V. Despagnet, Ioc. cit., p. 765 et suiv
2. Bulletin de l'étranger du journal le Temps du 19 juin 1895.
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\ieux continent n'allait pas d'ailleurs sans quelques avantages positifs, encore que lointains.
Dans le même temps que l'escadre française évoluait en face des côtes japonaises, de concert avec les escadres russe et allemande. M. Gérard, ministre de France en Chine, prêtait un appui efficace à son collègue russe, le comte Cassini. et la Russie obtenait à la fin de cette même année 1895. par un traité que Ion tint secret, la concession, accompagnée de certains droits souverains, de ce chemin de fer transmandchourien et de cette cession à bail de Port- .Arthur, qui devaient la mettre en conflit neuf ans plus tard, avec le Japon. De son côté, la France ne se retirait pas les mains nettes. Le traité quelle signa, le 20 juin, avec la Chine asseyait définitivement sa prépondérance économique dans la riche province du Yun- Xan, frontière du Tonkin. dont le principal marché, Shemao, lui était ouvert. Enfin, l'Allemagne ellemême n'était pas oubliée, puisqu elle obtenait la promesse qu'aucun obstacle ne lui serait opposé plus tard, lorsqu'elle demanderait au Tsong-Li-Yamen des avantages plus tangibles que ceux habituellement inscrits dans les traités de commerce ^
Telle se présente la première grande entente, sous les auspices de la Russie, entre la France et l'Allemagne. Elle fut à peine troublée par l'écho des fêtes bruyantes qui célébrèrent de l'autre côté du Rhin, le vingt-cinquième anniversaire de la fondation de lEmpire. Elle devait aller jusqu'à donner, pendant trois années, une direction nouvelle à la
1. On sait qu'en 1898, l'Allemagne obtint la cession à bail d'un territoire situé dans la baie de Kiao-Tchéou.
TIN REGARD RUn T,R PASSK 75
politique extérieure, et celte direction faillit devenir définitive. Une interruption, quelle subit pendant quelques mois, en fournit la démonstration frappante.
A la fin du mois d'octobre 1895, le ministère Ilibot, où M. G. Hanotaux détenait le portefeuille des Affaires étrangères, tomba. Un ministère radical, présidé par M. L. Bourj»eois, le remplaça. L'illustre cbimiste Berlhelot, à l'étonnement général, entra au quai d'Orsay.
Les affaires de Chine, entrées dans une période de calme relatif, deux questions traversaient alors à la fois une phase critique : celle du Transvaal et celle d'Egypte. La première passionnait l'Allemagne, l'autre intéressait particulièrement la l'rance. L'agiitation créée par les witlanders au Transvaal et dans l'Etat d'Orange, la situation périlleuse dans laquelle cette agitation plaçait dans ces deux pays la nationalité hollandaise, indignait l'opinion allemande, dont les velléités expansionnistes s'alarmaient aussi de la fermeture possible de ce marché. Le fameux raid du docteur Jameson, « cet acte de brigandage jinternational » mit le comble h l'exaspération allejmandei. La haine contre l'Angleterre ne connut ])lus de bornes. Pour contenir ses empiétements, l'union de toutes « les nations civilisées s'imposait ». L'empereur Guillaume II lui-même fut entraîné par le courant populaire. Le 2 janvier 1896, il traduisait publiquement les sentiments de son
1. C'est le l'-r janvier 1896 quo Jameson fut cerné près de Krugersdorp (à 35 Icilomètres environ de Johannesburg) par un corps de troupes transvaaliennes et fait prisonnier.
peuple, en adressant au Président du Transvaal, le vénérable Krùger, un télégramme qui était une véhémente protestation contre les exagérations de la politique anglaise :
Je vous Jélicite sincèrement, disait-il a Kriiger, parce qu'avec votre peuple, sans recourir à l'aide des puissances amies, et en n'employant que vos propres Jorces contre les bandes armées qui avaient Jait irruption sur votre territoire en perturbateurs de la paix, vous avez réussi à rétablir la situation pacifique et à protéger votre pays contre les attaques provenant du dehors. Guillalme.
