‹ Le coup d'aile; pièce en trois actesChapitre 16 sur 35 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

HÉLÈNE, MICHEL. Hélène est assise dans la galerie. Elle tient un livre qu'elle ne lit pas et rêve en regardant la mer. Michel arrive par la gauche. Il s'approche d'Hélène sans faire de bruit.

Subitement, elle se rend compte qu'un homme est debout auprès d'elle et l'observe. Aussitôt, elle se lève avec un petit cri d'effroi et reconnaît Michel.

MICHEL

Si peur que cela ?

HÉLÈNE, vioitié riante, moitié suffoquée.

Je ne m'attendais pas...

MICHEL, avec flegme.

Même quand on s'attend, ma hure ne rate pas son effet. (Hélène veut s'éloigner.) Eh bien ! où allez-vous ?

HÉLÈNE o

Prévenir M. Prinson que vous êtes là.

MICHEL

Vous ne lui apprendrez rien... Je viens d'entrer dans le jardin par un côté où il n'y a pas de porte et, pendant que je franchissais la palissade, il m'observait d'une fenêtre au premier étage.

HÉLÈNE

Alors, vous n'êtes pas venu par la grand'route ?

MICHEL

Non, par la campagne: j'ai du temps à perdre. {Un silence.) Qu'a-t-on dit, ce matin, lorsqu'on a découvert que j'étais parti sans chapeau?...

HÉLÈNE

Sans chapeau?...

Ah ! ah ! vous n'avez pas saisi le truc du chapeau ?... Alors, bien : c'est signe qu'on n'a guère pris garde à ma disparition subite.

HÉLÈNE

Si, tout de même un peu... Le colonel a demandé si vous n'étiez pas un ancien officier.

MICHEL marmotte entre ses dents.

Ah! il a l'œil, le bougre!... (Un silence.) Qu'a-t-on répondu ?

HÉLÈNE

« Non », naturellement.

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MICHEL

« Naturellement » m'amuse !... Pourquoi « naturellement » ?

HÉLÈNE

J'ai parlé sans réfléchir, je vous assure !

MICHEL, ironique.

Je m'en doute!... Enfin, votre opinion sincère... Officier? pas officier?

HÉLÈNE

Je suis entrée au couvent, il y a huit ans, à la mort de ma mère, j'en suis sortie pour la première fois hiersoir... quepuis-je connaître?

Iluil ans de boîte sans congés, ni vacances?...

HÉLÈNE

Pas un jour !

MICHEL

C'est assez coquet!... Pourquoi est-ce précisément hier qu'on vous a délivrée? (Hélène le regarde avec étonnement et ne répond pas.) Très bien... je me mêle de ce qui ne me regarde pas, hein?... [S' a,minant.) Eh l allez donc! ditesle moi en face ! J'aime assez qu'on m'envoie les choses à travers la figure.

HÉLÈNE

En quoi puis-je vous intéresser ?

MICHEL

Vous ne m'intéressez pas... [Se frappant la poitrine.) Un seul personnage au monde peut se vanter de m'occuper, et le renseignement que je demande fieut lui être utile. Cela, vous vous en f...?

HÉLÈNE

Je serais heureuse de vous rendre service.

Ah ! petite, mademoiselle, voilà une bonne parole dont vous aurez tout de suite la récompense. Je vais vous faire un cadeau... un vrai cadeau, pour peu que vous ayez bec et ongles... Savez-vous que Bernard Prinson avait un frère ?

HÉLÈNE

Oui.

MICHEL

C'est votre more, hein, qui vous l'a dit, quand vous étiez enfant !

HÉLÈNE

Elle! non, jamais elle n'a parlé devant moi d'aucun Prinson, ni du député ni de l'autre. . . C'est la supérieure du couvent où j'ai été élevée. Une fois, elle m'a demandé si le député qui payait ma pension était parent d'un officier qui, après

s'être révolté, a été massacré par ses complices. A ma mine, elle a constaté que j'ignorais de quoi il était question. Alors elle m'a tout raconté.

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