‹ Le "coup" d'Agadir; origines et dévelopement de la crise de 1911Chapitre 37 sur 66 · La Germania du 20 août · texte numérisé non relu

La Germania du 20 août

23o LE COUP d'aGADIR

être obtenue soit par la création d'une colonie, soit par des privilèges commerciaux. y> Peu importait la forme du partage. L'essentiel était qu'on partageât avec la France i.

L'état d'esprit des coloniaux allemands nétait pas )noins inquiétant. Appuyés par les missions protestantes, ils avaient contraint M. de Kiderlen-Waechtcr à retirer définitivement l'offre de cession du Togoland, faite d'abord pour donner ù la compensation française l'aspect d'un échange de territoires. Ils ne parlaient plus seulement de rectifications de frontières; ils exigeaient que Ton arrachât à la P'rancc une étendue suffisante de sa colonie de l'Afrique équatoriale, pour en former, en la joignant au Cameroun, la base très large dun futur empire colonial allemand, dont le rêve les hanlait, et où ils ne

1. Ces citations sont extraites de la con^ervatiice Gazette de la Croix. Tout l'article est d'ailleurs à citer, car il est curieux de le rapprocher du développement ultérieur des négociations et des demandes de partage économique du Maroc que devait formuler ^l. de Kiderlen- Waechter :

<.< Il n'est pas aisé, en somme, de combattre le pessimisme que les pangermanistes ont fait naître xm peu partout et qui pourrait, comme dans une circonstance précédente, provoquer une crise même au sein des partis réputés modérés. On parle d'un conflit à l'intérieur du parti conservateur libre parce que le prince Hatzfeld a blâmé l'article de la Post. Ce conilit, dans un parti monarchiste, laisse entrevoir des conséquences plus redoutables ailleurs. On doit penser qu'il ne s'agit que d'un mauvais moment qui passera vite. Il n'y a aucune raison de supposer, en effet, que le gouvernement se mettra en contradiction avec les désirs presque unanimes manifestés par le peuple allemand. Quels sont ces désirs? Le peuple veut qu'on profite de l'occasion favorable pour assurer à l'Allemagne dans le nord de l'Afrique une part de valeur équivalente à celle que prend la

craignaient pas de faire entrer le Congo belge et les colonies portugaises. Même derrière leurs réticences et leurs sous-entendus, on de^dnait qu'ils n'abandonnaient pas tout espoir d'obtenir au Maroc quelque chose qui ne fût pas le simple régime de la porte ouverte ou le traitement de la nation la plus favorisée dans les entreprises économiques. M. de Lindequist, secrétaire d'Etat à TOffice colonial, sans être entièrement à leur merci, les suivait plutôt qu'il ne les dirigeait, et enclin par la nature même de ses fonctions à souhaiter un accroissement du domaine colonial de l'Allemagne, pouvait prendre sur les pourparlers et les décisions vdtérieures du gouvernement allemand une influence qui ne rendrait pas plus facile la conclusion de l'accord.

Dans la masse de la nation allemande, seul, le parti socialiste osait lutter contre le courant qui se

France. Cette part pourra être obtenue soit par la création d'une colonie, soit par des privilèges commerciaux. Il s'agit d'examiner si cela est possible, parce que la Fiance, comme puissance méditerranéenne, tirera toujours de plus grands bénéfices que l'Allemagne de ses étabassements dans l'Afrique du Nord. Ceux qui considèrent que cette chose est possible tiennent compte du fait que le rapport des forces entre les pui:;sances européennes n'est pas éternel. Nous ne savons pas si on peut dire que des cultures dans le Sous permettront un jour do favoriser l'émigration. Pour le moment, on ne s'occupe que des richesses minières. Indépendamment de toute question de savoir si nous pouvons nous établir au Maroc même, tout le monde pense qu'un accroissement do territoires doit être pour nous le résultat des négociations. Les socialistes et les libéraux de gauche font peutêtre bande à part, mais les conservateurs, les Lb raux et le centre sont absolument unanimes. Partout on déclare que l'honneur du pays est engage' et qu'un recul n'est plus possible. Une démonstration de députés de tous les partis principaux le prouvera bientôt à Berlin. »

dessinait. A Berlin, à Leipzig, dans tout l'empire, ils avaient organisé des réunions pour « protester contre l'attitude observée par le gouvernement dans la crise marocaine ». Ils combattaient toute idée d'acquisitions territoriales nouvelles, non pas seulement parce qu'ils repoussaient les tendances belliqueuses de l'aristocratie et de certains partis bourgeois, mais aussi parce que ces acquisitions devaient, à leur avis, avoir pour conséquence un nouveau renchérissement de la vie, et parce qu'ils refusaient de remettre le sort de la nation « aux mains de quelques diplomates ^ ». Mais il n'est pas douteux que leur voix ne trouvait d'écho que chez un certain nombre d'industriels et de commerçants en relations d'affaires avec la France et pour lesquels, plus encore que pour les autres sujets de l'empire, la

