‹ Le coup de chaleur: L'insolation et la mort par la chaleur: Différence des accidents et de la pathogénie de la mortChapitre 14 sur 21 · S IL · texte numérisé non relu

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L'insolation. Symptômes. Anatomie pathologiques. Pathogénie. Conditions dans lesquelles elle se produit.

La lumière solaire est le seul agent nécessaire à la produciion de l'insolation; de même que pour le coup de chaleur, nous avons vu que les symptômes asphyxiques dominaient la scène, de même ici nous avons affaire à la congestion cérébrale.

Le malade frappé d'insolation a la face colorée, les yeux iujectés, la respiration haletante; il titube, tombe, est pris de nausées; puis arrive la résolution musculaire, et souvent la mort dans le coma.

Si le malade ne meurt pas, il se forme souvent dans le cerveau de petits noyaux aploplectiques, et le malade peut présenter alors les açcidents secondaires de l'hémorragie cérébrale : déviations des traits de la face, hémiplégie, paraplégie, etc.

L'accident léger connu vulgairement sous le nom de coup de soleil, et caractérisé par l'érythème et la desqnamation consécutive des parties trop longtemps exposées au soleil ne présente donc aucun rapport avec l'insolation véritable. La localisalion des troubles céré-

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braux de l'insolation peut être déterminée par la nostalgie : ainsi Bugeaud en 1836 voit onze soldats sur deux cents insolés se brûler la cervelle (1).

Les lésions que l'on rencontre à l'autopsie sont toutes cérébrales : congestions, noyaux hémorragiques, etc.

- .L'insolation se produit donc après une exposition prolongée au soleil : dans les revues, les marches militaires, c'est cet accident que l’on rencontre.

Pourquoi les soldats semblent-ils être plus fréquemment atteints que d’autres personnes, qui cependant restent aussi longtemps exposées au soleil, par exemple, les chasseurs, les cultivateurs?

Ici, nous avons à constater une double influence : celle de la coiffure en premier lieu, puis celle du manque de mouvement. M. Vallin, qui a fait des expériences sur l'insolation, a trouvé, après une marche assez courte au soleil, 70 et 72 degrés dans son chapeau de soie :il estime que la température de l'air contenu dans un casque ou un shako doit être encore de beaucoup supérieure : il arrive fréquemment que des dragons ou des cuirassiers étant, restés exposés au soleil, et portant sans précaution la main à leur casque, se font des brülures assez sérieuses.

L'immobilité est aussi très favorable à la production du coup de soleil : ainsi M. Vallin, dans ses expériences, laissant un animal libre en plein soleil, ne peut le faire mourir que très difficilement, après une exposition très

(1) Arnould, Traité d'Hygiène.

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longue, et encore n'y arrive-t-il pas toujours : un animal semblable, de même force, exposé en même temps au soleil, mais attaché sur une planche, meurt dans un temps relativement court, une heure environ : c'est pour ce double motif que les insolés sont de beaucoup plus fréquents pendant les revues que partout ailleurs.

-Nous parlerons plus loin d'une forme mixte, appartenant à la fois à l’insolation et au coup de chaleur : c’est à cette forme que nous rattacherons les accidents qui arrivent aux chauffeurs des machines des bateaux à vapeur qui font le service de la mer Rouge. Ils présentent comme phénomènes principaux, d’après Arnould, une injection prononcée de la face, un embarras marqué de la parole; leurs facultés intellectuelles deviennent obtuses, leur respiration stertoreuse; leurs artères temporales battent violemment.

Pour mieux faire ressortir les différences capitales qui existent entre le coup de chaleur et l'insolation, nous avons extrait trois observations de la thèse de M. Dumas, de Montpellier : en les opposant aux observations de coup de chaleur que nous avons rapportées plus haut, on verra clairement l'opposition du caractère de ces deux affections.

Observation I.

M. F..., chirurgien de {"° classe de la marine, a observé sur luimême, à la suite d’une insolation contractée au Cap, quelques particularités qui ne sont pas sans présenter de l'intérêt.

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Il était parti de bonne heure pour la chasse, et curieux de visiter ce beau pays, il poussa très loin son excursion. Lorsqu'il songea à revenir chez lui, le soleil était déjà très haut au-dessus de l'horizon, et il était près de midi quand il arriva. Depuis une heure il ressentait une céphalagie violente qui ne fit qu'augmenter lorsqu'il fut couché. La face était rouge, turgescente, animée; des vertiges accompagnés de douleurs lancinantes dans le fond des orbites, lui donnaient la démarche d’un homme pris de vin ; une légère dyspnée augmentait encore les tourments du malade... Ces symptômes, que ne purent calmer les affusions froides sur le front, ni les pédiluves sinapisés, prirent au contraire vers 8 heures du soir une marche aggravante. En effet, un malaise impossible à décrire, une agitation extrême s'emparent du malade; un frissôn des plus intenses avec claquement des dents, la concentration du pouls, l'augmentation du mal de tête et de la dyspnée font croire à un accès pernicieux. Mais peu à peu tous ces symptômes se dissipent d'eux-mêmes, la chaleur reparaît sans dépasser les limites normales et sans être suivie de sueurs, une épistaxis abondante se déclare, et le lendemain après quelques heures d’un sommeil réparateur, M. F... ne conservait que le souvenir de ses souffrences. Seulement, pendant trois jours, le saignement de nez reparut à chaque instant, sans la moindre cause occasionnelle, et plus longtemps encore de gros caillots sanguins furent expulsés des narines. La nature, en déterminant celte crise, guérit toute seule cette redoutable insola-

tion.

