‹ Le "coup" d'Agadir; origines et dévelopement de la crise de 1911Chapitre 52 sur 66 · V. aux Appendices, p · texte numérisé non relu

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mandes relatives au Maroc et au Congo avaient pris fin ».

Le 4, à cinq heures et demie, dans ce même bureau du secrétaire d'État, à la Wilhelmstrasse, les deux conventions marocaine et congolaise étaient signées par les négociateurs. M. J. Cambon se rendait immédiatement après réchange des signatures auprès de M. de Bethmann-Holhveg, chancelier de TEmpire, avec qui il avait, disent les journaux, « une longue conversation ». Le o, à une heure de l'après-midi, M. Rognon, directeur de l'Office colonial français, qui avait, à titre de conseiller technique, assisté M Cambon dans la dernière partie des négociations, quittait Berlin avec l'original des conventions, qui étaient publiées le 6 et simultanément à Paris et à Berlin.

Cependant, en face d'Agadir, le croiseur Berlin montait toujours la faction de l'Allemagne!

Dès qu'il fut connu en France, l'accord du 4 novembre y produisit une impression profonde de soulagement.

Dans un discours qu'il prononça à Saint-Calais, le dimanche 5, M. Caillaux, président du Conseil, en fit une analyse qui parut répondre pendant quelque temps à l'opinion générale. La France recevait le droit d'établir son protectorat sur le Maroc, et toutes les puissances, y compris l'Allemagne, seraient traitées dans l'empire chérifîen, au point de vue économique et commercial, sur un pied de parfaite égalité. Contre cette

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liberté d'action, en payement d'un pareil « accroissement de forces^ », la France cédait à l'Allemagne une partie du Congo, comme elle avait « désintéressé n quelques années auparavant l'Angleterre, l'Espagne et l'Italie. La question était de savoir si la France avait fait un marché avantageux. Le président du Conseil, énergiquement, répondait par l'affirmative.

Deux jours après, le 7 novembre, le Parlement, impatient de ses vacances prolongées, faisait sa rentrée. Comme l'opinion publique, il était heureux de voir la question extérieure définitivement éliminée de ses préoccupations. 11 comptait bien examiner de près la convention qui venait d'être conclue. Quelques-uns de ses membres, reprochaient même au gouvernement d'avoir cédé un lambeau de l'empire colonial français. Les origines du « coup » d'Agadir commençaient à s'éclairer au jour des révélations. Les incidents des négociations qui venaient de se terminer, connus eux aussi, défigurés, cela va sans dire, et exploités par l'esprit de parti, formaient l'aliment des ordinaires machinations de couloir. Mais, au fond, personne ne doutait que l'accord ne fût approuvé et quelques-uns de ceux qui se répandaient le plus en récriminations se proposaient bien, le jour du scrutin, de déposer dans l'urne le bulletin blanc qui absoudrait le cabinet. « On ne repousse pas un traité avec l'Allemagne », telle était la formule politique par laquelle se concluaient gêné' ralement ces conversations préliminaires.

Brusquement, brutalement, se posa la question espa-

1. C'est la traduction à peu près littérale de l'exprossion allemande 3Iachtzuwachs, que M. de Kideiien-Waechter avait employée au début des négociations. V. p. 187.

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gnole. Le lendemain même de la rentrée des Chambres, le journal le Matin publiait le texte du traité secret du 3 octobre 1904.

Ce fut presque une stupeur. A la vérité, on connaissait déjà, par de nombreuses indiscrétions de sources généralement espagnoles, les dispositions essentielles de ce fameux traité qui faisait à l'Espagne sa part au Maroc. Mais on avait, jusque-là, insisté surtout sur les restrictions qu'il imposait à la liberté d'action du cabinet de Madrid. Ainsi lorsqu'au mois de mai les troupes espagnoles avaient occupé El-Ksar et Larache, c'était aux articles qui stipulaient l'obligation pour l'Espagne de n'agir dans sa zone d'influence qu'avec l'assentiment de la France, qu'on avait fait allusion. M. Cruppi, alors ministre des Affaires étrangères, avait fait faire toutes réserves utiles à Madrid. Puis l'attention générale s'était détournée de cette face de la question marocaine. Le coup de semonce de l'Allemagne à Agadir avait retenti, et tous les regards s'étaient dirigés sur Berlin.

Au cours de l'été, le silence s'était prolongé. M. de Selves, et le gouvernement avec lui, avaient estimé qu'il fallait d'abord « liquider » l'aflaire marocaine avec l'Allemagne, et l'Espagne avait été écartée, d'accord avec le cabinet de Berlin, de la conversation ».

Voici donc que de nouvelles difficultés surgissaient, qu'il allait falloir partager avec l'Espagne cet empire chéri fîen où l'on n'avait acquis la liberté d'action qu'aux prix des plus lourds sacrifices ! Et ce partage était im-, posé à la France en vertu d'un traité secret, que n'avaientl pas connu même les membres du cabinet pendant lî durée duquel il avait été signé !

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