1. Voici le texte de l'ordre du jour voté dans une réunion tenue à Berlin le 21 août parneuf cents délégués des unions électorales socialistes :

« L'assemblée générale de l'association des unions électorales socialistes de Berlin et de la banlieue proteste vivement contre le nouveau cours de la politique allemande. Elle est opposée à un établissement de l'Allemagne au Maroc ainsi qu'à un agrandissement de son empire colonial. L'assemblée a la conviction que de nouvelles acquisitions coloniales ne profiteront ni au prolétariat allemand ni à l'économie générale de l'empire. Elles alourdiront, au contraire, les charges du peuple et créeront d'incontestables dangers de conflits. Certains journaux veulent engager l'Allemagne dans une guerre européenne. De telles manœuvres remplissent l'assemblée de la plus vive indignation. L'assemblée éprouve aussi xm très vif mécontentement en constatant que le gouvernement allemand remet entre les mains de quelques diplomates le soin do résoudre des problèmes politiques graves et lourds de conséquences, et refuse d'en appeler à la représentation autorisée du peui)le allemand au Rcichstag. »

tension des rapports diplomatiques était une cause de pertes croissantes ^.

Cet état de l'opinion allemande avait naturellement produit en France une certaine impression. Mais le public français ne se laissait pas aller au découragement. La presse de Paris et des départements, sauf quelques rares exceptions, faisait tête à la polémique pangermaniste. L'esprit de résistance qui s'était affirmé lors des dernières conversations de Berlin s'accentuait encore. De plus en plus, on envisageait avec calme une rupture des pourparlers et même la perspective d'un conflit armé.

Parmi les membres du gouvernement, les opinions offraient moins de cohésion. Les responsabilités du pouvoir, le désir peut-être de donner enfin une solution à l'affaire marocaine amenaient quelques-uns des ministres à envisager largement la compensation à accorder à l'Allemagne. On avait pu craindre un moment que l'Angleterre ne prît ombrage d'une cession de territoires congolais qui aurait apporté à la carte de l'Afrique équatoriale de trop profonds changements. Mais depuis la fin de juillet, le Cabinet de Londres, rassuré sur les intentions de l'Allemagne au Maroc, avait renoncé à toute intervention directe et donnait aux deux parties en pourparlers des conseils de conciliation, où n'apparaissait nulle préoccupation de l'étendue des sacrifices à consentir par

1. D'après certaines informations, après le départ de Berlin, de M. J. Cambon, quelques représentants de l'industrie et de la finance seraient allés exposer à M. de Kiderlen-Waechter le préjudice que faisaient subir à l'Allemagne les négociations en cours, et les graves périls, au point de vue économique, d'une guerre avec la France.

la France. * Arrangez-vous, faites chacun un effort qui rende l'entente possible », tel était le fond des articles officieux ou inspirés publiés par les journaux anglais, plus occupés d'ailleurs des difficultés d'ordre intérieur — grève des employés de chemins de fer, fin de la crise constitutionnelle — au milieu desquelles se débattait l'Angleterre, que de la querelle franco-allemande.

Le gouvernement russe, d'autre part, venait de signer avec l'Allemagne ce fameux accord relatif à la Perse, dans lequel on avait voulu voir et surtout montrer la base d'un accord plus étendu relatif à l'Orient européen lui-mcmei. Personne, certes, ne prétendait en tirer cette conclusion que l'alliance russe fût amoindrie, et le Cabinet de Saint-Pétersbourg avait pris soin de faire publiquement déclarer que « cette entente (l'accord relatif à la Perse) n'influençait pas le groupement actuel des puissances » et que « l'alliance franco-russe et lamitié francoanglaise resteraient toujours la base de la politique de la Russie r>. Mais une vague inquiétude en restait que l'Allemagne, rassurée du côté de l'Orient,

1. L'accord relaitif à la Perse avait été préparé à Potsdaim au début du mois de novembre 1910. Le 11 décembre suivant le chancelier de Bethmann-IIollwcg, prenant la parole au Reichstag, en exposa les lignes générales el la portée qu'il avait voulu lui donner, à l'égard des rela-" lions entre l'Allemagne et h Russie, produisit une vive émotion on France, en Angleterre et même en Russie. C'est vraisemblablement autant pour laisser s'apaisr cette émotion et souligner le cr.rnctère spécial de l'accord — qui ne s'applique qu'à la Perse et au chemin de fer do Bagdad — que par suite de la maladie de M. Sasonof, ministre des Affaires de Russie, que l'accord fut signé seulement le 19 août 1911.

ne bénéficiât d'une plus complète liberté d'allure vis-à-vis de la France.

