MATHILDE, GLOTILDE, JEANNE, AMÉLIE, BERNARD, HÉLÈNE
JEANNE, sautant au cou de son père.
Papa, que je vous embrasse!... (L'einbrassant sur la joue droite.) Ceci pour vous ! {Uembrassant sur la joue gauche.) Ceci pour votre beau discours !
GLOTiLDE, emhrasssint son mari.
Tu as fait bon voyage ?
BERNARD, pendant qu'un domestique le débarrasse de son chapeau et de son manteau qu'il emporte.
Excellent ! Je dors en wagon aussi bien que dans mon lit... {Montrant Hélène.) Voici une jeune personne qui doit être moins reposée, car elle n'a pas fermé l'œil de la nuit. (Prenant Hélène par Vépaule et la conduisant h sa fetnihc.) Je te la présente. Elle est très gentille et raisonne avec beaucoup de maturité. Nous n'avons causé que bien peu, hier soir, pendant le dîner en wagon-restaurant, mais j'ai constaté cela.
GLOTILDE, donnant la main à Hélène,
Mademoiselle, soyez la bienvenue. J'espère que vous vous plairez à la maison. {Hélène s'incline sans timidité.)
BERNARD, poussaïit Hélène vers Jeanne.
Jeanne, je te la confie. (Jeanne sourit à Hélène et Vemmène un peu à l'écartj tout en essaya,nt de causer. Amélie les rejoint, après qu'en passant, Bernard lui a serré la main avec un bonjour arnica L)
MATHiLDE, donnant une poignée de main à Bernard.
Vous trouvez la maison envahie, non par l'ennemi, mais par d'indiscrets amis... Nous sommes ici depuis l'aurore à regarder la bataille.
BERNARD
A-t-elle été belle ?
GLOTILDE
Splendide !... Nous avons passé la nuit à la fenêtre.
BERNARD, riant.
Nous découvrirons tout à l'heure qu'après avoir fait quatre cents kilomètres depuis hier soir, je suis le plus frais de vous tous. (Après un silence, il dit à Clotilde.) J'ai une nouvelle à t' annoncer. En quittant la gare, je me suis fait arrêter à la mairie où j'ai appris que nous logeons le colonel Hérouard, du 170* de ligne. .. Il va venir tout de suite.
CLOTILDE
Les troupes ne rentrent donc pas aujourd'hui dans leurs garnisons ?
BERNARD
Non. Les manœuvres dureront plusieurs jours et les soldats restent cantonnés chez l'habitant.
JEANNE, battctnt des mains.
Oh ! veine ! encore une bataille !
BERNARD, souviant.
Mâtin ! C'est la fille du plus pacifique des députés qui tient ce langage de Walkyrie !
GLOTiLDE, riant.
La Walkyrie vient d'avoir une fameuse frousse !
JEANNE, humiliée.
Oh ! maman !
GLOTILDE
Ce qui s'appelle une frousse!... (A Bernard.) Elle s'était mise en route pour aller audevant de toi, et, à cent mètres de la maison, un bonhomme lui a demandé si elle n'était pas la fille de Bernard Prinson... Au lieu de répondre, elle a pris ses jambes à son cou, et nous avons assisté à un retour peu triomphal.
JEANNE
S'il avait abordé maman, je voudrais bien
savoir quelle mine elle aurait fait... Ce « bonhomme !... » Je défie de le regarder sans avoir peur.
BERNARD, devenant très attentif.
Vieux, jeune?
JEANNE
Il est si défait, on ne peut guère juger... Pas bien vieux, certainement.
BERNARD
Après avoir demandé si tu étais ma fille, qu'a-t-il ajouté?
cLOTiLDE, riant.
S'il a encore parlé, elle était déjà loin !... [Un domestique paraît et fait signe h Clotilde.) On annonce que le café est servi... Si vous voulez passer à la salle à manger... [A Mathilde.) Chère amie, vous devez mourir de faim après une promenade si matinale?
MATHILDE
Nullement. Nous avions déjeuné avant de partir, et à présent que nous^ avons vu notre député en bonne santé, nous allons nous sauver. J'ai aussi des officiers à recevoir et il faut que je veille à leur installation. Je loge deux lieutenants qui, sans doute, auront des camarades dans le voisinage, et je compte inviter tout ce jeune monde à goûter vers quatre heures. Nous organiserons une petite sauterie. Ne manquez pas de venir.
Nous acceptons avec le plus grand plaisir. (Mathilde et Amélie serrent la, main de Bernard. Clotilde reconduit les visiteurs jusque sur le perron. Bernard empêche Jeanne de les suivre.)
BERNARD, à Jeanne.
Conduis mademoiselle Froment à la salle à
manger et dis qu'on m'apporte mon café. Il faut que je parle à ta mère.
JEANNE, à Hélène.
Alors, partons toutes les deux. {Hélène et Jeanne sortent. Au même instant, Clotilde revient.)