CHAPITRE PREMIER
Discrédit à l'égard des agents d’affaires en général et des courtiers matrimoniaux en particulier
Ainsi les raisons données par la jurisprudence pour condamner le courtage matrimonial, lant au point de vue juridique qu’au point de vue moral, ne semblent pas bien sérieuses.
Au fond, la Jurisprudence a dû être influencée par d’autres considérations, considérations qu’elle ne pouvait du reste difficilement indiquer. Elle suit, en effet, souvent l'opinion publique. Or, devant cette opinion, les agences d'affaires en général, et spécialement les agences matrimoniales, sont certainement vues très défavorablement : le «rien des agences » qui se retrouve continuellement dans les propositions de toute sorte faites à la quatrième page des journaux, montre assez le peu de crédit dont elles jouissent en général. Les raisons de celle défaveur tiennent en
grande partie, semble-t-il, au vague de ce mot «agences », nom sous lequel se dissimulent certaines entreprises plus ou moins louches : officines organisant des adullères simulés pour arriver plus facilement au givorce, individus se présentant au baccalauréat pour le compte de leurs clients... etc. Toutes ces agences sont dirigées par des personnes trop souVent peu recommandables, ce qui tient à la liberté indéfinie et aux branches nombreuses de cette industrie qui la rendent accessible à tous ceux que des causes défavorables, quelquefois même des causes disciplinaires, ont fait exclure des autres professions.
Cette raison suffit à expliquer pourquoi les agents d’affaires sont habituellement si peu considérés, surtout par certaines classes de la société auxquelles ils font en outre une concurrence plus ou moins efficace : c'est ainsi que la « Revue pratique de notariat » (1) dit au sujet de l’agent d’affaires qu’ «il n’exerce pas un ministère ; c’est un mandataire qui fait au besoin la chasse au mandat et prend toutes les affaires telles qu'elles se présentent, bonnes ou mauvaises, honnêtes ou véreuses. Tout lui convient pourva qu'il alteigne ce bul : gagner de l’argent en faisant des affaires et il en fait malgré tout ». D'autre part, les avocats estiment que le seul fait d’avoir exercé cette profession créé pour l'avenir un obstacle à l'accès du barreau : (2)
(1) Année 1881, p. 690.
(2) L'article 42 de l'ordonnance du 20° avril 1822, en déclarant les agents d'affaires exclus de la profession d'avocat, bien qu'il n'ait fait en cela que se conformer à l’ancienne discipline du barreau, à paru, aux yeux de quelques-uns, les frapper d’indignité : mais c'est là une induction puérile, la profession d'avocat étant incompatible avec la plupart des autres profes- SIOnS,
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il n’est pas jusqu'aux agréés des tribunaux de commerce, qui pourtantnesonten somme que des agents d’affaires, au sens légal du mot, qui ne repoussent toute assimilation avec eux.
Mais si les agences d’affaires sont toutes quelque peu décriées,ce sont encore les agences matrimoniales qui ont élé le plus attaquées : un opuscule humoristique de Pierre Simplice, sur « Les agences de mariage », paru en 885, se terminail par une apprécialion peu flatteuse à leur égard :
« Ne laissons pas, disait-il, entrevoir la possibilité d'agences uliles ou honnêtes ; il n’y en a pasetil ne saurait y en avoir »,et l’auteur terminait en proposant une mesure radicale : c'était tout simplement « d’envoyer les marieuses à Saint-Lazare ! »
Bien d’autres articles ont d’ailleurs été écrils contre ces agences, prétendant que, sous prétexte d'établir des rapprochements entre les familles sans relations, elles n’ont pour but réel que d’extorquer le plus d'argent possible aux naïfs et aux désillusionnés en ayantrecours à toutes les escroqueries possibles pour arriver à leurs fins.
Ilest malheureusement vrai que, trop souvent, de prétendues agences matrimoniales ne sont au fond que des officines de prostitution (1),qui sous le mot vague « d’unions » déterminent des relations quelque peu - éphémères. C’est ainsi que M. le sénateur Bérenger, toujours prêt à défendre la morale outragée, signalait au gouvernement, dans la séance du 8 avril
(1) Telle l'agence matrimoniale qui nous est dépeinte dans un tout récent vaudeville : « Tourtelin s'amuse », de MM. Kéroul et Barré,