‹ Le "coup" d'Agadir; origines et dévelopement de la crise de 1911Chapitre 51 sur 66 · V. plus haut, p · texte numérisé non relu

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la France, sur la rive gauche du Congo ou de l'Oubangui, une bande de terrain suffisante pour assurer, par la voie de terre, les communications entre la portion du Congo avoisinant la côte que la France conserverait, et les territoires de l'Oubangui-Chari et du Tchad.

M. Fondère fut chargé, à titre officieux, d'une démarche dans ce sens à Bruxelles, où il arriva dans les premiers jours d'octobre, et où il parvint à se faire présenter à M. Davignon, ministre des Affaires étrangères.

M. Davignon écouta l'officieux avec courtoisie, mais refusa nettement de répondre à la question posée :

— Nous sommes toujours prêts à engager une conversation avec la France, dit-il. Mais nous désirons rester sur le terrain officiel. Or, nous avons à Paris un représentant régulier en qui nous avons toute confiance, comme le gouvernement français a ici un représentant que nous accueillons avec égards. Leur intermédiaire me semble tout indiqué, au cas où le gouvernement français aurait quelque proposition à nous faire.

Et M. Fondère se retira.

Depuis lors des jours s'étaient écoulés, l'accord marocain avait été signé, et l'Allemagne avait renoncé à la coupure proprement dite. Mais la visite du financier français avait été connue de quelques personnes, et la nouvelle, se répandant peu à peu, s'était naturellement déformée et amplifiée'.

1. M. de Maiès, correspondant, du Temps à Biiixelles, avait signalé, dès leur naissance, c'est-à-dire au commencement d'octobre, ces bruit» rtlatils à la visite d'un

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Dans les milieux coloniaux belges, une certaine méfiance naissait maintenant à l'égard de la France. La susceptibilité belge pour tout ce qui touche aux questions congolaises est, à juste titre, très grande. Ce petit pays, actif, laborieux, entreprenant, mais perdu sur la carte d'Europe, emprunte une physionomie particulière à son immense colonie africaine. Par elle, il acquiert le rang d'une grande nation, et le souverain qui la lui donna, Léopold II, malgré ses défauts, est considéré avec raison comme un grand roi. On n'avait donc pas de peine, dans certains milieux de Bruxelles, à représenter la France comme convoitant une partie du Congo belge. «Notre voisine

financier français à Bruxelles. Revenant siir ce sujet après la signature de l'accord, voici, comment, dans le Temps du 7 novembre 1911, il expose les faits:

« Il Y a également, dans l'opinion belge, une certaine défiance de l'attitude de la France dans cette question On a dit et répété que la France aurait voulu obtenir une compensation aux dépens de la colonie belge, et certain^ éléments, toujours prêts à desservir l'influence française en Belgique, n'ont pas manqué d'exploiter ces bruits poux réagir contre l'impression très profonde produite dans le pays par l'alerte militaire d'il y a deux mois et dont il résultait clairement que la menace pour la neutralité belge se dessine surtout à l'est.

« Je répète ce que j'ai dit déjà aux lecteurs du Temps; à aucun moment il n'y a eu une démarche officielle ou officieuse du gouvernement français auprès du gouvernement belge en vue d'un remaniement quelconque de la carte congolaise, mais on m'a affirmé de différents côtés que certaines personnalités françaises, agissant à titre absolument privé, suggérèrent à un moment donné à une personnalité politique belge l'idée de la cession à la France d'un territoire faisant face à l'emprise allemande sur le fleuve. La Belgique aurait reçu une large compensation du côté du Cbari. »

La visite de M. Fondère à Bruxelles a d'ailleurs été rapportée par tous les journaux belges de l'époque.

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du sud, disait-on, cherche à se dédommager à notre détriment des pertes qu'elle va subir du fait de notre voisine de l'est, n

Telles étaient les circonstances dans lesquelles se produisait l'incident soulevé par M. de Kiderlen-Waechter, le 26 octobre. Le secrétaire d'État allemand déclarait d'ailleurs que son désir d'arriver à la fin des négociations n'avait pas diminué. Plus que jamais, au contraire, il croyait l'accord nécessaire. Mais il avait, comme toujours, à tenir compte de l'opinion allemande. Or le gouvernement français avait réduit son offre primitive. M. de Riderlen n'aurait pas abordé la question du droit de préemption sur le Congo belge s'il avait pu retourner devant le Reichstag avec une cession aussi largement comprise que celle dont on lui avait fait entrevoir la possibilité au commencement de septembre, car alors l'extension du Cameroun vers rOiibangui aurait permis à l'Allemagne de dire son mot en cas de disparition du Congo belge. En l'état, il était obligé de prendre ses sûretés, et ce point était, en outre, d'une importance capitale pour l'Allemagne, qui avait à se préoccuper de son avenir colonial.

Cet entretien, connu à Paris dans la soirée, fut communiqué immédiatement au président du Conseil, et la journée du lendemain fut consacrée, au Quai d'Orsay, à l'examen de la nouvelle demande allemande.

11 y eut un moment d'embarras.