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Observation EE.

En juillet 1858, la corvette à vapeur, La Laplace, alors mouillée à Wam-Poa, dans la rivière de Shang-Haï, perdait son second frappé subitement d’une insolation foudroyante. À ses funérailles. faites

malheureusement vers 2 heures de l'après-midi, au moment le plus chaud de la journée, le même accident faillit emporter plusieurs hommes. Le cimetière des Jésuites, où devait avoir lieu l'enterrement, est très éloigné de la ville, aussi arriva-t-il que deux matelots et trois soldats d'infanterie de marine qui faisaient partie du cortège s’'évanouirent à plusieurs reprises et ne purent continuer leur route. Arrivé au cimetière, M. G..., sous-lieutenant au 6° régiment de marine, gros, petit de taille, au visage fortement coloré, en un mot d’une constitution éminemment apoplectique, s’affaissa sur lui-même. Le chirurgien de sa compagnie, M. Décugis, déjà grandement occupé près des autres malades, le débarrassa rapidement des vêtements qui le gênaient, et le fit transporter dans la maison la plus voisine. Les svmptômes d’une congestion apoplectiforme étaient flagrants. Une saignée et des douches froides administrées pendant trois heures purent seules le ramener à la vie qu’un accident de même nature devait lui ravir quelque temps après. En effet, à l'affaire dite du 15 septembre de l’année suivante, dans la plaine de Touranne, où les troupes franco-espagnoles, commandées par l'amiral Rigault de Genouilly, s'emparèrent des lignes Annamites, M. G** se mit à la poursuite d'un gros d’ennemis. Bien qu’il ne fût que dix heures du matin, le soleil et le sable sur lequel on marchait, étaient brülants. Essoufflé par la course que son ohésité rendait plus pénible encore, aveuglé par la lumière, cet officier tomba subitement comme foudroyé. Chose remarquable, l'ouverture de la veine jugulaire pratiquée par le médecin des troupes espagnoles, à qui ce malheureux inilitaire fut présenté quelques instants après, ne donna pas issue à une seule goutte de sang. Ce liquide épaissi, comme coagulé, ne put également s'échapper des ouvertures faites anx veines de l’avantbras par M. Décugis, et cependant les faibles battements du cœur, perçus à la région précordiale, indiquaient que la mort n’était encore qu'apparente. Quelques minutes après cette dernière tentative, M. G*** expirait.

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Observation IEEE.

Au mois de juin 1868, èn rade de Saint-Nazaire, plusieurs matelots furent désignés pour peindre les flancs du Cormoran, bâtiment sur lequel je me trouvais embarqué. Dans l'après-midi, et alors que le soleil, par un temps parfaitement calme, dardait perpendiculairement ses rayons, nos hommes se mirent à l'ouvrage sans paraître éprouver la moindre gêne. Deux d’entre eux, malgré mes recommandations, restèrent la tête nue en me disant qu’habitués aux travaux des champs (c'étaient des apprentis marins), ils n'avaient jamais craint le grand air. Toujours est-il que, quelques instants après, ils furent pris l’un et l’autre d'une sorte de délire aigu, avec gesticulations, paroles incohérentes, hallucinations singulières, particulièrement de l’ouïe, contraction de la pupille et concentration du pouls. Ces symptômes peu marqués chez l’un d’eux prirent au contraire, chez le second, une assez grande intensité. Je leur opposai, du reste, qu’une médication insignifiante, et le soir mes deux imprudents se trouvaient parfaitement rétablis à cela près d’une grande faiblesse, et d’un besoin irrésistible de sommeil. Ces hommes, tous d'eux d'une excellente constitution, avaient toujours joui d’une bonne santé. Ils n'avaient aucune habitude d’ivrognerie. Je m'étais positivement assuré, du reste, qu'avant de travailler à la peinture, ils n’avaient bu autre chose que leur ration journalière.

Nous voyons dans ces observations, les trois formes les plus communes de l'insolation. Obervalion [, forme légère ; observation Il, forme grave ou apoplectique ; observation IIT, forme légère avec délire.

La mort par insolation peut arriver :

1° Par congestion ou hémorrhagie cérébrale sous l’influence de l’action directe du soleil sur le crâne :

2 Par méningite aiguë ou encéphalite, survenant, par suite de l'appel énergique du sang vers l’'encéphale.

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