‹ Le Courtage MatrimonialChapitre 29 sur 61 · ARR · texte numérisé non relu

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spécialement lorsque ce salaire consiste en un tant pour cent de la dot, ledroit doit répondre que le cour- {age matrimonial, sans doute, n’est pas frappé de peines, qu’il répond même à une certaine conception vulgaire de la vie, mais qu’il n’en constitue pas moins une opération qui exclut du mariage les penchants du cœur, en fait l’objet de calculs êgoistes et qu'il n’est pas digne de sa protection.

Bref, le courtage matrimonial est contraire à l'essence et à la dignité du mariage, de même qu'il serait indigne qu’une personne se fit promettre de l'argent pour amener un tiers à se convertir, à SUPposer du moins que le salaire ne füt promis que pour le cas de réussite. N'admettrait- on pas, du reste, Sans difficulté la nullité d’un contrat par lequel une personne promettrait une certaine somme pour qu’on poussät son conjoint à divorcer avec elle (dans les pays qui admettent le divorce par consentement mutuel), ou pour engager une partie à faire un testament dans tel ou tel sens, de même que serait nulle la promesse faite à l’avocat d’une somme d’argent pour le cas seulement où il gagnerait son procès ?

Kohler déclare qu’en second lieu le courtage matrimonial est contraire à l'idéal du mariage et, sur ce terrain qui lui est familier, il se lance à perte de vue dans des considérations plus ou moins idéalistes l'idéal du mariage, dit-il, exige que ce soient certaines impressions personnelles ressenties par les futurs conjoints en présence l’ua de l’autre, qui les ait conduit à s'unir. Sans doute, le droit ne peut pas empêcher que des tiers exercent une influence à cet égard sur les époux, mais il ne doit pas accorder sa sanction à une institution qui repose sur la suggestion en

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déclarant valables des contrats de suggestion (suggestions vertrage) et en les munissant d'action. Il faut distinguer soigneusement les émotions intellectuelles des intentions égoïstes : un individu qui cherche à gagner de l’argent ne peut pas se mettre à la place de celui qui cherche à réaliser son idéal.

Scherer, dans ses « Badische annalen (1) », ayant développé cette idée que les Allemands se faisaient une conception utititaire (nüchtenn) du droit, et les Français une conception romantique (romanbhaît), Kohler s'élève avec force contre cette idée : que la vie, dit-il, ait aussi son côté matériel, personne ne songe à le nier, mais c’est bien à nous, le peuple des penseurs et des poètes, qu’il appartient de sauvegarder cette idée, que le mariage est une association idéale : que ce soit pratique ou non, c’est toujours un grand avantage « de maintenir bien haut le drapeau de l’idéalisme », sinon le droit laisserait diminuer celte valeur idéale du mariage, et cela aurait une influence d'autant plus désastreuse sur l'esprit du peuple que la jurisprudence trouverait dans l'opinion populaire plus d’écho (2).

Aussi le droit ne doit-il pas sanctionner ces contrats

(2) On a objecté, ajoute Kohler, que les mariages conclus par l'intermédiaire du courtier réussissent souvent fort bien et que les mariages dits de raison sont fréquemment heureux. On pourrait aussi bien objecter, qu'en Chine. la plupart des mariages donnent naissance à des unions heureuses, quoique les intéressés se voient pour la première fois le jour de leur mariage. Quand bien même cent bons mariages en sortiraient, il reste toujours cette considération essentielle qu'il ÿ a atteinte à l'idéal du mariage qui n'est plus bâti sur un penchant profond du cœur.

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de suggestion, contrats qu’il n’arrivera, du reste, pas à éliminer, pas plus que le refus d'action pour dettes de jeu n’a éliminé le jeu. Sans doute, ces idées morales n'existent pas toujours et varient selon les classes de la société, majs le juge doit partir d’un point de vue élevé et ne ‘pas oublier « qu’il est monté sur le trône de la justice. » NS

Kohler äjoute, en outre, un argumentassez inattendu à l’appui de sa thèse en disant que ce contrat exagère d’une façon démesurée l'importance du capital et que le droit ne peut pas admettre que le riche fils de paysan, parce qu’il ne peut payer des « suggestions lentes » enlève à un brave homme pauvre sa fiancée, et que celui qui peut payer capture les filles à héritage.

Bref, ce contrat, qui sert en quelque sorte à l'achat d’une femme, ne peut plus être supporté que chez les peuples des colonies, et même chez ceux-ci, du reste, les idées modernes commencent à pénétrer ; et Kohler de nous citer une décision plutôt originale de la haute cour du Criqueland occidental dans l'affaire Makonto contre M. Dabantiulu : un noir avait acheté une femme à Son père moyennant vingt têtes de bétail: il en avait payé seize. Lorsqu'il voulut aller chercher la fiancée, elle avait déjà un autre époux qui avait payé son prix d'achat ; la femme avait, du reste, quitté son nouvel époux sans qu’on sûlice qu’elle était devenue. Le noir réclama son bétail, mais sa prétention fut repoussée sous prétexte que le contrat était immoral et que : in pari delicto potior est causa possidentis (1).

Aussi Kohler critique-t-il vivement les décisions de

(1) Caplaw Journal, X, p. 155,

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