Convention nationale
Comité de sûreté générale.
Du 13 pluviôse, au h de la République une et indivisible:
Le concierge de la maison dite des Carmes recevra, pour demeurer
provisoirement en état d'arrestation, les nommés Daniel, prêtre, cy-
devant curé à Saint-Jean, et Vernon, cy-devant valet de chambre de
Louis le Raccourci, qui y seront conduits par la gendarmerie nationale.
Les représentants du peuple, membres du comité de sûreté générale-
Signé: Lavicomterie, Vadier, Louis, du Bas-Rhin.
maire do Paris, et Delphine Sabran, veuve de l'infortuné Custine fils !.
A côté de ces détenus il s'en trouvait beaucoup d'au-
). Convention nationale.
Comité de sûreté générale.
Du il ventôse, l'an n de la République une et indivisible : Le comité de sûreté générale, informé que la veuve Custine, demeurant rue de Lille, est eu étal d'arrestation chez elle, arrête que, snrte-ebamp, elle sera conduite à Sainte-Pélagie, et à défaut de place, dans toute autre maison d'arrêt; elle y sera détenue jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné.
Signé : Dubakban, David, Lwioomtkhie, Sue Lacoste, Vadiek, Amah, Louis, du Bas-Rhin.
Custine (Amand-Louis-Philippe-François), âgé de 25 ans, fut condamné à mort par le tribunal révolutionnaire de Pans, le 14 nivôse an u (3 janvier 1794), comme conspirateur, et exécuté le même jour.
En rentrant dans sa prison, après sa condamnation, il écrivit à sa femme la lettre suivante :
« A quatre heures du soir. »
« Je ne puis mieux commencer ma dernière journée qu'en te parlant des tendres et douloureux sentiments que tu me fais éprouver. Je les repouss» qnelquefois et quelquefois ils ne peuvent être éloignés. Que vas-tu devenir? Te laissera-t-on du moins ton habitation, du moins ta chambre? Tristes pensées, tristes images!
« J'ai dormi neuf heures. Pourquoi ta nuit n'a-t-elle pas été aussi calme ? Car c'est ta tendresse, non ta peine qu'il me faut. Tu sais déjà le sacrifice que j'ai fait. J'ai un pauvre compagnon d'infortune qui t'a vue petite et qui a l'air d'un bonhomme; on est trop heureux en finissant ses maux de soulager ceux des autres; fais savoir cl la à Philoctète. J'ai oublié de te dire que je m'étais défendu à peu près seul et seulement pour les gens qui m'aiment. Il faut te quitter... je t'envoie mes cheveux dans cette lettre. La citoyenne... promet de te remettre l'un et l'autre; témoigne-lui en ma seconnaissance.
« C'en est fait, ma pauvre Delphine, je t'embrasse pour la dernière fois ! Je ne puis pas te voir, et si même je le pouvais, je ne le voudrais pas. La séparation serait trop difficile, et cejn'est pas ie moment de s'attendrir.
« Que dis-je, s'attendrir!... Comment pourrais-je m'en défendre à ton mage? Il n'en est qu'un moyen, celui de la repousser avec une barbarie déchirante mais nécessaire.
«Maréputation serace qu'elledoitètre; et pour la vie, c'est une chose fragile par sa nature. Des regrets sont les seules affections qui viennent troubler par moment ma tranquillité parfaite. Charge-toi de les expri-
très qui, pour être d'une condition plus humble, n'en restaient pas moins dignes d'intérêt. Parmi eux figuraient les époux Loison, pauvres gens qui dirigeaient aux Champs-Elysées un petit théâtre semblable à notre Guignol d'aujourd'hui, et qui montèrent sur l'échafaud parce qu'ils avaient affublé une marionnette du costume de Charlotte Corday, et qu'ils lui avaient fait crier : a A bas Maratl »
Nous retrouvons aussi sur les registres d'écrou de la maison des Carmes le libraire Duplain, qui s'était évadé le 2 septembre pendant le massacre, et quelques anciens membres de la section du Luxembourg, notamment Stanley et Vitra.
Peu de semaines se passaient sans que plusieurs prisonniers fussent conduits au tribunal révolutionnaire, puis à la mort. Et cependant il arriva un moment où Fouquier-Tinville, trouvant que ces poursuites in-
mer, toi qui connais bien mes sentiments, et détourne ta pensée des plus douloureux de tous, car ils s'adressent à toi.
« Je ne pense pas avoir jamais fait de mal à personne à dessein; j'ai quelquefois senti le Vif désir de faire du bien, je voudrais en avoir fait davantage; mais je ne sens pas le poids incommode des remords. Pourquoi donc éprouverais-je aucun trouble? Mourir est nécessaire, et tout aussi simple que de naître.
« Ton sort m'afflige. Puisse-t-il s'adoucir, puisse- t-il même devenirheureux un jour! C'est un de mes vœux les plus chers et les plus vrais.