A Paris même, à côté de la majorité de l'opinion favorable à la résistance, un parti qui se recrutait surtout dans le monde des affaires et de la finance, se reprenait à soutenir la thèse d'une entente définitive sans arrière-pensée avec l'Allemagne i. Comme les coloniaux du temps de M. Hanotaux, ils acceptaient « l'irrévocable », regrettaient les échecs successifs de la politique de collaboration franco-allemande. L'attitude du Parlement dans les affaires de rOuenza et des deux consortiums congolais était par eux taxée de faute. Leurs rapports d'affaires avec 1 Allemagne ou même avec des Allemands habitant

1. M. Planchez, chroniqueur financier du Teni; s, soutenait dès le 29 juillet, dans ce journal, la thèse d'une entente entre le capital français et les entreprises allemandes :

« Comme il n'y a aucune raison pour que la France donne à l'Allemagne, sans recevoir d'elle, assurons-la, du moins — s'il est permis de disposer du hien de ses nationaux et puisque nos banquiers y trouvent aussi leur compte — que l'argent que ceux-ci prêtent temporairement à ses banques ne leur sera pas retiré aux écliéances, et ouvrons le marché de Paris aux titres de ses sociétés industrielles.

« Si l'Allemagne est gênf'c par l'excès de sa richesse hum.aine, elle souffre aussi d'un excès de richesse industrielle. Certes, elle a montré à la France dans des circonstances qu'il est inutile de rappeler, qu'elle pouvait à la rigueur, souscrire concurremment avec elle, à des emprunts étrangers, sans être trop gênée dans ses autres affaires. Mais il convient de prendre des précautions pour l'avenir. L'Allemagne indust.iille n'est pas à la veille de ralentir son mouvement d'expansion; il arrivera un moment où elle ne sera peut-être pas fâchée de trouver un auxiliaire financier dans l'épargne française. Lui rendre ce service qui ne va pas d'ailleurs sans réciprocité, ouvrir la Bourse de Paris aux râleurs

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Paris les poussaient à souhaiter avant tout la * sécurité du lendemain », à le dire, et à essaj'er de réaliser cette sécurité. Comme en 1905, on signalait la présence en France de financiers allemands travaillant à entretenir et à propager cet état desprit.

A tout ce monde agissant, remuant, mais au fond très localisé, comme on devait bientôt le constater i, les perspectives attrayantes des fructueuses collaborations paraissaient d'autant plus tentantes que la situation actuelle était plus incertaine. Les affaires, ou ce qu'on nomme ainsi dans ces milieux, stagnaient. Toute spéculation était arrêtée. Il fallait sortir de « cette impasse •.

Ce parti trouvait dans le Président du Conseil un

allemandes — nous ne disons pas aux fonds d'Etat allemands — sont des conditions qui n'ont rien de blessant pour notre amour-propre. Nous consommons des produits allemands, nous donnons Thospitalité à un grand nombre d'ADemands; quand on négocierait à Paris des valeurs allemandes qui sont de véritables marchandises, où serait le mal? Cela impliquerait-il d'ailleurs l'obligation pour nous d'en acheter ?

« Au contraire, nous professons que cette mesure qui. pour certains esprits timorés, constituerait sinon ime ImmUiation, du moins vuie imprudence, serait une assurance de plus poiir le maintien de la pais. Plus les intérêts des peuples seront combinés, plus la i>énétration des produits des ims chez les autres sera active, plus les chances de conflit armé seront écartées.

« La Bourse de Paris verrait donc sans appréhension l'intioduction chez elle des valeurs allemandes. Au surplus, ne serait-ce pas pour elle un nouvel élément d'affaires? Et ne ser;ùt-ce pas poux les capitaux, dont une partie ne se prive pas d'y recourir depuis longtemps par des voies détournées, des occasions de placements en valeurs dont quelques-unes sont de premier ordre et fort rémunératrices? »

1. V. ch. suiv. les manifestations des conseils généraux et du parti radical et radical-socialiste.

appui inespéré. M. Caillaux avait fait avorter le consortium franco-allemand des sociétés congolaises et, pour le remplacer, mis sur pied la Société d'Etudes des chemins de fer du Congo-Cameroun i, étranglée à son tour par MM. Monis et Cruppi. Arrivé au pouvoir, il avait subi les conséquences de ces deux échecs, et souhaitant naturellement ime issue à la situation au milieu de laquelle il se débattait, la cherchait non moins naturellement dans le sens d'une satisfaction large donnée à la demande de l'Allemagne. Les inspirations qui partaient de son Cabinet ou de son entourage étaient donc empreintes de conciliation, exprimaient la confiance que deux « grandes nations qui débattaient loyalement un marché ne pouvaient pas ne pas s'entendre >.

