V. le texte de ces conventions aux Appendices
3. Le terme technique est arrangements- Mais la portée de ces instruments diplomatiques a fait adopter par l'usage le terme plus expressi d'accord. Ces coniusions n'ont d'ailleurs, dans la conversation courante, qu'une importance toute relative.
de la France dans cette question. En retour, l'Angleterre se désintéressa politiquement du Maroc, sous la condition toutefois que le nord de lempire chérifien reviendrait à l'Espagne, sauf à la France de s'entendre avec l'Espagne sur les conditions dans lesquelles l'une et laulre réaliseraient leurs espérances.
La convention franco-espagnole donnait satisfaction à l'Angleterre et à l'Espagne à la fois. L'Angleterre n'acceptait pas de voir la France, déjà installée à Bizerte, à Alger, à Oran, fortifier encore sa position méditerranéenne en semparant de Tanger, d'où elle aiu-ait pu un jour — IHistoire a vu de ces re\'irements — menacer Gibraltar. Le nord du Maroc fut donc réservé à l'influence espagnole, en cas de partage éventuel. Mais lEspagne s'engageait à n'agir dans sa zone qu'avec V assentiment préalable de la France, tandis que la France conservait son entière liberté d'action.
Tel est, envisagé du point de vue de la question marocaine, l'essentiel de ce règlement général que constituent les accords de 1904. Les contractants agissaient comme si, seuls, ils eussent des titres à intervenir. Incontestablement, ils en avaient, ainsi que nous l'avons \\x: à eux trois, ils représentaient à peu près tout l'ensemble du commerce marocain, et chacun d'eux basait, en outre, des intérêts politiques particuliers sur des raisons d'ordre stratégique ou général. Mais agissant ainsi, avaient-ils le droit pour eux, ou, si l'on veut, pouvaient-ils exclure les tiers, c'est-à-dire ceux avec lesquels chacun deux ne se serait entendu à son tour?
L'Allemagne ne devait pas tarder à le contester.
Elle avait paru d'abord accepter sans émotion les accords qui venaient de se conclure. La presse allemande n'avait formulé que quelques réserves. Questionné au Reichstag quatre jours seulement après l'échange des signatures, le chancelier de Bùlow avait déclaré n'avoir rien à leur objecter.
Mais l'opinion publique allemande ne tarda pas à considérer l'accord franco-anglais, quelques semaines à peine après sa publication, au point de vue des intérêts commerciaux, comme une exclusion de l'Allemagne du Maroc, au point de vue de la politique générale, comme un encerclement de l'Empire allemand.
La conclusion d'un emprunt fait par le Maghzen à des banques françaises, la volonté manifestée par le gouvernement français d'obtenir au Maroc des réformes qui missent fin à l'anarchie, furent représentées comme une iunisification de l'Empire marocain, comme une violation de la Convention de Madrid.
En dépit des assurances de M. Delcassé, ministre des Affaires étrangères, que l'accord franco-anglais ne menaçait en rien le principe de la porte ouverte, le gouvernement allemand donna pour instruction à ses agents diplomatiques et consulaires au Maroc, d'ignorer cet accord, et d'informer les fonctionnaires chérifiens et le sultan lui-même de cette ignorance voulue.
Dès lors, les événements devaient changer d'aspect et se précipiter.
A l'automne 1904, le Maghzen manifeste déjà sa résistance à mettre en application les réformes promises. Fort de l'appui du Parlement, le gouvernement français donne l'ordre à son ministre à Tanger de se rendre auprès du sultan pour l'amener à modifier son attitude. M. Saint-René Taillandier se met, le 11 janvier 1905, en route pour Fez, où il arrive le 26. Mais le sultan demande à recueillir l'avis des notables, puis, informé de la nouvelle position prise par l'Allemagne, accentue sa résistance, fait traîner les pourparlers en longueur, et^ le 27 mai seulement, Ben Sliman, son ministre des Af-
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faires étrangères, déclare en son. nom qu'il ne pourra répondre aux propositions françaises « qu'après qu'une conférence des ministres des puissances se sera réunie à Tanger ». L'arrivée d'une mission allemande, conduite par 31. de Tattenbach, avait amené le sultan à formuler cette réponse.
Quelques semaines plus tôt, à la fin du mois de mars, le bruit s'était répandu, bientôt confirmé, que l'empereur Guillaume II se rendait à Tanger. M. de Biilow, interpellé au Reichstag par MM. Bebel et de Kardorff, avait expliqué dans les termes suivants le changement d'attitude du gouvernement allemand :
Indépendamment de la question territoriale, dit-il, et indépendamment de la visite, il y a la question de savoir si nous avons à protéger au Maroc des intérêts économiques allemande. Or, nous en avons. Au Maroc comme en Chine, nous avons un intérêt primordial au maintien de la « porte ouverte », c'est-à-dire à légalité de traitement de tous les peuples faisant le commerce.
Bismarck a dit un jour : « On ne peut pas en vouloir à un État s'il intervient pour des intérêts qu'on peut prouver. On ne pourrait en vouloir qu'à celui qui, malicieusement, se mêle à une affaire sans intérêt qui puisse être prouvé. »
Ce n'est pas notre cas au Maroc.
On Va dit, les intérêts allemands au Maroc sont très importants, et nous avons à veiller à ce qu'ils restent traités sur un pied égal à ceux de toutes les autres puissances.
Si M. Bebel pense que notre politique envers le Maroc a changé, je dois lui rappeler d'abord que le langage et l'attitude des diplomates et des politiciens se règlent d'après les circonstances. Or, rien n'a changé dans les tendances de la politique allemande. *
Mais si l'on tente de modifier la situation internationale du Maroc et de contrarier la n porte ouverte » dans son développement économique, nous devons aussi veiller plus qu'auparavant à ce que nos intérêts économiques ne soient pas en danger.
