‹ Le "coup" d'Agadir; origines et dévelopement de la crise de 1911Chapitre 26 sur 66 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

à une petite distance de Fez. Le 25, celte dernière restriction est supprimée. Le même jour, d'ailleurs, le sultan Moulay-Hafid demande lai-même qu'on presse l'envoi de la colonne de secours.

La situation dans Fez devient de plus en plus critique. Depuis le 30 avril, la ville est complètement bloquée, et le commandant Brémond n'a pu y pénétrer et s'y réfugier qu'au prix des plus grandes difficultés. Le général Moinier est invité à avancer avec le plus de hâte possible. Du 5 au 10 mai, cette invitation est renouvelée presque tous les jours. Le 11, une attaque générale de Fez par les tribus rebelles est repoussée.

Mais la colonne française avançait. Elle repoussait l'ennemi aux combats de Sidi Ayech (11 mai , de Lalla Ito (13 mai), de Daïet el Aïcha (15 mai;, et le 21 mai, à quatre heures du soir, elle arrivait sous les murs de Fez.

Telle est l'histoire synoptique de celte expédition de Fez, dont la nécessité et la légitimité ont été discutées avec tant de passion. A l'origine, il ne s'agit que de châtier les Zaer, et encore ce soin est-il laissé au sultan, le gouvernement français se bornant à envoyer quelques renforts au général Moinier pour parer à toute éventualité, mais dans les limites de la Chaouïa. Puis le sultan demande que les autorités françaises aident à la formation d'une harka. Puis c'est une méhalla avec des goums qu'il réclame. Enfin, c'est à une colonne française qu'il fait appel. La gravité des mesures militaires suit strictement la gravité et l'extension de la révolte.

Mais le gouvernement français ne poursuit aucune conquête. Il l'affirme et il s'efforce de prouver

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sa sincérité. Il entend rétablir l'autorité du sultan, et cela seulement. Il aurait pu peut-être plus facilement débloquer et gagner Fez en prenant le territoire d'Oudjda comme base d'opérations. Mais il entend conserver à l'expédition son caractère chérifien. Il choisit la route de l'ouest ^ Le général Moinier est chargé de le proclamer aux tribus: « ... La marche en avant de nos troupes n'a pas pour but d'occuper de nouveaux territoires, mais d'appuyer la harka chérifienne, de venir au secours des colonies européennes menacées, et de rétablir l'ordre sous l'autorité du sultan, en s'opposant aux exactions et aux violences 2. » ]M. Monis, Président du Conseil, demande leur avis aux hommes politiques auxquels leur connaissance des affaires extérieures donne une autorité reconnue par tous. Leur opinion est unanime. Ceux-là même qui, comme M. Ribot, conseillaient de n'agir qu'avec la plus extrême prudence, avouent, à la lecture des rapports venus du Maroc, que l'expédition est inévilable 3.

L'opinion des journaux allemands, à mesure que se développe l'action militaire française, reflète exactement l'opinion de M. de Kiderlen-Waechter, au cours de son entretien du 19 avril avec M. J. Cambon. La situation au Maroc pourrait bien être grave, mais alors que deviendra l'Acte d'Algésiras? « Une catastrophe est imminente au TJaroc, avoue la

1. Déclarations de M. Cruppi à la commission des Affaires extérieures.

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