CHAPITRE XLI
Le supplice de Tantale.
Quand, à la suite de sa course haletante, Cuchillo eut gagné le voisinage des Montagnes-Brumeuses, il s'arrêta de nouveau. Le bandit n'avait pas oublié la configuration
des lieux qu’il avait déjà vus, mais son cœur troublé de crainte et de joie, le sang qui bourdonnait à ses oreilles, Ôtaient à sa vue sa clairvoyance ordinaire. Il eut besoin de faire halte un instant pour s'orienter.
Ce ne fut qu’au bout de quelques minutes qu’il put jeter autour de lui un coup d’œil plus calme,
L’obscurité était encore complète quand il arriva non loin de la pyramide qui s'élevait au-dessus du val d'Or; les vapeurs humides du lac enveloppaient d’un voile épais le vallon et la volline escarpée du sépulcre indien.
Le sourd grondement de la cascade qu’il se rappelait fut pour lui un signal qui fixa ses incertitudes. Il n’avait pas oublié que la chute d’eau se précipitait dans un gouffre à peu de distance du placer.
Il mit alors pied à terre pour se reposer un instant en attendant le jour; mais à peine était-il assis qu’il bondit comme s’il eût été mordu par un serpent, Un hasard fatal l'avait fait arrêter précisément à la même place où il avait frappé Marcos Arellanos. Un souvenir rapide comme l'éclair retraça à l'esprit effrayé du bandit jusqu'aux moindres détails de cette lutte mortelle.
Toutefois le sentiment de terreur qu’éprouva Cuchillo ne fut que de courte durée.
Sous le ciel pur de cette portion de l’Amérique où nous avons introduit le lecteur, la superstition n’a pas établi son empire comme dans nos contrées hbrumeuses, où les brouillards du soir prêtent aux objets un aspect fantastique et portent naturellement à la rêverie. |
De la rêverie est née cette sombre poésie fille du Nord, qui a peuplé de revenants et de fantômes nos pays, assez déshérités déjà par la nature, comme si les âmes de ceux qui toute leur vie ont été condamnés aux frimas ne devaient pas s’estimer trop heureuses d’en être délivrées pour revenir les endurer de nouveau.
Dans les solitudes américaines, le voyageur isolé craint plus les vivants que les morts, et Guchillo avait trop à re-