Le Temps, du G juillet
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fait niciiie des intérêts en jeu et de ses intérêts personnels immédiats, les négociations qui pourraient être éventuellement engagées, les « conversations » auraient en conséquence lieu à quatre : Allemagne, France, Espagne, Angleterre et probablement à cinq, si comme on le pense la Russie se déclare solidaire de la France en cette affaire. »
L'attitude de la presse allemande était intéressante à noter. Même les organes habituellement inspirés par la chancellerie ne se contentaient pas d'une conversation à quatre ou à cinq. Logiques, •ils élargissaient le cercle des « causeurs ». Puisque le cabinet de Berlin avait jugé opportun de rappeler leurs engagements — entendez : l'Acte d'Algésiras — à la France et à 1 Espagne, c'est à tous les signataires de cet Acte qu'il fallait en appeler. La conclusion de ces prémisses, que l'on se bornait à sous-entendre, mais qui se dégageait aisément, c'est que la France et l'Espagne pourraient être sommées d'évacuer les positions militaires (quelles avaient prises au Maroc.
Ainsi le danger de la position prise d'abord apparaissait avec évidence. Si Ion proposait une conversation à quatre ou cinq, il n'y avait pas de raison valable pour refuser une conférence européenne. Mais cette conférence serait naturellement portée à ramener la question marocaine sur le terrain international et ù proposer ime solution internationale.
Est-ce là ce qu'on désirait à Paris? Evidemment non. Au lieu d'étendre le mandat de la France et de 1 Espagne, une conférence aurait pu le restreindre et, jugeant d'après la lettre des textes, imposer à
ces deux puissances le rappel de leurs troupes, puis aggraver le caractère international, source d'inextricables difficultés, du statut marocain.
Est-ce là, au fond, ce que l'on désirait à Berlin? Il y avait de bonnes raisons d'en douLer, dont la principale était le désir de l'Allemagne, manifesté dès le 1er juillet par II. de Schœn à M. de Selves, de « continuer » la conversation commencée à Kissingen.
Quant au gouvernement anglais, son point de vue ne variait pas. Il n'entendait pas rester étranger à une discussion diplomatique ori la question marocaine serait disculée en tant qti'elle toucherait aux intérêts anglais. M. Asquilli, à la séance du 7 juillet de la Chambre des Communes, renouvela publiquement les déclarations très nettes que sir E. Grey avait faites trois jours plus tôt à l'ambassadeur d'Allemagne :
s Actuellement, déclara le premier ministre, j'ai peu à dire au sujet des négociations entre les puissances. Mais je désire qu'on comprenne nettement que le gouvernement de Sa Majesté estime qu'une nouvelle situation est survenue au Maroc, situation dont les futurs développements peuvent affecter les intérêts anglais plus directement qu'ils ne l'ont été jusqu'ici. Nous avons confiance qu'une discussion diplomatique trouvera la solution de cette question, et dans la part que nous y prendrons, nous aurons les égards requis pour la protection de nos intérêts et l'accomplissement de nos engagements contenus dans notre traité avec la France qui est bien connu à la Chambre. »
Mais il ne s'ensuivait pas nccessaircmenl (juc
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l'Anglelerrc dût prendre une part directe à une conversation franco-allemande aj^ant le Maroc pour objet. Il suffisait et il lui suffirait d'en avoir connaissance au fur et à mesure qu'elle se développerait pour être en mesure d'intervenir au cas où ses intérêts seraient mis en question ou atteints en quelque manière 1.
Entre temps, l'intérim de M. Caillaux au ministère des Affaires étrangères prenait fin. Le 6 juillet au soir, M. de Selves quittait la Hollande avec le Président de la République, et le vendredi 7, un peu avant midi, réoccupait son cabinet du quai d'Orsay. Quelques heures plus tard, il recevait M. Jules Cambon et l'ambassadeur d'Allemagne.
De conversations à quatre ou à cinq, il n'était plus question. De conférence, moins encore. Il fut entendu que M. J. Cambon repartirait le soir même pour Berlin et, à son arrivée, reprendrait naturellement la conversation de Kissingen. Mais il devait, en même temps, demander des explications sur les motifs de l'interA'ention allemande dans le Sud marocain, et se replacer dans son véritable rôle, celui de « défendeur ». Ce n'était pas à la France de formuler une demande. L'Allemagne devait s'expliquer d'abord, dire ce qu'elle roulait. M. de Schœn, ce jour-là encore, affinnait l'ignorer. Nous sommes prêts à entrer en conversation, lui disait M. de Selves; mais de quoi voulez-vous que nous parlions? L'ambassadeur allemand répondait qu'il était sans instructions.
1. Voir plus loin, chapitre iv,- le discoui;s prononcé à la Chambre des Communes par M. Asquith, le 27 juillet.
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On eut pourtant, dès le lendemain, 8 juillet, une indication précise. Le baron de Schccn revint au quai d'Orsay. Il affirmait toujours ne remplir aucune mission de son gouvernement. Mais, avec d'infinies précautions oratoires et une réticence aprcs chaque affirmation, il croyait pouvoir désigner dores et déjà, à titre personnel et privé, mais à ce titre seulement, le terrain où il pensait que l'entente serait possible. Ce terrain, c'était le Congo. C'était d'ailleurs tout ce qu'il pouvait en direi.
Pendant ce temps, le Nord-Express qui emmenait M. Jules Cambon filait sur Berlin.
L'ambassadeur de France pouvait entrer le cœur ferme dans la capitale allemande. L'opinion française, d'abord émue, s'était ressaisie et l'appuyait sans faiblesse. L'alliance russe, l'amitié anglaise, ne s'affirmaient pas seulement dans les organes les plus autorisés de la presse. Les cabinets de Londres et de Saint-Pétersbourg donnaient à Paris les plus fermes assurances, le premier par les déclarations de son cJief à la Chambre des Communes, le second par ime démarche du comte Osten Sacken, son ambassadeur à Berlin, qui s'était informé « d'une manière amicale des vues du gouvernement allemand » -. La trame des amitiés tissée autour de ces deux bases essentielles de la politique française, en dépit de certaines restrictions personnelles et isolées, se
1. Voir Journal officiel du 15 décembre 1911. Débats parlementaires. Chambre des députés, séance du 14 décembre 1911, discours de M. de Selvcs, page 3975, première coloiiiio.
2. Voir Fai Gazette de V Allemagne du Nord du 9 juillet 1911.
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tendait pour la résistance en commun. Ce n'était plus au nom d'un pays affaibli et isolé que M. J. Cambon allait interroger l'Allemagne. L'équilibre européen, mondial par conséquent, était rétabli. Lheure avait sonné où la France pouvait récolter le fruit de son long recueillement, de sa sagesse et de ses efforts.