M. Caillaux allait même jusqu'à critiquer les bases générales de la politique extérieure de la France. Très impressionnable, hypnotisé par le péril allemand en face duquel la destinée l'avait placé, il adressait à l'entente cordiale avec l'Angleterre le reproche de ligoter le pays sans lui donner en retour la sécurité. Sans doute, il ne le disait pas en public; mais il ne s'en cachait pas aux visiteurs de la place Beauvau. La nécessité de conclure avec l'Allemagne, à tout prix, et pourvu qu'il pût en retirer une liberté d'action complète au Maroc, s'imposait chaque jour davantage à son esprit. Alla-t-il jusqu'à poursuivre, parallèlement au ministre des Affaires étrangères, et à son insu, des négociations personnelles avec des représentants officieux ou officiels du gouvernement allemand? On l'a soutenu avec

une certaine vraisemblance. Le 19 août, dans une conversation qu'il eut avec im haut fonctionnaire du quai d'Orsay, au sujet de l'étendue de la compensation, le baron de Lancken s'étonnait que l'on offrît alors à l'Allemagne moins qu'on ne lui avait offert précédemment. Et comme son interlocuteur niait que quelqu'un d'autorisé ait pu faire de pareilles offres, le diplomate allemand répliqua :

— Il s'agit d'une personne hautement autorisée^.

Ces mots s'appliquaient-ils au Président du Conseil? Se rapportaient-ils aux conversations qui s'étaient poursui\ies sous le ministère Monis entre M. de Lancken d'une part, et MM. Caillaux et Messimy, membres de ce cabinet d'autre part, et au cours desquelles il aurait déjà été fait allusion à une compensation à accorder à l'.Ulemagne? Contenaient-ils une allusion à des négociations secrètes plus récentes, postérieures au 1er juUlet, dont on parlait déjà à mots couverts? Certains affirment que par l'intermédiaire des mêmes personnages officieux mêlés à la constitution de la Société d'études du chemin de fer Congo-Cameroun, des offres, plus

1. Cet incident a été raconté d'abord dans un grand nombre de journaux le lendemain de la chute du cabinet CaUlaux, provoquée par la démission de M. de Selves après la séance de la commission sénatoriale chargée d'examiner l'accord franco-allemand. 11 était consigné dans un post-scriptum à un aide-mémoire rédigé par le haut fonctionnaire en question après sa conversation avec M. de Lancken. Certains journaux ayant prétendu que le postscriptum avait été rédigé après coup, d'autres ripostèrent le lendemain que tout permettait d'affirmer qu'il était bien de la même date que l'aide-mémoire luimême et, qu'en tout cas, l'authenticité et la véracité en étaient indiscutables.

M. Jenouvrier, sénateur, a, d'autre part, dans son

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élevées que celles que M. Cambon était chargé de transmettre officiellement, auraient, en effet, été faites au gouvernement allemand. Beaucoup de présomptions sont en faveur de cette dernière hypothèse. Mais ce qui n'est plus douteux, et ce qu'il convient de retenir, c'est qu'au moment où M. Cambon revint de Berlin, le gouvernement allemand se croyait en droit de réclamer de la France un sacrifice beaucoup plus étendu que celui qu'avait offert, officiellement, son ambassadeur i.

Au milieu des incertitudes de la situation extérieure, en dépit des divergences de vue profondes entre ses membres dans une ambiance surchauffée et surexcitée par la chaleur accablante d'un été qui faisait de Paris une étuve, le gouvernement allait donc avoir à délibérer sur l'importance de

discours du 5 février 1912 au Sénat, fait allusion à cet incident. Mais l'honorable sénateur, parlant de ce qu'on a appelé « les négociations officieuses de M. Caillaux », a porté contre l'ancien président du Conseil des accusations d'une précision peut-être excessive. M. Jenouvrier a prétendu que M. Caillaux avait préparé un projet d'entente générale avec l'Allemagne et il en a cité toutes les stipulations, article par article. 11 semble qu'il y ait dans le discours de M. Jenouvrier une synthèse exagérée et quelque peu tendancieuse de faits difficiles à étiblir, mais qui ne seraient pas tous sans fondement. 1. V. p. 203.

la satisfaction à accorder à l'Allemagne, et sur l'étendue des droits qu'on lui demanderait en revanche de reconnaître à la France, au Maroc.

