics, oii les Allemands ont ime participation de 30 p. 100, et si, vdtérieurement la ligne de la région frontière devait être prolongée, la construction de ces prolongements serait soumise à l'adjudication, conformément aux prescriptions de l'Acte d'Algésiras2 ». Mais dès la fin de février, le gouvernement allemand opposait à ce projet un vaste programme de chemins de fer au Maroc.

<t Le gouvernement français se prêta de bonne grâce à cette nouvelle tentative de mettre en pratique l'accord de 1909. La construction ultérieure des chemins de fer marocains fut examinée dans le détail: types du matériel à employer qui, même pour nos lignes militaires, devait être tel que l'industrie allemande pût le fournir; ordre des constructions, qui devaient sauvegarder la priorité de la ligne de Tanger à Fez; participation, enfin, des capitaux français et allemands ^. » Enfin, le gouvernement allemand avait demandé qu'un certain nombre d'emplois fût réservé à ses nationaux. C'eût été empiéter sur les droits que l'Acte d'Algcsiras reconnaissait au Maghzen en matière de sei-vices publics. On se heurtait à des obstacles presque infranchis-

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