SCÈNE VIII
D'épouser le mari que me donne ma tante ?
Comme je n'osais pas me taire, j’ai menti!
Mon mensonge a tort ! Claude est assez bien bâti Pour un laquais, il porte à ravir sa livrée,
Il brille au rigodon... mais il me désagrée!
Mais, malgré tout son fard, il est déjà caduc !
Mais il tombe à genoux pour parler de son duc.
Et se moque à tous coups, si je vante un poète! Hier, pour varier l’ennui du tête-à-tête,
Je lui contais comment jadis au cabaret,
Molière soucieux, par mon babil distrait.
Me prit, j’avais quatre ans! me tapa sur la joue, Et me nomma (cbarmé par ma petite moue)
Sa fille ! Entendez-vous, sa fille! — Il en a ri !
DUFRESNY
Il en a ri! Vrai Dieu! moi j’en suis attendri,
Et pour mieux expier le crime de ce rustre,
Sur ce front qu’a touché la main du père illustre. Frère pieux, veux-tu que je mette un baiser!
ANGELIQUE
J’aurais mauvaise grâce à vous le refuser!
A pari.
11 l'a trop gentiment gagné.
DUFRESNY, embrassant Angélique. A part.
Tendre et naïve!
Friand repas d’amour qui n’attend qu’un convive !
ANGELIQUE, trés-émue.
Adieu !
DUFRESNY, la prenant par la taille.
Pourquoi partir? avons-nous arrêté Nos comptes? Je vous dois?...
ANGÉLIQUE, sérieusement.
Laissez, en vérité!
DUFRESNY
Si vous vous repentez de votre confidence.
Adieu, Mademoiselle !
ANGÉLIQUE
Ah ! de mon imprudence,
C’est lui qui me punit ! Tant mieux, j’avoûrai tout !
LE COUSIN nu ROI.
Se taire, c’est tromper, et la franchise absout !
Depuis six mois, — quand j’ai reprisé la charpie De vos rabats, je monte essoufflée et j’épie Les loisirs tourmentés, le labeur indolent,
Et les grosses fureurs contre le papier blanc !
Je connais tout, projets morts-nés dans la bouteille, Chefs-d œuvre-qu’un instant produit! Je m’émerveille, Et je redescends triste, et juge en arrivant Claude un peu plus laquais et plus sot que devant !
DUFRESNY
Chère âme !
C’est assez d’un tel enfantillage !
Voilà pourquoi je vais hâter mon mariage,
Pourquoi je voulais prendre un congé décisif Et me faire haïr, et pourquoi comme un juif J’agissais contre vous, et pourquoi tout à l’heure J’ai trahi mon secret, enfin pourquoi je pleure!
DUFRESNY
Tu pleures, et pour moi ! Mais me voilà trop fier, Raffermi pour demain, consolé pour hier!
Tu n'imites pas, toi, lés Philis des ruelles,
Qui, pour succomber mieux, contrefont les cruelles ! Tu crois en ton honneur autant qu’au mien, merci. Merci, mon Angélique! oh! je t’adore ainsi,
Toi, chaste ingénument, sans sublimes postures,
Toi sincère au milieu d’un monde d’impostures!
ANGÉLIQUE
Silence ! Oh ! le méchant ! il me ment de moitié ! Plus de semblants d’amour, mais un peu d'amitié! Je vaudrais tout au plus pour ranger votre armoire. Recoudre vos rideaux et régler mon mémoire !
Vous même l’avez vu, je ne sais que pleurer,
Et je ne vous comprends qu’à force d’admirer! Adieu !
Elle pleure.
DUFRESNY, la supplient.
Restez !
Je vais où mon sort me renvoie.
J’y goûterai du calme, et même un peu de joie !