Les délibérations commencèrent le lendemain même de l'arrivée de M. Jules Cambon. Elles s'ouvrirent par une longue conférence qui se tint au domicile de M. Caillaux dans la matinée du 22 août, et à laquelle assistaient, avec le Président du Conseil, MM. de Selves, ministre des Affaires étrangères; Delcassé, ministre de la Marine; Messimy, ministre de la Guerre; Cruppi, ministre de la Justice; Lebrun, ministre des Colonies; Paul Cambon, ambassadeur à Londres; Barrère, ambassadeur à Rome, et Jules Cambon. Le même imposant aréopage se réunit au même endroit, l'après-midi. Les deux séances durèrent chacune plusieurs heures. Seulement, à la seconde, M. Paul Cambon n'assistait plus, rappelé à Londres par les obsèques de son attaché naval.

La matinée fut consacrée à l'examen général de la situation diplomatique et au problème marocain lui-même. L'après-midi fut réservée à la question coloniale proprement dite, c'est-à-dire au Congo. On était tombé d'accord que, malgré les difficultés et les incertitudes, on ne pouvait pas ne pas poursuivre les négociations. On avait accepté, au mois de juillet, le principe d'un marché. On devait en continuer la discussion jusqu'au bout, comme s'il n'était pas permis de douter que, finalement, on le conclurait. Paris valait plus qu'une messe et le Maroc plus qu'un effort de six semaines. Puisqu'on avait demandé le protectorat marocain, il n'était plus possible de se récuser. Seulement il importait de savoir quel serait ce protectorat et la

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somme de facultés dont on ferait, vis-à-vis de l'Allemagne, condition du marché. Autrement dit, il convenait de fixer d'abord la valeur de ce que l'on achèterait pour établir ensuite le prix à payer.

Sur certaines bases précises qui furent arrêtées, — droit d'occupation militaire, appui à donner par lAllemagne pour l'acquiescement des autres puissances au futur protectorat, disparition du régime des protèges, etc., — le ministre des Affaires étrangères fut chargé de rédiger un projet de programme à soumettre à lapprobation du Conseil des ministres. Sa ténacité avait eu raison de la tendance à l'imprécision des formules qui caractérisait les idées de M. Jules Cambon et celles de M. Paul Cambon.

L'après-midi fut orageuse. La question à débattre était épineuse. Quel prix accepterait-on de payer le protectorat marocain? Quelle tranche du Congo donnerait-on contre la « mainlevée de l'hypothèque allemande sur le Maroc i s? Taillerait-on cette tranche, comme le demandait l'Allemagne, de manière qu'elle coupât en deux tronçons les possessions françaises de l'Afrique équatoriale, ou se contcnterait-on d'offrir à l'Allemagne une très large

1. Il va de soi que l'expression « mainlevée de l'hypotbèque allemande » est employée ici, comme dans tout le cours de ce livre, à titre de citation. C'est, en eîfet, une question ford discutable que celle de savoir si le droit que l'Allemagne tenait de l'Acte d'Algésiras peut se comparer à un droit d'hypothèque ou à une servitude. Et la question n'est pas de mince importance, puisque, si on la résolvait par l'affirmative, le marché se justifiait, tandis que si on la résolvait par la négative, c'est-à-dire

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rectification de frontière, de manière à former, sous la gorge du « Bec de Canard », comme im énorme renflement de territoires destinés à accroître, aux dépens du Moyen Congo et de l'Oubangui-Chari, la colonie allemande du Cameroun?

Deux opinions se manifestèrent.

MM. de Selves et Barrère, nettement, sans hésiter, se prononcèrent contre la coupure. Pour eux, il n'y avait qu'un parti, celui de la résistance. Si l'on s'y tenait avec fermeté, l'Allemagne qui, devant l'attitude de l'Angleterre, avait affirmé qu'elle renonçait à tout avantage territorial au Maroc, céderait, et préférerait prendre ce qu'on lui offrirait, que s'exposer à ne rien avoir et, finalement, aboutir à îun échec des pourparlers. Et si même l'Allemagne ne cédait pas, on en serait quitte pour attendre, de pied fenne, la position qu'elle prendrait. La France, à qui allait l'approbation de l'Europe, pouvait avoir confiance en elle-même.

jM. de Selves était doux et tenace, M. Barrère, ferme et autoritaire. L'ambassadeur de France à Rome semblait d'autant plus attaclié à ces principes qui font les nations fortes et les gouvernements respectés, qu'il avait été, dans sa jcmiesse, moins nationaliste et moins gouvernemental. Ancien jour-

si, en réaliti', rAlIemagne n'avait aucun droit sur le Maroc à vendre à la France, la compensation se ramenait à une sorte de taxe ou d'impôt dont la France payait sa simple liberté d'action. Dans le premier cas, on calculait un prix dû, dans le second « on achetait la paix », le mot a d'ailleurs été prononcé. Mais après tout, le langage du droit n'est-il peut-être pas celui de la politique, et les questions qui se posent entre les nations ne peuvent-elles pas se comparer aux litiges entre particnliors?

naliste, entré dans la carrière diplomatique sous M. Waddington, qui l'avait emmené avec lui, comme secrétaire, au Congrès de Berlin, en raison de sa connaissance de la langue anglaise, il avait encore, à soixante ans, l'ardeur et l'impétuosité de la jeunesse. L'œil étincelant, enfoncé sous le sourcil broussailleux, le menton volontaire, il parlait avec feu, discutait, s'emportait, luttait jusqu'au bout pour s'imposer 1. Il était le plus ferme appui du ministre des Affaires étrangères.

