‹ Le "coup" d'Agadir; origines et dévelopement de la crise de 1911Chapitre 27 sur 66 · Rapport Baudin, p · texte numérisé non relu

Rapport Baudin, p

3. Discours de M. Ribot k la séance du Sénat du 9 février 1912.

Deutsche Tageszeitung. ^ Mais elle ajoute : « Par catastrophe, nous entendons l'écroulement définitif de ce qui fut la base de l'Acte d Algésiras, la fin de la fiction de l'indépendance du sultan. > M. de Kiderlen-^Yaechter ne dit point autre chose à l'ambassadeur de France, à la fin d'avril et au commencement de mai. Il insiste seulement sur l'idée qu'il a déjà indiquée, à savoir que l'Acte d' Algésiras est insuffisant. L'officieuse Gazette de VAUeînagne du Nord précise ce point de vue et contient un avertissement :

« On doit espérer, dit-elle, que les événements permettront au gouvernement français d'observer son programme. S'il le dépassait, il cesserait d'être en accord avec l'Acte d'Algésiras, dont un des éléments essentiels est l'existence d'un souverain du Maroc indépendant. Une infraction à une des clauses essentielles de l'Acte d'Algésiras, même si elle était provoquée par la contrainte de circonstances extérieures et contraires à la volonté de la puissance qui agirait ainsi, rendrait à toutes les autres puissances leur pleine liberté d'action et pourrait avoir des conséquences qu'on ne saurait prévoir pour le moment. Nous pouvons d'ailleurs répéter que, pour l'instant, étant donnée l'attitude prudente observée jusqu'à maintenant par le gouvernement français, il n'y a pas de raison de penser que la situation actuelle prenne une telle tournure. »

En d'autres termes, dès cette époque, TAllemagne disait à la France: « Vous m'affirmez que l'expédition de Fez a pour but de rétablir l'autorité du sultan, que votre occupation sera temporaire. Je n'ai aucune raison de ne pas croire à votre parole.

d'algésik^vs a kissingen i57

Mais prenez garde! Si les événements vous contraignaient à rester à Fez, je pourrais changer d'attitude, prendre de nouvelles décisions ^. »

1. M. Pierre Baudin, dans son rapport, donne des démarches de M. J. Cambon à Berlin un récit gui, ainsi qu'il a été dit plus haut, présente de grandes lacunes relativement aux réserves faites par la chancellerie allemande (nécessité de modifier l'Acte d'Algésiras), mais qu'il est cependant intéressant de reproduire. Le voici:

« Le cabinet Monis, peu après son arrivée au pouvoir, se montra préoccupé de ce que les Zaer n'avaient pas été châtiés pour l'attentat du 14 janvier. Une mesure préventive s'imposait, et pour éviter toute fausse interprétation, le gouvernement chargea M. Jules Cambon d'en avertir le gouvernement allemand ainsi que les autres puissances signataires de l'Acte d'Algésiras.

« Cette communication, attendue par l'Allemagne, fut faite le 14 mars. M. Jules Cambon déclara que la France ne voulait pas étendre ses postes et qu'elle surveillerait l'engagement pris par le sultan de punir les Zaer.

« Le 5 avril, M. Cambon, exécutant ses instructions faisait savoir à M. de Kiderlen qu'en raison des mauvaises nouvelles reçues de Fez, le gouvernement de la République estimait qu'il devait prendre des précautions pour débloquer éventuellement les Européens si Fez était investi par les tribus révoltées.

« M. Jules Cambon faisait prévoir aussi la nécessité d'occuper Rabat puisque le sultan ne châtiait pas Iss Zaer et que ceux-ci se ravitaillaient à Rabat. Sur la demande qui lui en fut faite, M. Cambon exprima l'espoir que cette nécessité nous serait épargnée.

