‹ Le Cousin du roiChapitre 21 sur 32 · DUFRESNY, "ANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

DUFRESNY, "ANGÉLIQUE

DUFRESNY

Vous avez retrouvé mes manchettes?

ANGÉLIQUE

Mais non !

Je reviens pour l'argent.

DUFRESNY

Que je perde mon nom, Que je ne touche plus ni mes dés ni mon verre, Si, mes fonds rassemblés par un caissier sévère, 11 reste dix deniers en tout dans mon tiroir! Jetez pourtant, ma belle, un regard au miroir ! N'est-ce pas un péché, quand on a cette bouche

Et ce front, d'imiter la Lésine à l'œil louche? Pourquoi me quereller sur mes doublons absents?

Vous à qui le destin prodigue ses présents, Crésus, qui possédez cette richesse insigne,

Des dents de perle, un pied mignon, un cou de cygne, Chantez, sans vous lasser, un fr'o Gratins, Et puis riez! Sur vous, pareille à feu Bias, Vous portez vos trésors, le duvet au visage, Et dans un sein de neige, un esprit vif et sage! Donc, vous devez narguer l'argent! 11 serait fou De quêter des écus, quand on a le Pérou!

ANGÉLIQUE

Vous parlez bien. Monsieur; mais ce n'est pas mon compte!

DUFRESNY

Fi ! l'Harpagon en fleur! certes pour toi j'ai honte ! Je te rêvais cigale et te voilà fourmi! Mais pourtant d'où te vient ce désir ennemi? Pourquoi ces dix écus? Chez toi veux-tu des fresques? Veux-tu, par grand courroux contre les Barbaresques, Poursuivre sur les mers le nom mahométan, Et fréter des vaisseaux pour battre le sultan? Pour garder les abords de ta blanchisserie, Te faut-il des dragons? Parle!

ANGÉLIQUE

Je me marie.

DUFRESNY

Toi, pauvre enfant? Encore \me fille à la mer!

ANGÉLIQUE

Les rubans et la fleur d'oranger coûtent cher, Et...

DUFRESNY. l'interrompant.

Qu'est ton prétendu?

a N G É L i qu E .

Claude est valet de chambre Chez monseigneur d'Harcourt.

DUFRESNY. rêveur et la regardant.

Sa taille qui se cambre, Comme au mois de la seve un pampre refleurij Pliera dans les gros bras d'un maraud! Ce mari Qui ne saura jamais pourquoi sa femme est belle.

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