M. Jules Cambon joignait sa voix à celles de MM, Caillaux, Delcassé, Cruppi, Augagneur et Messimy, en faveur d'une « solution large ». Qu'avaiton voulu, en acceptant, dès le principe, le marché

1. M. Barrère a collaboré, en 1872, à l'Illustration, puis à des revues anglaises. Il a été ensuite correspondant à Londres de la République française, dont il devint rédacteur, chargé de la politique extérieure. Ranc le signala à M. Waddington qui l'emmena à Berlin.

Voici, d'après Y Annuaire diplomatique et consulaire, les états de service de M. Barrère (Pierre-Eugène-Camilie) : né le 23 octobre 1851; délégué à la commission européenne du Danube, l^r février 1880; secrétaire d'ambassade de première classe hors cadre, 18 septembre 1880; chevalier de la Légion d'honneur, 11 janvier 1882; ministre plénipotentiaire de seconde classe, 27 avril 1882; a signé, le 28 mai 1882, à Galatz, l'acte additionnel à l'acte de navigation de 1865; second plénipotentiaire de France à la conférence de Londres du 5 janvier 1883; a signé, en cette qualité, le traité de Londres du 10 mars 1883, concernant la navigation du bas Danube; oificier de la Légion d'honneur, 11 juillet 1883; chargé de l'agence et consulat général en Egypte, 29 septembre 1883; premier délégué de France à la commission judiciaire internationale réunie au Caire (avril-mai 1884); a siégé à la conférence de Londres de 1884, concernant les affaires financières de l'Egypte comme premier conseiller financier français; délégué à la commission internationale du canal

proposé par l'Allemagne ? Liquider la question marocaine, mie fois pour toutes. Or, pour atteindre ce résultat, on savait maintenant ce qu'il fallait, sous peine d'échec, offrir à l'Allemagne : l'accès à la mer, au-dessus de Libreville, et l'accès au fleuve Congo. On ne pouvait tout avoir et tout garder. Pour qu'un marché fût bon, pour qu'il ne laissât ni d'un côté ni de l'autre, de ressentiment ou d'aigreur, il fallait qu'il fût avantageux pour les deux parties. La France ne devait pas marchander quelques kilomètres carrés d'un territoire qui, après tout, était sans grande valeur. Puis, la question marocaine dominait tout, et surtout dominait la question congolaise. L'avenir de l'expansion frau-

de Suez en avril 1885 et président de la sous-commission chargée de préparer un projet de traité pour le libre usage du canal de Suez ; envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire à Stockholm, 17 novembre 1885; miai^t^e plénipotentiaire de première classe, l^r novembre 1886; chargé d'affaires à Munich, 14 novembre 1888; premier plénipotentiaire de France à la conférence de Venise et aux conférences anglo-austro-françaises qui l'ont suivie à Paris, a signé, en cette qualité, la convention de Venise du 31 janvier 1891, concernant le régime sanitaire d'Egypte et du canal de Suez, décembre 1891-janvier 1892; président de la conférence de Paris de 1892 et signataire de la convention sanitaire de Paris, 1892; premier délégué à la conférence sanitaire internationale de Dresde, a signé en qualité de plénipotentiaire français la convention de Dresde du 15 a\Til 1893; ambassadeur à Berne, 19 avril 1894; a négocié et signé l'accord commercial du 25 juin 1895 avec la Suisse; commandeur de la Légion d'honneur, 16 juillet 1895; chef de la délégation française à la conférence de Venise et signataire de la convention sanitaire de Venise, 1897; ambassadeur à Piome (Quirinal), 29 décembre 1897 ; grand-officier de la Légion d'hoimeur, 7 août 1901; grand-croix de la Légion d'honneur. 13 juillet 1904.

çaise était dans le nord de l'Afrique, non sous l'équateur. Le bénéfice de plus de dix ans d'activité diplomatique risquait d'être perdu en cas d'échec des pourparlers. M. Caillaux avait hâte de voir le marché conclu, M. Delcassé voulait le Maroc pour la France, MM. Cruppi et Messimy désiraient « passer l'éponge sur le passé », en finir, et M. J. Cambon, redoutant ime rupture, prévoyait que l'Allemagne pourrait exiger l'évacuation du Maroc.

M. Lebrun, ministre des Colonies, sollicité entre ces deux partis exprimés et défendus avec autant de force et de conviction l'un que l'autre, hésitait, ne se prononçait pas.