Ce télégramme eut un retentissement prodigieux dans toute l'Europe, mais surtout, cela va sans dire, en Angleterre, et l'on devine qu'il n'était pas fait pour améliorer les relations entre les deux cabinets de Londres et de Berlin. Mais était-il uniquement un avertissement aux ambitions et aux projets anglais? Un grand nombre de personnes, particulièrement informées des choses de la politique européenne, ne le pensent pas. Elles veulent y voir aussi, et surtout ce qu'on appelle en jargon d'escrime, un appel du pied de Guillaume II à la France. L'opinion anglaise réclamait depuis quelque temps la conquête du Soudan égyptien, abandonné depuis le désastre de Ivhartoum. Des bruits d'une expédition anglo-égyptienne commençaient à se propager. L'Angleterre allait définitivement exclure toutes les autres puissances, y compris la France, de toute la vallée du Nil. « Soyez avec moi, signifiait le télégramme à Krûger, et à nous deux nous mettrons un insurmontable obstacle à la marée britannique, moi au sud, vous au nord-ouest de l'Afrique. »
Quoi qu'il en soit de la valeur de celte interprétation, il n'est guère niable que les événements qui suivirent lui donnent une singulière vraisemblance. Que se passa-t-il, en effet, du mois de janvier à la fin de mai 1896?
Le cabinet radical de M. Léon Bourgeois, avec M. Berthelot au quai dOrsaj-, dirigeait depuis quelques mois les destinées de la France. M. Bourgeois lui-même, en raison même du parti dont il était un des chefs les plus cminents, et son ministre des Affaires étrangères penchaient vers une politique favorable à lAuglelerre bien plutôt qu'à l'Allemagne. Alla-t-il, comme d'aucuns le prétendent, jusqu'à faire dire par M. de Courcel, ambassadeur, au cabinet de Saint-James : * Nos ennemis ne sont pas à Londres »? C'est ce qu'il est naturellement impossible de vérifier. Mais il n'en est pas moins acquis que le gouvernement impérial agit comme si cette réponse, ou ime réponse équivalente, était parvenue à ses oreilles et qu il prit immédiatement, dans ime affaire où les intérêts français se trouvaient le plus directement engagés, une position nettement hostile à la France.
La nouvelle qu'une expédition anglaise-égyptienne s'organisait pour la conquête du Soudan s'était, en effet, confirmée au début de l'année 1896, Le gouvernement égj'ptien, sur les instructions de lord Cromer, fit connaître son intention de prélever 500 000 livres sterling, destinées à couvrir tout ou partie des frais de cette expédition, sur les fonds de réserve de la Caisse de la Dette. Le cabinet de Paris s'opposait à ce prélèvement, qui devait être approuvé par la Commission de la Dette. Mais cette
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commissioa comprenait six membres : MM. Money (Grande-Bretagne), Georges Louis (France), baron de Richtofen (Allemagne), comte Zaluski (Autriche-Hongrie), Yonine (Russie) et Morani (Italie). La France était sûre de la voix russe. L'Angleterre pouvait compter sur l'Autriche et lltalie. L'Allemagne, selon qu'elle se porterait d'un côté ou de l'autre, pouvait entraîner la décision de la Commission, le partage égal des voix équivalant à un refus de voler le prélèvement demandé. Elle était donc maîtresse de la situation. Les griefs qu'elle invoquait contre le cabinet Bourgeois déterminèrent son attitude. M. de Richtofen reçut l'ordre formel de donner sa voix à l'Angleterre 1.
On était alors à la fin de mars 1896 2. Un mois après, le cabinet Bourgeois était obligé de se retirer devant l'hostilité du Sénat, eu apparence sur la question des crédits pour l'expédition de Madagascar, en réalité pour des raisons de politique purement intérieure. M. G. Hanotaux reprit la direction du département des Affaires étrangères dans le cabinet Méline.
1. Cette attitude n'a d'ailleurs pas toujours été unanimement, depuis lors, approuvée en Allemagne. Quelques écrivains et publicistes l'ont représentée comme une faute. D'après eux, le vote du commissaire allemand équivalait à une reconnaissance formelle de la situation illégale de l'Angleterre en Egypte, et a autorisé cette puissance à disposer plus tard, au profit de la France, du « Maroc qui ne lui appartenait pas, contre l'abandon par la France de l'Egypte, qui n'était pas davantage à elle ».
2. Le vote de la Commission de la Dette eut lieu le 26 mars 1896. Les porteurs de la Dette déférèrent cette décision au tribunal mixte du Caire qui, le 8 juin, l'annula. Le 2 décembre suivant, la Cour mixte d'Alexandrie confirma ce jugement.
