CHAPITRE VI
En 1849, un ancien croiseur français saisit dans le golfe de Guinée un brick qui faisait ce qu'on appelait alors le trafic du « bois d'ébène ». Les Africains destinés aux durs travaux de quelques plantations espagnoles du nouveau monde furent transférés à bord du croiseur et débarqués au fond du magnifique estuaire que forment, en se jetant à la mer, les deux fleuves Nkomo et Remboué. Ils s'y établix'ent et la ville qui se fonda peu de temps après autour de leurs humbles cabanes prit, en souvenir de leur délivrance, le nom de Libreville. Le territoire en avait été occupé un an plutôt, au nom de la France, par le capitaine de vaisseau Bouët-Wuillaumez. Telle est l'origine de l'Afrique équatoriale françaiss et de sa capitale'.
Les étapes de sa merveilleuse extension s'associent à des noms glorieux : Foureau, Grampel, Lamy, de Béhagle, Brelonnet, Gentil, Lamy, et à celui du plus
1. Le Gabon a été découvert au quinzième siècle par les Portugais.
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glorieux et du plus noble des coloniaux français : Savorgnan de Brazzâ. En cinquante années, le domaine de la France dans la partie centrale du continent noir avait atteint une superficie de 300 millions d'hectares. 11 s'étendait du Congo et de l'Oubangui au sud-est, à l'Atlantique à l'ouest; à la Guinée espagnole et au Cameroun allemand au nord, pour aller se confondre, à l'est et au nord de cette colonie, avec les territoires français du Tchad et s'arrêter au nord-est aux provinces nilotiques du Soudan égyptien.
Groupées administrativement en une seule colonie : l'Afrique-Équatoriale française, les différentes régions de cette nouvelle France voyaient leur commerce grandir pou à peu, quoique lentement, et, en somme, leur prospérité s'accentuer d'année en année ^ . Des produits riches, l'ivoire, le caoutchouc, les essences précieuses, formaient l'élément principal de cette prospérité. « Le mouvement commercial qui était de 10 millions de francs en 1898, de 28 573 000 francs en 1909, a dépassé •41 millons en 1911 -. »
Sans doute, tous les procédés de colonisation mis en œuvre pour l'exploitation de cet immense territoire n'échappaient pas à la critique. Le système des concessions auquel on s'était arrêté en 1899 avait donné lieu à de vives attaques. « Les dix-neuf vingtièmes du Congo
1. <c Les budgets locaux, à l'exception de celui du Gabon qui est en déficit de 27 000 francs, présentent des excédents de 12 934 fr. 20 pour le Moyen-Congo, de 15 000 francs pour rÛTibanghi-Chari et de 105 COO francs pour le Tchad. Le budget général (de l'Afrique équatoriale) de 1911 était arrêté à la somme totale de 5 raillions 542 ;;45 friincs; celui de 1912, à. 6138 000 francs. » [Rapport de M. Pierre Baudin, p. 191),