« Il ne semble pas qu'aucune objection ait été faite à cette communication. On faisait cependant les réserves que comportait l'opinion publique en Allemagne. Nous pouvions aller à Rabat en cas de nécessité; la possibilité d'une action française sur Fez dans l'intérêt des colonies européennes était reconnue, action sur laquelle, en cas de besoin, le gouvernement allemand échangerait ses vues avec nous. On ne faisait pas allusion aux Zaer.

« Le 17 avril, le gouvernement allemand, par l'intermédiaire de M. Zimmermann, directeur, aux Affciires étran-

L'échec du projet de consorlium franco-allemand au Congo — ou plutôt la décision prise par le cabinet Monis de ne plus eu poursuivre la réalisation — n'avait pas seulement mécontenté l'opinion allemande. L'ambassade d'Allemagne à Paris, qui avait naturellement le désir de conclure avec la France

gères, était avisé par nous de l'envoi de quatre bataillons au Maroc. Aucime observation n'est faite.

« Le 19 avril, le gouvernement français faisait notifier à Berlin la formation d'une mahalla chérifienne qui se porterait éventuellement sur Fez, ainsi que la formation éventuelle d'une colonne française et exprime le désir à ce sujet d'échanger des Ames avec le gouvernement impérial.

« Dans tous les entretiens que ^I. Cambon eut, pendant les mois d'avril, mai et juin, soit avec M. de Kiderlen, soit avec M. Zimmermann, il ne cessa de les tenir très exactement au courant des mouvements de nos troupes, d'en indiquer les motifs, de déclarer que nous étions fermement attachés à l'Acte d'Algésiras et à l'Accord de 1909, qu'il n'y serait porté, de notre part, aucune atteinte, et que nous n'avions nullement le désir d'occuper de nouveaux territoires. Mais l'opinion allemande se montrait susceptible, et le 19 avril, le gouvernement impérial exprimait la crainte que si nous allions à Fez nous n'en puissions sortir. 11 ne s'opposait pas à notre marche en avant, mais il ne nous y encourageait pas, et il le disait.

« Il se demandait ce que serait l'indépendance du sultan après notre entrée à Fez; il redoutait de voir mettre en question tout l'Acte d'Algésiras.

« M. Jules Cambon affirmait dans ses réponses que notre action était conforme à l'Acte d'Algésiras, que nos troupes évacueraient Fez aussitôt que leur tâche serait accomplie. Le 13 juin, à l'appui de ses assertions, il annonçait que nous avions commencé à réduire nos postes de la Moulouya. »

d'algésiras a kissingen iBg

une affaire qu'elle présenterait ensuite comme un succès, partageait cette déconvenue. M. de Schœn lui-même ne s'en cacha pas aux membres du gouvernement avec lesquels il eut l'occasion de se rencontrer.

Les auteurs les plus directement responsables de cet échec, c'est-à-dire MM. Berteaux, Caillaux, Messimy, s'émurent-ils alors des conséquences possibles de ce mécontentement, coïncidant avec la réserve peu encourageante de la chancellerie allemande à l'égard de l'expédition de Fez? Une initiative privée intervint-elle pour ramener à nouveau sur !e terrain congolais, mais sous d'autres formes, la politique de collaboration économique franco-allemande? Est-ce, au contraire, à ime suggestion directe de l'ambassadeur d'Allemagne, ainsi qu'on l'a raconté, qu'est due la reprise, sur d'autres bases, des négociations ayant cette collaboration pour objet? En l'état des documents officiels connus, des intérêts privés en jeu et des passions politiques qui s'agitent autour de cette question, dont l'intérêt historique est d'ailleurs bien réduit, le seul fait qu'il convienne de retenir, c'est qu'immédiatement après l'abandon par le gouvernement du projet de consortium, des pourparlers s'engagèrent pour la constitution d'un nouveau consortium, qui aurait pour but, non plus de grouper des sociétés concessionnaires du Congo français et des commerçants allemands du Cameroun, mais la construction dune voie ferrée partant de la côte allemande du Cameroun, traversant le Congo français et atteignant le Congo belge i.

