‹ Le "coup" d'Agadir; origines et dévelopement de la crise de 1911Chapitre 50 sur 66 · Pendant gue la France formait son empire colonial · texte numérisé non relu

Pendant gue la France formait son empire colonial

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Vers le T6 octobre, on put remarquer, dans la presse allemande, un accès nouveau et inexpliqué de pessimisme. Quelques journaux annonçaient un arrêt prochain et définitif des négociations. D'autres reproduisaient avec une complaisance, où l'on voyait une intention, les protestations véhémentes de la Société coloniale contre l'abandon de ce qu'elle appelait les droits de l'Allemagne au Maroc. Ce pessimisme ne fit que s'accroître les jours suivants. En réalité, on se perdait en conjectures plus ou moins vraisemblables sur ses origines.

Ce n'est que quelque temps seulement après la signature des conventions que l'on connut la vérité : le 26 octobre, s'étant mis d'accord avec le chancelier, Af. de Kiderlcn-Waechter avait soulevé inopinément la question du droit de préemption de la France sur le Congo belgeK

1. Le droit de préemption de la France sur le Congo belge remonte aux origines de l'Etat indépendant du. Congo. Le premier texte qui l'a consacré consiste en deux lettres échangées entre AI. Strauch, président de l'Association internationale du Congo, et Jules Ferry. L'Acte de Berlin du 13 février 1885, qui créa l'Etat indépendant, le reconnut implicitement en réservant les engagements résultant des conventions particulières passées par l'Association avec les puissances. Un arrangement du 5 février 1895 en régla les conditions d'exercice entre la France et la Belgique. Enfin, lorsqu'en vertu du traité de cession du 28 novembre 1907 et de l'acte additionnel à ce traité

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La gravité, l'importance de cette demande nouvelle sautaient aux yeux. Jamais jusqu'alors, M. de Kiderlen-Waechter ne s'y était arrêté. A la vérité, au mois d'août, on y avait peut-être pensé ; ne l'eût-on pas dit, qu'en Belgique on ne s'y était pas trompé. La demande de l'Allemagne visant tout le Congo français et le Gabon y avait été connue et y avait soulevé une vive émotion. On s'était demandé si cette cession de territoire, au cas où la France la consentirait — ce que l'on ignorait encore — entraînerait ipso facto, implicitement, la cession à l'Allemagne du droit de préemption de la France. Les jurisconsultes belges, consultés, avaient répondu négativement.

Mais l'opinion belge avait été fort peu rassurée. Même s'il n'y avait pas cession formelle du droit de

du 5 mars 1908, la Belgique eut annexé l'Etat indépendant, le gouvernement français négocia avec le cabinet belge un nouveau texte réglementant son droit de préemption. Ces négociations aboutirent à l'arrangement du 23 décembre 1908, dont voici les dispositions:

AuTiCLE ppEMiER. — Le Gouvememeut belge reconnaît à la France un droit de préférence sur ses possessions congolaises, en cas d'aliénation de celles-ci à titre onéreux, en tout ou en partie.

Donneront également ouverture au droit de préférence da la France et feront, par suite, l'objet d'une négociation préalable entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement belge, tout échange des territoires congolais avec une puissance étrangère ; toute concession, toute location desdils territoires, en tout ou en partie, aux mains d'un État étranger ou d'une compagnie étrangère investie de droits de souveraineté.

Art. 2. — Le Gouvernement belge déclare qu'il ne sera jamais fait de cession, à iilre gratuit, de tout ou partie de ces mêmes possessions.

Anr. 3. — Les dispositions précues aux articles ci-dessus s'appliquent à la totalité des territoires du Congo belge.

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préemption de la France, la contiguïté du Congo belge avec une colonie allemande dont la frontière devait courir — on le croyait à cette époque — le long de la rive du fleuve sur plusieurs centaines de kilomètres, lui apparaissait, suivant une expression anglosaxonne, éminemment indésirable. La moindre contestation née de cette contiguïté pouvait, en raison du voisinage des deux métropoles en Europe, devenir dangereuse. Sans doute, le gouvernement allemand prodigue actuellement les assurances les plus apaisantes. Mais les personnes changent. Que réserverait l'avenir?

Un mouvement national s'était donc dessiné, dès le mois d'août, en Belgique, en faveur de l'augmentation des moyens de défense du pays. La Belgique bénéficiait d'une nsutralité perpétuelle. Cette neutralité n'avait-elle pas besoin dêtre préservée contre toute agression? En même temps, un curieux revirement se produisait dans l'opinion. Le parti flamingant, à tendances germanophiles, perdait le terrain que gagnait le parti wallon ou francophile. Le gouvernement belge, sous la pression de ce mouvement, prenait, à la frontière, des mesures militaires suffisantes pour alarmer certains milieux financiers et provoquer une note explicative officieuse à Berlin*.

Cette émotion du peuple belge n'avait fait que croître au commencement du mois d'octobre. Vers

1. Cette note parut dans la Gazette de VAllemagne du Nord du 21 septembre. La voici :

« Il est inexact de dire que la Belgique n'a pris que d'un seul côté de la frontière des mesures militaires. Les autorités belges ont arrêté certaines décisions relatives aux forts de la frontière. Ces décisions d'ailleurs

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cette époque, un nouvel incident s'était produit qui, tout d'abord, avait passé inaperçu, mais qui avait peu après, en raison même du secret dont on l'avait entouré, et des commentaires dont quelques personnes l'avaient accompagné, pris une importance exagérée et un aspect mystérieux.

On était à ce moment où la négociation marocaine allait se terminer. MM. de Selves et Lebrun s'efforçaient de diminuer l'étendue du mandat donné en août à M. Gambon, de manière à préserver l'Afrique équatoriale française de la mutilation ^ M. Caillaux estimait que le gouvernement allemand n'accepterait pas cette modification, mais devant les protestations de l'opinion publique contre la coupure, s'effrayait des conséquences que cette coupure, si on était forcé de l'admettre, pourrait entraîner pour son cabinet. Que fallait-il pour pallier, dans une certaine mesure, les inconvénients de la mutilation du Congo français? Assurer les communications entre les deux tronçons que créerait l'accord.

M. Caillaux pensa donc, sans avertir M. de Selves, à sonder le gouvernement belge sur le point de savoir si, le cas échéant, il consentirait à donner à bail à

ne sont aucunement des mesures exceptionnelles. On a également maintenu des hommes sous les drapeaux pour parer à la faiblesse des cadres. Les milieux officiels berlinois ont d'ailleurs été avisés que ces mesures avaient été prises sur toute la frontière belge. Il est inexact que les ministres de Belgique à Paris et à Berlin aient envoyé à leurs gouvernements des rapports peu rassurants sur la situation politique. Il semble que les nouvelles envoyées de Paris à ce sujet ne s'expliquent que par une manœuvre de Bourse. »

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