Finalement, le second l'emporta. L'Allemagne aurait les deux accès à l'Atlantique et au fleuve qu'elle réclamait. Mais, en retour, on lui demanderait une complète liberté d'action au Maroc, la faculté d'y établir un protectorat, dans des conditions et sous une forme qui ne laisserait place à aucune ambiguïté. Son désistement se formulerait dans un texte précis, complet et elle devrait donner à la France son appui pour le faire accepter par toutes les puissances signataires de l'Acte d'AIgésiras.

Les journées du 23 et du 24 août furent employées à préciser ce programme. Elles se passèrent en conférences entre le Président du Conseil, les ministres des Affaires étrangères et des Colonies, et M. J. Cambon. Le 25, xm conseil de cabinet sanctionna la solution arrêtée trois jours plus tôt au domicile de M. Caillaux, et cette approbation fut soumise à son tour le 26 à l'approbation du Président de la République, alors en villégiature à Rambouillet.

Entre temps, les 23 et 24, M. de Selves avait eu deux longues entrevues avec l'ambassadeur d'Allemagne, auquel il avait communiqué les grandes lignes des décisions prises par le gouvernement français. M, de Schœn, ,qui avait reçu l'ordre de ne pas quitter son poste, mais qui, officiellement ne participait pas aux négociations, croj'ait pouvoir indiquer cependant que le gouvernement allemand, non seulement s'en tiendrait à sa demande d'accès au Congo, mais qu'il s'étonnait encore des réductions que la France faisait subir au périmètre des territoires offerts. Il invoquait certaines promesses antérieures, ou, au moins, certaines indications qui avaient permis d'espérer ime plus large coupure. Il prenait à témoin M. Caillaux, qui s'était trouvé présent à l'une de ces conférences. Il laissait prévoir le mécontentement de l'Allemagne, de nouvelles difficultés.

Pour lui, personnellement, il était prêt à conseiller la modération, comprenait et appréciait la nécessité ovi était le cabinet de Paris de tenir compte de l'opinion publique. Mais il n'avait même pas voix consultative, et son rôle se bornait à celui d'un agent de transmission.

De son côté, au cours de ces délicates conférences, M. de Selves faisait également appel à la modération de l'Allemagne. On l'accusait dans certains milieux de se raidir dans une attitude intransigeante. Rien n'était plus faux. Rien n'était plus odieux non plus que le bruit qu'on faisait courir qu'il désirait et reclierchait un prétexte à conflit armé. La conception qu'il avait du Jutur accord s'expliquait au contraire par les intentions pacifiques qui

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l'animaient. Ce qu'il recherchait et demandait à l'Allemagne de rechercher avec lui, ce n'était pas seulement dejaire disparaître un point de Jriction entre les deux pays, c'était encore d'élaborer un accord qui ne laissât pas plus de regrets ou de ressentiments en France qu'en Allemagne. N'était-ce pas précisément tourner le dos à ce but que de demander à la France des sacrifices territoriaux tels que, de cette mutilation de son empire colonial de l'Afrique équatoriale elle garderait un souvenir et une rancune qu'il serait impossible d'apaiser i?

Le gouvernement s'en tint donc à ses décisions. Il entendait que les négociations se poursuivissent désormais d'une manière plus méthodique que pendant les six premières semaines. La discussion orale, entre M. J. Cambon et M. de Kiderlen-Waechter, du 9 juillet au 17 août, avait déblayé le terrain. L'entr'acte qui avait suivi avait fait « entrer de l'air j> dans la pièce où l'on causait. Il fallait à tout prix ne plus avancer qu'avec sûreté. On devait

1. Cette attitude de M. de Selves, les raisons qui l'ont déterminée et qu'il exposa à M. de Schœn, ont été trop ignorées ou volontairement méconnues. Elles ont pourtant la plus grande importance, non seulement parce qu'elles répondent à l'ahsurde accusation portée contre lui d'avoir voulu, la guerre, mais encore parce qu'elles traduisent exactement l'opinion d'un parti raisonnable et moyen qui, en France comme en Allemagne, souhaitait et voulait avec sincérité un apaisement non exempt de dignité. M. de Schœn avait d'ailleiKS si bien apprécié la valeur morale et politique des arguments de M. de Selves que le gouvernement français espéra pendant quelques jours que le chancelier de Bethmann-Holhveg, au retour de M. Cambon à Berlin, prendrait, au lieu et place de M. de Kiderlen-Waechter, la direction des négociations.

donc : lo fixer d'abord la quantité et la qualité de l'objet à acheter, c'est-à-dire la nature et l'étendue du désistement de l'Allemagne au Maroc; 2° déterminer l'étendue de la compensation dont on paierait ce désistement, c'est-à-dire les limites de la cession territoriale à accorder à l'Allemagne aux dépens de l'Afrique équatoriale française; 3° abandonner la discussion orale pour une discussion s'appuyant et se développant sur des bases écrites.