Imiiiédialement, les dispositions du cabinet de Berlin se modifièrent une seconde fois.
j\I. Jules Herbette quitta l'ambassade de Berlin, qu'il occupait depuis dix ans i, et où il avait rendu, au cours de celle période hérissée de difficultés, coupée par laffaire Schnœbélé, et par de multiples incidents de frontière, déminents services à la France -. Il y fut remplacé le 26 mai par un diplomate qui devait exercer sur les rapports francoallemands une très grande influence personnelle: le marquis de Noailles. Cinq semaines ne s'étaient pas écoulées que le gouvernement allemand rendait publique la décision prise quelques mois plus tôt par lui d'accepter l'invitation qui lui avait été
1. Voici la liste des ambassadeurs de France auprès de l'Empire allemand, depuis 1871 :
M. le marquis de Gabriac, chargé d'affaires, 31 mai 1871;
M. le vicomte de Gontaut-Biron, ambassadeur, l^r juin 1873;
M. le comte de Saint-Vallier, ambassadeur, 24 décembre 1877;
M. le baron de Courcel, ambassadeur, 27 décembre 1881 ;
M. Herbette, ambassadeur, 8 septembre 188G;
M. le marquis de Noailles, ambassadeur, 26 mai 1896;
M. Bihourd, ambassadeur, 29 août 1902;
M. Jules Cambon, ambassadeur, 23 janvier 1907.
2. M. Herbette (Jules-Gabriel) est né le 5 août 1839. Il est mort le 17 décembre 1901. 11 a été successivement : attaché à la direction des consulats le 18 juillet 1860, élève consul à Naples (1867), gérant du consulat de Stettin (1869), rédacteur à la direction politique (1871), délégué à la commission européenne (1876), ministre plénipotentiaire de 2^ classe (1880), directeur du personnel et de la comptabilité (1880), directeur du personnel et des fonds, pour la deuxième fois (1882), ministre plénipotentiaire de 1^^ classe (1882), directeur du cabinet (1885), ambassadeur à Berlin (1886-1896), grandcroix de la Légion d'honneur (1896).
adressée de participer officiellement à 1 Exposition universelle de 1900, à Paris, En même temps, Ihorizon diplomatique se rassérénait dans toute l'Europe.
Crispi tombé, la France esquissait sa réconciliation avec l'Italie. A l'automne de la même année, le tsar Nicolas II faisait en France, puis en Allemagne, une visite dont le caractère pacifique était intentionnellement et vivement mis en lumière par les organes officieux des deux côtés du Rhin, et le 18 novembre, par une convention signée du marquis de Noailles et du baron de Marschall, TAUcmagne reconnaissait le protectorat de la France en Tunisie.
Au cours de l'année 1897, cette détente cordiale et ce rapprochement s'accentuèrent encore. La mission Marchand avait quitté la France depuis six mois et s'avançait peu à peu vers la vallée du Haut-Nil. La presse allemande suivait toujours avec attention les affaires du Transvaal. Plus que jamais, l'adversaire commun à combattre, celui qui devait faire taire toutes les haines, apaiser toutes les rancunes, apparaissait nettement : l'Angleterre. A la faveur de ce sentiment commun, les diplomaties allemande et française se prêtaient un mutuel appui, et l'Allemagne pouvait s'installer en Chine, dans la baie de Kiao-Tchéou. Quels résultats n'atteindraient pas les deux puissances voisines si cette union persistait, se faisait plus intime? Le moment n'était-il
pas venu où elles pourraient imposer à l'Angleterre une redistribution du monde?
L'influence personnelle du marquis de Noailles
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à la cour de Berlin grandissait tous les jours i. Entre tous les diplomates accrédités auprès de lui, l'empereur Guillaume II lui portait une affection toute particulière et dont il ne se cachait pas. La personnalité de l'ambassadeur expliquait cette prédilection. Elle représentait, au milieu de la moderne Allemagne, la vieille France d'autrefois. Gai, spirituel, ne reculant ni devant le mot ni devant le trait, négligé dans sa mise, ce diplomate de la République était grand seigneur jusqu'au bout des ongles, jusqu'à l'extrémité de ses bottines qu'il dédaignait de boutonner. Puis, n'avait-il pas rapporté^ de son passage à Constantinople ime anglophobie dont il ne se cachait pas? L'empereur lui pardonnait même, peut-être en souvenir de son aïeul Frédéric le Grand, im voltairianisme discret. Il en avait fait un de ses compagnons les plus assidus.