1. Le rapport de M. Pierre Baudin s'exprime â ce sujet en ces termes : « Il ressort des déclarations de M. Caillaux,

i6o LE COUP d'agadir

La conversation s'engagea entre trois personnages officiels : M. le baron de Lancken-Wakenitz, du côté allemand, MM. Caillaux, ministre des Finances, et Messimy, ministre des Colonies, du côté français.

Le désir de mettre en pratique le principe de la collaboration franco-allemande, * de faire quelque chose j> s'expliquait tout naturellement chez M. de Lancken i.

Très Allemand, très imbu de la supériorité politique de l'Allemagne, le premier conseiller de l'ambassade allemande ne laissait cependant pas, parce que jeune, riche et actif, d'être partisan d'une entente de son pays avec la France, sur le terrain économique et africain. En 1909 et 1910, au temps

président du Conseil, faites à la commission que c'est en tant que ministre des Finances du cabinet Monis, qu'il a eu connaissance, le 25 mai 1911, d'un projet de chemin de fer Congo-Cameroun, présenté par un consortium franco-allemand, et qui a donné lieu à un échange de notes entre les ministres des Affaires étrangères, des Finances et des Colonies, sans avoir, toutefois, fait l'objet d'une délibération du cabinet Monis.

« La commission a estùné qu'elle n'avait pas à porter son examen sur cette affaire, qui n'a pas fait l'objet de négociations officielles entre les gouvernements français et allemand. » (P. 44.) Cette affirmation de M. P. Baudin que le projet de chemin de fer Congo-Cameroun n'a pas fait l'objet de négociations officielles, est contredite par les faits qui sont exposés plus loin.

1. M. le baron de Lancken-Wakenitz est né le 15 octobre 1867. Ancien officier du régiment des gardes du corps, il entra dans la diplomatie ot fut successivement : secrétaire de légation à Paris (1896) et à Rome (1900); premier secrétaire d'ambassade à Madrid (1906) et à Paris (1907); ministre plénipotentiaire (Gcsandkr) depuis 1911. M. de Lancken a épousé la fille de l'ancien ministre de la Justice prussien Friedenthal.

d'.vlgésir-\s a kissingen t6i

du prince Radolin, dont on affirmait la répulsion pour les questions commerciales, il avait déjà, personnellement, conduit de délicates négociations lorsque s'était débattue devant le Parlement français la revision de ce tarif des douanes dont s'effrayaient si vivement l'industrie et le commerce de l'Allemagne. Il avait l'usage et le maniement des bureaux, hors même du département des Affaires étrangères avec lequel seul les diplomates étrangers sont officiellement en rapport. Les questions africaines lui étaient familières. Il avait sui\'i les négociations de 1908 pour la délimitation du Congo et du Cameroun, celles de 1909 pour le règlement de la question libérienne i, et tout ce qui touchait au Congo et au Cameroun, au projet de consortium échoué, lui était connu dans les plus petits détails. Il devait rencontrer d'ailleurs en MM. Caillaux et Messimy des « partners » disposés à « causer ». Le ministre des Finances était l'homme par excellence des constructions savantes et complexes, des participations, des accords, des groupements d'intérêts dosés et distribués suivant d'harmonieuses proportions. 11 avait le goût, on pourrait dire la passion des chiffres. Il apportait à les manier, à jongler avec

1. Ces négociations aboutirent à un arrangement entre l'Allemagne, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, en vertu duquel ces quatre puissances s'entendirent pour venir financièrement, et sous le contrôle des Etats- Unis, au secoiirs de la République noire du Libéria. Le gouvernement allemand s'intéressait de très près à cette question, comme à toutes les questions africaines, qu'il avait donné l'ordre à tous ses agents diplomatiques et consulaires, par xme circulaire confidentielle, de suivre attentivement en lui signalant tout ce qui pourrait parvenir à leur coimaissance à ce sujet

Page 1