Le Temps du 11 janvier
II est juste d'ajouter que « l'engagement du gouvernement français (engagement envers le gouvernement allemand d'intervenir officiellement en faveur de l'établissement du consortium) était contracté sous la réserve expresse de l'approbation du Parlement ». (Rapport de M. Pierre Baudin, p. 43.) Mais il est vrai, pouvait-on soutenir du côté allemand, que cette réserve ne donnait pas au gouvernement français le droit de renoncer à intervenir auprès du Parlement. Elle ne donnait au gouvernement que le droit de se retrancher derrière une dcxision prise par le Parlement.
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plus grands dangers. Le lieulenant-colonel Mangin, chef de la mission militaire des instructeurs français, que le sultan avait rappelé de chez les Cherarda révoltés également, inflige bien aux Berbères quelques défaites partielles. Mais chaque jour, le nombre des rebelles augmente. La situation des colonies européennes devient de plus en plus périlleuse. Le sultan, qui avait déjà sollicité l'appui des goimis français, apprend que les notables de Fez songent, pour garantir leui's biens, à nommer mi chef de l'insurrection. Effrayé, il insiste pour que l'appui militaire de la France soit largement étendu i. Ces nouvelles, connues à Paris avec huit jours de retard, soulèvent une vive émotion dans les milieux gouvernementaux. M. Cruppi, ministre des Affaires étrangères, renonce à accompagner le Président Fallières dans son voyage en Timisie^. La veille du départ, on avait appris que Meknès était au pouvoir des rebelles.
Le 17 avril, le gouvernement décide de melti'e 2 400 hommes de renfort à la disposition du général Moinier. M. J. Cambon se rend à la Wilhelmstrasse pour en informer le cabinet de Berlin. Mais le secrétaire d'Etat est absent et aucune réponse n'est faite à sa communication.
Le 19, M, J. Cambon voit M. de Kiderlen-Waechler. Il lui notifie la formation d'une méhalla chérifienne avec des cadres français, et lui expose la situa-
1. V. le rapport de M. Gaillard, consul de France à Fez, dans le numéro de décembre du Bulletin du Comité de l'Afrique française.
2. Le Président de la République quitta Paris le 15 avril et ne rentra qu'à la fin du mois.
d'algésiras a kissingen i53
tion à Fez, d'après les rapports officiels parvenus à Paris. Il liii laisse entrevoir comme possible l'envoi d'une colonne française à Fez, destinée à débloquer la capitale, et à se porter au secours des colonies européennes. Le secrétaire d'Etat allemand reste sur la réservée : Je ne vous dis pas non, répond-il, maù je ne vous encourage pas non plus.. Le chancelier n'est pas content. Uaccord de 1909 n'est que le prolongement de l'Acte d'Algésiras. Vous nous dites : si nous allons à Fez ce ne sera qu'à titre temporaire, pour rétablir l'autorité du sultan, et prévenir l'anarchie. Mais une Jois que vous serez à Fez, pourrez-voiis en sortir ? Je ne mets pas en doute votre bonne Joi, mais les événements peuvent être plus forts que votre volonté. »
Deux jours après, on apprend à Paris que le blocus de Fez était complet depuis le 13. « Le général Moinier recevait, en conséquence, l'ordre de « faciliter la levée de la harka » et « d'étudier « la formation d'ime colonne légère qui pourrait « être poussée jusqu'à Kasoah Kenitra, mais seule- » ment sur tm nouvel ordre d'exécution i. »
La progression des mesures militaires s'accentue. Les envois de renfort continuent.
Le 23, le général Moinier est invité à « constituer une base de concentration à Salé et à porter immédiatement la colonne de secours, sous le commandement du colonel Brulard par la Kasbah Kenifra, Lalla Ito et Sidi Djaber sur Dar Dzari, où elle recevra die nouveaux ordres - s c'est-à-dire
1. Télégramme n9 9/11 cité par M. Pierre Baudin {loc. cit., p. 65).