Mais l'amitié — en Allemagne comme partout — est-elle toujours exempte d'une arrière-pensée intéressée? Celle, en tout cas que l'empereur portait au marquis de Noailles n'oubliait pas les devoirs de la souveraineté ni les intérêts du peuple allemand. Puisque son intimité avec l'ambassadeur de France lui permettait d'envisager une entente pos-
1. Le marquis Emmanuel-Henji-Victumien de Noailles est né au château de Maintenon le 15 septembre 1830. Il a été successivement ambassadeur à Rome, de 1875 à 1882; à Constantinople, de février 1882 à mars 1886; enfin, après être resté pendant dix ans dans la position de la disponibilité, il fut ambassadexu à Berlin de mai 1896 à juillet 1902. Le marquis de Noailles est mort à Paris le 16 février 1909. C'est pendant sa mission à Rome que fut, iM>ur la première fois, loué le palais Farnèse, où est logée l'ambassade de France.
Sa T.E COUP d'agadir
sible entre les deux pays, il fallait bien trouver un terrain où réaliser cette entente.
Et quel autre terrain d'entente s'offrait, en dehors de l'Afrique?
L'Afrique! La France y exploitait déjà un immense empire, des rives de la Méditerranée jusqu'à l'équateur, que l'obstacle anglais seul empêchait d'étendre de l'Atlantique à la mer Rouge, à travers le Soudan et la vallée du Haut-Nil! L'Afrique! L'Allemagne y occupait déjà trois grands territoires, disposés aux trois extrémités d'un triangle : l'Ouest et l'Est allemands, et le Cameroun. Elle aussi, l'Angleterre sun'eillait ses progrès avec méfiance, peu rassurée de la voir s'avancer jusque vers le Transvaal, encore indépendant, dans le sud, ou, au nord de l'équateur, dans la boucle du Niger.
Mais s'il restait peu de terres sans maîtres sur le continent noir, tous les maîtres n'exploitaient pas leurs terres. Les colonies portugaises dépérissaient, inutiles, sous la déplorable administration d'une métropole impuissante. Le gouvernement de don Carlos, aux abois, se débattait contre ses créanciers, cherchait de l'argent de tous côtés, et, comme les fils des nobles familles ruinées, parlait d'aliéner le vieux domaine d'au delà les mers que lui avaient légué de glorieux ancêtres. La Dette portugaise était presque en totalité aux mains des Français et des Allemands. Pourquoi lAllemagne et la France ne senlendraient-elles pas d'abord entre elles, puis avec le Portugal lui-même? Une cpmbinaison financière n'élait pas impossible à trouver, qui permettrait à l'Mlcmagne, en désintéressant les créanciers français, de s'installer, munie d'un titre quelconque —
de propriété ou de location — dans l'Angola et au Mozambique, au fond de cette magnifique baie de Delagoa, qui commande la route la plus rapide conduisant au Transvaal.
Le but précis des efforts réunis de la France et de l'Allemagne se dégageait ainsi de lui-même: l'Allemagne appuierait la France dans sa revendication de la vallée du Haut-Nil, dont l'expédition de Marchand constituait la première sommation. La question d'Egypte serait ensuite reposée devant l'Europe. Pour l'Allemagne, deux fois forte de sa propre puissance continentale et de l'expérience maritime et coloniale de la France, elle enfoncerait dans l'Empire africain de l'Angleterre un coin si résistant qu'elle empêcherait à jamais les tronçons écartés de cet empire de se réunir et de se souder. L'Angleterre serait maîtrisée.
A la fin de 1897, et au commencement de 1898, les conversations du marquis de Noailles et de l'empereur avaient tellement avancé l'élaboration de ce projet, que la nécessité apparut de transférer à Paris les pourparlers. M. G. Hanotaux se chargea de pousser, avec le comte de Munster i, ambassadeur d'Allemagne, l'esquisse ébauchée à Berlin.
Quel était exactement ce projet d'accord francoallemand sur le terrain africain? A quelle distti-
1. L'Empire allemand n'a eu que cinq ambassadeurs à Paris : le comte Harry Amim, d'août 1871 à février 1874; le prince Clovis de Hohenlohe-Schillingsfûrst, de mai 1874 à juillet 1885; le comte de MiinsterLedenburg, de juillet 1885 à novembre 1900; le prince Radolin-Radolinski, de novembre 1900 à juin 1910; enfin le baron de Schœn, qui a présenté ses lettres de créances le 9 octobre 1910 et qui est encore en fonctions.
bution procédait-il? Quels engagements réciproques comportait-il? Faisait-il même, comme on l'a dit^ quelquefois dans certains milieux politiques, allusion, soit dans son contexte, soit dans ses annexes destinées à rester secrètes, à certaines satisfactions à accorder à la France en Europe? C'est ce que l'on n'a jamais pu savoir. Mais ce qui n'est pas niable, parce que tous ceux qui ont poursuivi une enquête personnelle sur la politique extérieure de la France depuis vingt ans l'ont appris et ont pu le vérifier, c'est que le projet Munster-Hanotaux visait les colonies portugaises, que l'Allemagne s'engageait à appuyer la France dans la question du Haut-Nil et de l'Egypte, et que la France prenait un engagement correspondant envers l'Allemagne pour l'Afrique méridionale.
