‹ Le "coup" d'Agadir; origines et dévelopement de la crise de 1911Chapitre 53 sur 66 · V. Chapitre premier, p. 44 et suiv · texte numérisé non relu

V. Chapitre premier, p. 44 et suiv

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Des circonstances clans lesquelles le traité avait été signé, de l'amitié anglaise dont il était le prix, du faisceau d'intérêts noué autour de la France, et qui l'avaient aidée à subir à son honneur, l'une des plus graves crises qu'elle ait traversées depuis 1870, il n'était plus question. M. Delcassé avait « donné » la moitié, et la plus belle moitié du Maroc, à l'Espagne. Cette pensée, accompagnée de commentaires appropriés, suffisait à troubler la joie déjà mitigée qu'avait apportée la convention de Berlin. On ne parlait plus qu'avec une sorte d'humeur des traités secrets ou de (( l'abus qu'on en avait fait ».

Au milieu de cette émotion, la commission des affaires extérieures, devant laquelle la Chambre devait renvoyer la convention ^ menait une enquête sur les événements qui avaient précédé ou accompagné la conversation franco-allemande. Elle « découvrait » avec surprise que le renoncement à la côte nord du Maroc

1. Le Parlement ne fut saisi que de le convention relative au Congo qui, seule, contenait des échanges territoriaux. Mais en réalité, comme la convention relative au Maroc était solidaire de celle-ci, c'est toute l'affaire marocaine qui fut évoquée. Néanmoins, le vote ne porta que sur la première.

La commission des Affaires extérieures de la Chambre était ainsi composée:

Président : M. Paul Deschanel ; vice-présidenls : MM. Hubert, Denys Cochin, Chailley, Albin Rozet et Métin; secrétaires : MM. Paul Bluysen, Brunet (Seine), Bussat, Franklin- Bouillon, de Gontaut-Biron, Lagrosillière, Malaviaile, Simon ; membres : MM. Andiieux, Archambeaud, F. Carnot, Carpot, Cels, de Chambrun, Cuttoli, Damour, Jules Delafosse, Dubarle, Etienne, Gasparin, Grodet, d'Iriart d'Etchepare, de La Ferronays, de La Porte, Laroche, Le Louédec, Long, Millerand, de Moustier, de Mun, Pierre Goujon, fiUen Prévôt, Réveillaud, Ribierre, Rouanet, Thivrier, Willm.

figurait déjà dans la convention publique ^ du 8 avril 1904. Elle entendait presque tous les jours le ministre des Affaires étrangères et le président du Conseil 2. Le gouvernement, pour lui donner satisfaction, décida, d'accord avec le cabinet de Londres, la publication des clauses tenues secrètes de l'accord franco-anglais^ relatif au Maroc et à l'Egypte, puis d'un arrangement

2. L'incident du 9 novembre aurait passé inaperçu sans une volonté tendancieuse d'en dénaturer le caractère et de saisir un prétexte pour mener une âpre campagne contre M. de Selves.

Appelé inopinément ce jour-là et contre toute prévision à la Commission des affaires extérieures et coloniales de la Chambre qui tenait sa première séance, M. de Selves y obtint le plus vif et le plus imanime succès par la précision de ses réponses sur l'accord du 4 novembre et sur les négociations difficiles qu'il avait conduites. Animé du souci de ne pas se fier exclusivement à ses souvenirs personnels sur l'attitude du Cabinet Monis lors de l'occupation de Larache et d'El Ksar par les Espagnols, M. de Selves fit appel à ceux de M. Bapst, directeur des affaires politiques et commerciales de son ministère, qui l'assistait à la séance de la Commission. M. Bapst, soit qu'il n'eût pas saisi la portée de la question posée sur ce point à M. de Selves, soit qu'il eût effectivement omis à son retour de congé de se faire renseigner sur des événements survenus alors qu'il était absent, fournit à haute voix son ministre sans hésitation et sans resti-ictions même de forme, des éléments inexacts de réponse.

Dès le lendemain matin, ime violente polémique était engagée contre M. de Selves, taxé par les uns de félonie vis-à-vis de son prédécesseur, et de légèreté ignorante ])ar les autres. Le ministre s'expliqua spontanément avec pièces à l'appui devant la Commission dès le 10 novembre, et sa loyauté fut reconnue par tous ceux (jue n'aveuglaient pas la jalousie ou l'esprit de parti. M. Bapst prit un congé et M. R. Poinciué lui a donué un successeur, se réservant de lui attribuer un poste extériem-.

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franco-espagnol du 1" septembre 1905 * . C'était une avalanche de révélations ! Entre temps, tandis que s'exaspérait laluttede M. Caillaux contre M. de Selves, la commission adopta le rapport de M. Maurice Long, et la discussion put commencer à la Chambre le 14 décembre.

Elle dura six séances.

On entendit successivement de patriotiques avertissements de M. de Mun, un substantiel résumé des négociations de M. de Selves, puis les discours du ministre des Colonies, de M. Jaurès, de M. Charles Benoist, de MM. Abel Ferry, Millerand, Deschanel, Denys Cochin, du président du Conseil. Le 20 décembre, la liste des orateurs étant épuisée, on allait procéder au vote, lorsqu'un député lorrain, M. Lefébure, monta à la tribune et lut une déclaration qui a sa place naturelle dans les dernières pages de l'histoire des négociations francoallemandes :

Au nom, dit-il, de mes collègues, MM. Denis, Grandjean, Méquillet, Cuny, Marc Mathis , Camille Picard, Schmidl, Constant Verlot, Grosdidier, Maginot, Noël et au mien, députés républicains des trois départements de Meurtheet-Moselle, des Vosges, de la Meuse, je tiens à faire cette courte déclaration donnant les motifs de notre abstention :

« Après de longues hésitations de conscience, nous n'avons pu nous résoudre à un vote que certains commentaires de l'accord franco-allemand, donnés récem,ment à cette tribune, permettraient d'interpréter commeun oubli du passé.

« Notre attitudene peut avoir d'autre signification que celle que nous entendons lui donner.

. 1. V. aux Appendices.

M ?ious ne méconnaissons rien, en effet, des laborieux et patriotiques efforts de nos négociateurs ni des résultats par eux obtenus.

« Certes, nous entendons demeurer les adversaires résolus de toute politique d'agression ; mais nous ne voulons pas, en ratifiant de notre vote la convention du 4 novembre dernier, paraître souscrire à un rapprochement, qui, en l'état actuel des choses, aurait dans notre Lorraine mutilée un douloureux retentissement. »

Quelques instants après, la Chambre, par 393 voix contre 36, approuva la convention.

L'émotion, cependant, ne faisait que grandir. A l'inverse de ce qui arrive dans la plupart des interventions chirurgicales, les efïets du c choc opératoire » se faisaient sentir davantage à mesure qu'on s'éloignait du moment de l'intervention. Les révélations, ou des récits que l'on décorait de ce nom, continuaient dans la presse et dans les coulisses du Parlement. Peu à peu, au milieu de ce chaos d'informations, la vérité se faisait jour. Les origines de l'accord de 1900, de son extension au Congo, l'histoire des tentatives et des échecs successifs de la politique de collaboration franco-allemande, se répandaient. Le débat s'élargissait.

Toute la politique générale de la France se trouvait en cause.

L'examen des conventions du 4 novembre par une commission sénatoriale spéciale fournit l'occasion de nouvelles et passionnées discussions. Cette commission comprenait tous les anciens présidents du Conseil, et tous les anciens ministres des Affaires étrangères membres du Sénat *. Elle élut pour président M. Léon Bour-

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