‹ Le cousin Frédéric, ou, La correspondanceChapitre 20 sur 21 · AMÉLIE, FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

AMÉLIE, FRÉDÉRIC

FRÉDÉRIC, au domestique qui entre avec lui et qui disparaît aussitôt. Eh ! non , vous clis-je , ce n'est pas sa main. (Apercevant Amélie.) Amélie 1

AMÉLIE

Approchez , Fréde'ric.

Dans la position où nous nous trouvons l'un et l'autre , j'aurais désiré, madame, quitter lechâteau sansvous revoir.

AMÉLIE

Je le conçois, monsieur; mais moi qui n'ai pas les mêmes raisons pour fuir un parent que ma mère honora jadis de son amitié, jt; suis hien aise de le revoir; avant qu'il s'éloigne , je désire qu'il m'explique son étrange conduite.

Etrange!... Quel nom donnerais-je à la vôtre?

AMÉLIE

La mienne est toute naturelle.

Mais les récriminations deviennent superflues ; de grâce, Amélie , recevez mes adieux.

AMÉLIE

Non, monsieur, je ne les recevrai pas.... il faut auparavant que M. de INeubourg....

Soyez sans inquiétude,... j'ai tout pris sur moi... Je lui ai fait un conte qui n'avait pas le sens commun.

AMÉLIE

Mais vous voulez donc me perdre ?

Moi , vous perdre !

Air : Ah ! si madame me voyait.

Moi qui démens ce que j'ai dit , Qui sur notre correspondance Vous jure ici de garder le silence Qu'à ma bouche l'honneur prescrit.

AMÉLIE

Mais je ne vous ai pas écrit.

Eh! pourquoi feindre davantage.

Plus que jamais je suis discret 5 Je concevrais un tel langage Si votre époux nous écoutait.

KEUBOURG, à part.

C'est que précisément il est là.

AMÉLIE

Si VOUS n'êtes pas le plus méchant de tous les hommes I. . .

J'en suis la plus généreux , et je le prouve en vous donnant un bon conseil.

AMÉLIE

Un conseil?... à moi?...

Le meilleur de tous... Défiez-vous de votre mari.

NEUBOURG, caché.

Qu'est-ce qu'il dit donc.'

( 33) Mais vous avez donc perdu la tête?

FHÉDÉRIC.

Je sais ce que je dis... Defiez-vous de votre mari , de vos {»ons , de tout ce qui vous entoure... c'est nécessaire .\ la paix de votie ménage... M. de Neubourg vient de me tencire un piège.

AMÉLIE

A vous!... c'est impossible !

Mais nous ne sommes pas diplomates, on ne nous attrape pas aisément... M. de INeubourg, empruntant votre nom , m'a envoyé de votre part ce billet. (Il le lui montre.)

AMÉLIE

Il est de moi.

De vous!... Comme si je ne connaissais pas votre écriture !

AMÉLIE, impatientée.

Mais je vous proteste...

Vous êtes dans l'erreur... Ca ne ressemble pas plus à votre écriture... Depuis deux ans je dois la connaître; et, <juand je n'en aurais pas les caractères présens à la ménioire , je puis à l'instant même vous confondre. AMÉLIE , vivement.

Me confondre !. . . (;t comment ?

Par la comparaison des deux écritures.

AMÉLIE, impatientée.

Des deux écritures !

FRÉDÉRIC , gravement.

Amélie, après ce qui s'est passé, vos lettres ne pouvaient rester plus long- temps entre mes mains... Quoiqu'il m'en coûte , votre repos... nia délicatesse exigent ce sacrifice : ce paquet devait vous être remis après mon départ... recevez-le de ma main.

AMÉLIE , l'arrachant.

Donnez... donnez donc? (Ouvrant la lettre.) Que vois-je? (Riant aux éclats.) Ah! ah ! (Se tournant vers le pavillon.) Mon aniL FRÉDÉUIC , voyant le comte.

M. de Neubourg !

N EU BOURG

Moi-même.

Le diplomate était à sou poste.

Amélie , lui donnant la lettre.

Regardez... regardez... des lettres de ma sœur.

NEUBOURG

De Pauline ( Il éclate de rire. )

De Pauline ! est-il possible !

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