Les instructions que devait emporter M. J. Cambon ne laissaient donc place à aucun flottement.

Elles comporlaient d'abord un projet de traité visant le Maroc. L'Allemagne sedésistaitde toute revendication politique sur l'empire chérijien. La France était libre d'occuper militairement, à sa convenance, telle ou telle étendue du territoire ou des eaux territoriales du Maroc. Elle aurait la Jaculté d'y établir son protectorat. Le régime des protégés y disparaîtrait en même temps que la justice consulaire et tout ce qui, dans l'acte dAlgésiras, serait incompatible avec l'exercice du protectorat. Les garanties économiques demandées par r Allemagne étaient accordées sous la réserve des droits souverains du sultan^ qui resterait maître des grands services et travaux publics, routes, chemins de fer, postes, télégraphes, etc. L'Allemagne devait s'engager à ne pas intervenir dans les négociations ultérieures entre la France et l'Espagne. Enfin, et par contre, la France acceptait le principe de l'égalité économique.

La question des « échanges » territoriaux, autrement dit de la compensation était ensuite abordée.

M. J. Cambon, en échange d'un désistement politique de l'Allemagne, \signé dans les termes qui lui étaient indiqués, avait pouvoir d'offrir deux secteurs de terri-

toires à prendre sur lAJrlque équatoriale Jrançaise et approximativement compris, le premier^ entre les limites suivantes : au sud, la Sangha depuis Ouesso jusqu'à son confluent avec lOubangui; à l'est, l'Oubangui depuis ce confluent jusqu'aux environs de Mongoumba, et une ligne partant de ce point pour aller, par Laï, rejoindre le «Bec de Canard » ; le second, partant de la côte, au nord de Libreville, et rejoignant la Sangha au nord d'Ouesso, de manière à former un triangle le long de la frontière sud du Cameroun.

Le gouvernement Jrancais avait donc, en principe, accepté une coupure de VAJriqne équatoriale française s^ étendant sur une longueur de UOO kilomètres.

Il demandait toutejois à V Allemagne de céder à son tour tout le a Bec de Canard'», c'est-à-dire, une sur- Jace d'environ 25 millions d'hectares, et de réserver aux troupes Jrançaises certains droits de passage qui lui permissent, par la côte congolaise, et à travers les territoires qui seraient cédés.^ de ravitailler les régions de l Oubangui-Chari et du Tchad.

M. Cambon devait enfin insister pour obtenir la cession à la France de la colonie du Togoland. Mais cette cession ne Jaisait pas l'objet d'une condition sine qua non.

Tel était, dans ses grandes lignes, le mandat du négociateur français.

Tandis que le gouvernement le précisait non sans difficultés et non sans discussions, l'atmosphère s'éclaircissait et s'assombrissait tour à tour. La presse allemande, au début de l'entr'acte, s'était calmée. M. de Kiderlen-Waechler, après vm court séjour en Westphalie et en Suisse, était venu passer vingt-quatre heures en Savoie, à Chamonix, où il

25o LE COUP d'aGADIR

était arrivé le 25. II avait donné là, à un rédacteur du journal Excelsior, une interview rassurante qui avait produit, en Allemagne et en France, une impression apaisante. L'opinion, d'autre part, ignorant l'objet précis des entretiens de M. de Selves avec M. de Schœn, leur attribuait im sens favorable. Le Berliner Tagehlati écrivait qu'on pouvait « considérer comme fort probable que les négociations aboutissent ;. « Sans aucun doute, disait à son tour la Gazette de Francfort^ la majorité de la population de l'empire est d'accord avec le gouvernement pour désirer une entente raisonnable avec la France. ^

Mais, vers la fin du mois, le ton changeait. Des articles manifestement inspirés indiquaient quelles seraient, en regard des offres françaises, les demandes de l'Allemagne.

Ces demandes n'avaient pas diminué depuis le dernier entretien de MM. Cambon et de Kiderlen- Waechter.

En ce qui concerne les compensations territoriales, elles étaient ainsi conçues : « La cession du territoire de Binder et de Laï, à Fest du Cameroun. La côte s'étendrait jusqu'à la baie de Korisco, y compris la cession du Rio-Muni. L'Hinterland serait formé par le bassin de rOgooué. La frontière rencontrerait la ligne de rOgooué et rejoindrait le Congo à Brazzaville. La Sangha serait située à peu près ah. milieu du territoire concédé^ ».

Quant au statut marocain, il n'était plus question, pour la France, dune liberté d'action politique complète. « L'Allemagne reconnaîtrait la prépondérance

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