SCÈNE IX
FRÉDÉRIC, NEUROURG.
Entrez, entrez, monsieur.
NEUBOURG, surpris.
(A'part.)Un étranger... Abordons-le franchement... avec un peu de détour... (Haut.) Pardon, monsieur, j'ignore à qui j'ai l'honneur de parler.
Frédéric de Mornac, lieutenant au ame de hussards
cousin de mesdemoiselles de Révennes.
NEUBOURG, à part.
Voyons-le venir.
Monsieur est un voisin?
JVEUBOURG , souriant.
Oui , Monsieur.... un très-proche voisin!
Je ne me rappelle pas du tout avoir eu le plaisir de le voir.
NEI] BOURG
Je ne me suis établi ici que depuis votre départ.
Monsieur est cultivateur?... Classe très - intéressante , pères nourriciers de l'État.
KEUBOtJRG.
Non, monsieur.
Monsieur est dans le commerce ? classe fort honorable , dont la franchise....
NEUBOURG
J'étais dans la diplomatie.
C'est différent,... science fort utile (à part) pour tout embrouiller.
WEUBOTJRG.
Le comte de Neubourg.
Monsieur.... un homme comme vous... (A part.) C'est la première fois que j'entends son nom... (Haut.) je serai toujours flatté de le recevoir dans mon château.
NEUBOURG
Je suis confus de tant de politesses.
Couvrez-vous donc... d'abord, moi à la campagne, j'agis sans façon.
NEUBOUno, à part.
C'est ce que je vois.
Nous autres militaires , nous fréquentons rarement li'S <li])lomates. .. on en voit si peu sur les champs de bataille. . . Mais ici, monsieur, j'espère avoir l'honneur de cultiver votre connaissance , je viens m'y fixer.
NEUBOURG
Ah ! monsieur a l'intention de se fixer dans ce château? FRÉDÉuic.
Je suis arrive ce matin... il y a une heure... Tous ne devineriez jamais ce qui m'amène. Je viens épouser ma cousine.
NEUBOURG
Pauline !
INon ; elle est charmante aussi, Pauline.... mais des t^ngagemens antérieurs... Un militaire n'a que sa parole.... c'est ma cousine Amélie que j'épouse.
NEUBOURG, surpris.
Amélie.
Oui , monsieur ; ces amours-là datent de loin : j'avais neuf ans , elle en avait cinq ; nous nous appellions déjà mon petit mari, ma petite femme... et lorsqu'on nous voyait ensemble, on ne se gênait pas pour dire : Ils sont faits l'un pour l'autre.
Air.
Quand nous traversions le village , On répclait en souriant I Voyez donc le joli ménage , Ils feront un couple charmant.
NEUBOURG
Amélie a , je le confesse , Tenu ce qu'elle promettait.
Et j'ai suivi, par politesse, L'exemple qu'elle me donnait.
W EU BOURG , a part.
Modeste comme un hussard.
Entre voisins , pas de cérémonie ; je n'ai vu Amélie qu'un instant et devant sa sœur, nous n'avons encore pu rien nous dire de sérieux... Je vous laisse maître du parc, du jardin. .. de l'extérieur, et moi je vais voir si la toilette de ma femme est terminée.
NEUBOtJRG.
Monsieur, permettez...
Ne vous dérangez pas.
AMÉLIE , se montrant à la porte du pavillon. Je suis là.
lîEUBOtJRG.
Allons , monsieur, je ne vous retiens plus.
( Frédéric sort à gauche. )