Écarter entièrement et a priori la question du droit de préemption de la France? C'était, à la veille d'en finir avec cette négociation sans fin, tout remettre en question, risquer de compromettre irrémédiablement les résultats acquis.

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Céder le droit de préemption de la France purement et simplement, ou accepter de le discuter? Au point de vue français, il n'y fallait pas songer. C'eût été enlever à la France, pour le cas improbable, mais qu'il fallait prévoir, où se poserait la question du Congo belge, son moyen d'action le plus efficace. Puis, il y avait à tenir compte des intérêts anglais et belges qu'on était fermement résolu à ne pas méconnaître. Envisager certaines hypothèses dans une lettre destinée à rester secrète, c'était user d'une ruse enfantine, destinée à être rapidement dévoilée. Le souvenir de l'affaire du Luxembourg en 1867 n'était pas dissipé. Enfin, juridiquement, le cas était épineux, les jurisconsultes les plus autorisés soutenant que le droit de préemption de la France était personnel, par consé- (j^uent incessible. Il fallait chercher autre chose.

On chercha et l'on trouva, ou plutôt M. de Selves trouva.

Que voulait l'Allemagne ? Ou, mieux, quelle ambition pouvait-elle avouer? Celle de ne pas être exclue d'un nouveau partage territorial de l'Afrique équatoriale, si jamais le statut actuel du bassin conventionnel du Congo, dans lequel se trouve le Congo, venait à être remis en question. Il y avait donc peut-être une formule qui, sans qu'elle fît allusion au droit de préemption de la France, pourrait donner satisfaction à l'Allemagne.

Le principe trouvé, la rédaction fut rapidement établie. Le jour même. M. de Selves put télégraphier aux représentants de la République à Londres et à Bruxelles le texte de l'article à insérer dans l'accord et dont on espérait que ni l'Angleterre ni la Belgique ne pourraient prendre ombrage. Il était ainsi conçu : « Dans

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le cas où le statut territorial du bassin conventionnel du Congo, tel qu'il est défini par l'acle de Berlin du 26 février 1885, viendrait à être modifié du fait de l'une ou de l'autre des parties contractantes, celles-ci devraient en conférer entre elles, comme aussi avec les autres puissances signataires dudit acte de Berlin '. »

La réponse fut, en effet, entièrement favorable; ni à Londres ni à Bruxelles on n'avait rien à objecter.

Le conseil des ministres qui se réunit le 28 à l'Elysée adopta, à l'unanimité, la formule de M. de Selves, et M. J. Cambon fut invité à la présenter à M. de Kiderlen-Waechter comme la seule que la France pût accepter. M. Cambon remplit sa mission le jour même.

On devine la curiosité inquiète avec laquelle la réponse allemande fut attendue à Paris. Allait-on en finir? Devrait-on abandonner tout espoir de traiter, ou, ce qui revenait à peu près au même, cliercher une autre formule, rouler une fois encore cet éternel rocher de Sisyphe ?

Trois jours s'écoulèrent.

Enfin, le 31 octobre arrive un télégramme de M. J. Cambon. Le texte proposé par la i">ance n'est pas repoussé par l'Allemugns. L'ambassadeur vient devoir M. de Kiderlen-Waechter : toute difficulté va disparaître du coté du Congo.

L'accord est donc complet, définitif?

Pas encore...

Le télégramme de M. Cambon ne vise pas seulement le Congo. Eh quoi î Serait-il question d'autre chose

1. C'est le texte même qui forme le dernier article de l'Accord congolais. Y. aux Appendices.

LA COMPENSATION ET LACCORD Sig

encore? Oui, du Togo II ne s'agit plus de l'attribuer à la France. Mais sous prétexte de consentir aux rectifications de frontières demandées par la France pour liquider le litige Dahomey-Togo, M. de Kiderlen- Waechter réclame la part du lion et cède un œuf contre un bœuf. Sans hésiter, on repousse cette dernière demande II sera toujours temps de revenir sur cette question, susceptible de faire lobjet de négociations spéciales et de recourir à l'arbitrage précédemment envisagé par les deux gouvernements.

M. J. Cambon, informé de la décision du gouvernement français, reprend encore, le J^"" novembre, le chemin de la Wilhelmstrasse. Une brève discussion, et M. de Kiderlen-Waechter adopte le point de vue français : on reparlera du Togo et du Dahomey, et de leur délimitation, plus tard.

Cette fois, l'accord était complet sur le Congo comme sur le Togo. Les deux négociateurs prirent rendez- vous pour le lendemain, afin de relire le texte de l'accord lui-même et les pièces qui devaient y être annexées : lettre explicative sur les associations d'intérêts francoallemandes et sur l'acceptation de l'arbitrage pour les différends qui pourraient survenir, contrat de bail de terrains sur les rives du Logoné, etc ' .

Le 2 novembre, dans la soirée, l'accord congolais était, en effet, paraphé par MM. Cambon et de Kiderlen- Waechter, dans le cabinet de celui-ci.

Le lendemain, au conseil des ministres qui se tint à l'Elysée sous la présidence de M. Fallicres, M. de Selves fit savoir « que les négociations franco-alle-

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