A'ous nous mettans là-dessus en relations tout d'abord avec le sultan du Maroc.
Le 31 mais, l'empereur Guillaume II débarque à
Tanger. Au représentant du sultan venu pour le saluer, il dit :
C'est au sultan du Maroc, souverain indépendant, que je fais une visite, et j'espère que, sous sa haute souveraineté, un Maroc libre sera ouvert à la concurrence pacifique de toutes les nations sans monopole ni exclusion d'aucune sorte.
Le même jour, à la tribune du Sénat, M. Delcassé s'explique une fois encore sur les raisons pour lesquelles la France maintenait son point de vue. Il renouvelle ces déclarations, le 7 avril à la Chambre des députés.
La presse allemande continue à réclamer que la question marocaine soit soumise « aux puissances signataires de la Convention de Madrid ». M. Delcassé persiste à refuser.
Mais, à ce moment, les dissensions s'élèvent dans le cabinet présidé par M. Rouvier, lequel trouvait, paraît-il, trop accentuée la politique du ministre des Affaires étrangères. Le 21 avril, M. Delcassé offre sa démission, qu'il retire après une entre^^le avec M. Loubet, président de la République.
Le 30 mai, le sultan Adbel-Azis, après avoir reçu en de nombreuses audiences, M. de Tattenbach, ministre d'Allemagne, fait remettre aux représentants des puissances à Tanger une invitation à une conférence internationale. Cette invitation est déclinée immédiatement par le ministre d'Angleterre, sir Gérard Louiher.
Cependant le désaccord entre M. Rouvier et M. Delcassé s'aggrave, le président du Conseil inclinant à accepter le principe de la conférence. Le 6 juin, le jour même où l'Allemagne fait une proposition officielle en ce sens, M. Delcassé donne sa démission au cours du Conseil des ministres.
Le principe de la conférence ayant été admis par la France après la retraite de M. Delcassé, il ne restait plus qu'à, l'accepter officiellement. C'est ce qui fut fait le 8 juillet par un échange de lettres entre M. Rouvier, installé officiellement au ministère des Affaires étrangères depuis le 17 juin, et le prince Radolin, ambassadeur d'Allemagne.
On précisa dans une note circulaire le programme in-
diqué dans les lettres échangées entre le prince Radolin et M. Rouvier, et chacune des puissances signataires de la Convention de Madrid reçut une invitation^.
Telle est, sectionnée en grandes étapes, la route qui conduisit la France à Algésiras. Le terme inévitable en devait être l'internationalisation du Maroc, et c'est en effet dans ce seul mot que tient tout le résultat de la conférence célèbre qui tint ses assises du 16 janvier au 6 avril 1906, dans la petite ville espagnole dont les maisons blanches somnolent entre le ciel bleu et la Méditerranée, en face de la forteresse anglaise de Gibraltar 2.
Le Maroc paraissait ne jamais plus pouvoir être à la France, ni à l'Espagne dans la limite de son accord avec la France. La souveraineté du sidtan, l'intégrité de l'empire chérifien, étaient mises sous la tutelle et sous la surveillance de toutes les puissances. Une police française dans certains ports, espagnole dans d'autres, franco-espagnole ailleurs, était créée et placée sous la haute direction d'un colonel suisse ^. Une banque d'Etat marocaine était
1. Pierre Albin. Les o'rands traités politiques. Notice historique précédant l'Acte d' Algésiras.
2. Les délégués de l'Allemagne à la Conférence étaient : le prince de Radowitz et le comte de Tattenbach; ceux de la France: MM. Paul Révoil et Euîènc Rognault ; ceux de l'Espagne : le duc d'Almodovar et M. Ferez Caballero; ceux de l'Italie : le marquis Visconti-Venosta (celui-là même qui avnit signé les accords relatifs à la Tripolitaine), et M. Malmusi.
Sur les incidents qui survinrent nu cours de la conférence. V. le livre de M. \ndré Tardieu: La conférence, d'Algrsiras. Paris, 1S09, Félix Alcan, éditeur.
3. Art. 12 de l'Acte d'Algésiras : « Le cadre des instruLlcurs do la police ch^rifienne (officiers et sous-officiers) sera espagnol à Tetuan, mixte à Tanger, espagnol
UN REGARD SUR LE PASSE lOI
organisée, mais tous les Etats étaient représentés à son conseil d'administration. Les nationaux de tous les pays pourraient et devraient concourir à toutes les adjudications de travaux publics. La justice consulaire subsistait, ce qui équivalait à la permanence, sur le sol marocain, de ce principe de l'exterritorialité qui est un prolongement anormal de la souveraineté des Etats hors de leurs frontières. Les Français seraient jugés par le consul français, les Allemands par le consul allemand, les Belges par le consul belge. Même, il y aurait toujours des protégés, c'est-à-dire des indigènes qui, en raison de leur qualité de serviteurs des consuls et agents consulaires, ou simplement parce qu'ils étaient les associés d'un colon européen, seraient soustraits à leurs juges naturels. Bref, à tous les points de sa périphérie où il était accessible aux étrangers, et en attendant l'ouverture d'autres ports ou places de commerce, le Maroc ne serait plus le Maroc, mais un pays oii tous les pays auraient des droits égaux, sous la souveraineté intégrale mais lointaine d'un sultan, qui prendrait peu à peu la figure d'un président internationalisé à son tour.
à Lcuroche, français à Rabat, mixte à Casablanca et français dans les trois autres ports. » (Les trois autres ports sont Mazagan, Safi et Mogador.)