Mais alors survint l'imprévu : l'affaire Dreyfus. Le ministère Méline mourut de l'avoir voulu ignorer et M. Delcassé, choisi par le nouveau Président du Conseil, M. Henri Brisson, entra au quai d'Orsay.
Le rêve de Guillaume H allait s'évanouir.
Quelles conceptions apportait M. T. Delcassé en prenant possession de ce portefeuille des Affaires
1. En dehors d'une brève allusion contenue dans un ouvrage intitulé : La situation internationale de l'Egypte et du Soudan, par M. J. Cocheris, il n'a jamais rien été imprimé sur ce point pourtant si intéressant de l'histoire contemporaine.
étrangères qu'il devait conserver sept années? Quel but allait-il s'efforcer de dégager, puis offrir à l'activité de la diplomatie française? Personne ne le soupçonnait encore, et peut-être lui-même, à quelqu'un qui l'eût interrogé, aurait-il judicieusement fait observer qu'il lui convenait d'attendre, de se reconnaître, pour ne choisir, entre les directions, qu'en parfaite connaissance de cause.
Ce que tout le monde pouvait deviner cependant, c'est que le nouvel hôte du quai d'Orsay ne suivrait pas les voies oiî s'était engagé son prédécesseur. Sans hostilité préconçue et systématique à l'égard de l'Allemagne, il semblait néanmoins, comme le parti radical auquel il appartenait, pencher vers une politique de réserve. Le projet élaboré ou esquissé par M. G. Hanotaux et le comte de Munster ne dut lui inspirer que de la méfiance.
On raconte que l'ambassadeur d'Allemagne lui ayant demandé, quelques jours après la constitution du cabinet Brisson, si le nouveau gouvernement tiendrait les promesses du ministère tombé, M. Delcassé aurait feint l'ignorance. De quelles promesses, de quel projet de traité lui parlait-on? Ce procédé dilatoire s'accorde assez mal avec le caractère de M. Delcassé et avec la courtoisie diplomatique. Il est donc plus vraisemblable de supposer que le nouveau ministre, devant la gravité des engagements à assumer, demanda à réfléchir, à en référer au Conseil des ministres, puis finit par dorncr une réponse polie et négative. C'est ce quà la Wilhelmstrasse on exprima, en disant que M. Delcassé avait gardé le projet dans son tiroir.
L'attention publique et les préoccupations gou-
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vernemcntales devaient être d'ailleurs bientôt mises en face des risques de la polilique d'expansion africaine. Le 10 juillet 1898, le capitaine Marchand arrivait à Fachoda. 11 y attendait les ordres du gouvernement depuis deux mois, lorsque le 18 septembre il fut rejoint par les troupes du sirdar Kilcliencr, et sommé d'évacuer la position oii il venait de planter le drapeau français. Autorisé cependant à demander des instinictions nouvelles, il put faire parvenir à Paris son rapport. Sur ce document, M. Delcassé essaya d'entrer en discussion avec le cabinet de Londres, Mais le gouvernement de la reine déclara que tous les territoires soumis au Khalifat passèrent après les événements de la semaine dernière (la prise d'Omdurman) aux gouvernements britannique et égyptien... et que ce droit n'admet pas de discussion » i. Le 4 novembre, une note officielle, publiée par l'Agence Havas, annonçait que le gouvernement avait résolu < de ne pas maintenir à Fachoda la mission Marchand ». Ceux qui ont gardé le souvenir de ces années déjà lointaines, peuvent dire ce que contiennent d'angoisses les quelques dates ainsi rapprochées.
Quant ù l'empereur Guillavuiie II et au chancelier de Hohenlohc, adorant ce qu'ils avaient brûlé, en attendant de brûler ce qu'ils se proposaient de ne plus adorer, ils s'étaient retournés vers l'Angleterre, et, (tandis que se déroulait le drame de Fachoda, avaient conclu avec elle, en octobre 18£8, un traité qui n'a jamais été publié, mais qui vise