« Apprends à ton fils à bien connaître son père. Que des soins éclairés écartent loin de lui le vice, et quant au malheur, qu'une âme énergique et pure lui donne la force de le supporter.
« Adieu; je n'érige point en axiomes les espérances de mon imagina, tion et de mon cœur, mais crois que je ne te quitte pas sans désirer te revoir un jour.
« J'ai pardonné au petit nombre de ceux qui ont paru se réjouir de mon arrêt; toi, donne une récompense à qui te remettra cette lettre. »
dividuelles ne lui donnaient pas assez de victimes à sacrifier en un jour, imagina ce qu'on appela des fournées, c'est-à-dire des affaires où une même accusation englobait une foule d'individus. A cet effet, on fit courir le bruit que de vastes conspirations s'organisaient dans les prisons, et c'en fut assez pour perdre, en un instant, ceux dont on voulait se débarrasser. On commença par la maison de Bicêtre] soixante-treize personnes furent condamnées à mort en deux séances, les 28 prairial et 8 messidor. On passa ensuite à la prison du Luxembourg ; cent soixante-treize prisonniers furent conduits àl'échafaud en quatre fournées l. Puis vint le tour du couvent des Carmes. 11 y avait parmi les prisonniers de cette maison, un chirurgien nommé Virol, dont la tête se trouvait quoique peu affaiblie par suite de sa captivité. Un jour il se mit à crier : « Robespierre est un scélérat! » L'occasion était bonne, on la saisit avec empressement, et le 30 messidor (18 juillet 1794) un administrateur de police se rendant aux Carmes, fit conduire à la Conciergerie quarante-neuf détenus sous le prétexte qu'ils avaient conspiré. Quant à Virol, effrayé de cette visite, il se jeta parla fenêtre et se tua.
Cinq jours après, le 5 thermidor (23 juillet 1794), tous les accusés comparaissaient devant le tribunal révolutionnaire, et l'accusateur public, Foiujuier-Tin-
1. Voir sur ces sortes de jugements les intéressants détails que donnent M. le conseiller Berriat Saint-Prix, dans la Justice révolutionnaire à Paris (p. 9ii), et M. Emile Cainpardon, dans son Histoire du Tribunal révolutionnaire de Pari*.
ville, donnait lecture d'un acte d'accusation ainsi conçu :
Les conspirations toujours renaissantes des ex-nobles, des prêtres, des étranger?, agents de Pitt et de Cobourg, et de tous le? tyrans coalisés, exigent autant de surveillance pour les découvrir et de sévérité pour les réprimer et les punir, que les conjurés employenl de manœuvres, d'intrigues et de perversité à les préparer et à les conduire à leurs fins. Les prévenus, tous détenus dans la maison des Carmes, ont voulu aussi, comme ceux de la maison d'arrêt du Luxembourg et de lîicètre, se soustraire par la violence à leur détention, en usant des mêmes moyens pour consommer ensuite les mêmes forfaits et opérer la contre-révolution. Eu effet, il parait qu'un nommé Virol, détenu dans la maison des Carmes, était le chef de cette nouvelle conspiration qui coïncidait avec celle des maisons d'arrêt de Bicétre et du Luxembourg ; il paraît aussi que les conspirateurs des deux premières maisons av aient des intelligences et des correspondances secrètes dans celle des Carmes, et qu'ils intruisaient leurs agents et leurs complices de leurs projets et de leurs moyens d'exécution. Virol voyant ses trames perfides et contre-révolutionnaires découvertes, s'en est puni lui-même en se précipitant par une fenêtre.
Les chefs qui conduisaient ce complot paraissent être surtout Champagne, Beauvoir, ex-noble, Lesage, domestique, Ha^ rop, Anglais. Ces conjurés s'étaient procuré des cordes à l'aide desquelles ils devaient exécuter le projet d'évasion, pour ensuite consommer les plus horribles attentats envers les repi c-entants du peuple. On remarque encore au nombre de ces chefs de la conspiration G ou y rf'Avcy, cet ex-noble, exconstituant, auteur des désastres des colonies, qu'il a voulu livrer au despote anglais, et qui, dévoué au despotisme et àla tyrannie, a seni tous les projets, tous les complots dcCapet,
dont il se disait le sujet, contre le peuple français. Les autres conjurés sont pour la plupart connus pour s'être toujours montrés les ennemis du peuple : on y voit surtout Ckampcem.s/, ce contre-révolutionnaire lbrcené aux gages de la liste civile, et qui, dans l'infâme écrit connu sous le nom d'Actes des Apôtres, dont il était le rédacteur, n'a cessé à' attaquer la révolution et de chercher à anéantir la souveraineté du peuple et sa liberté ; Boucher d'Argis, cet ex-magistral du cydevant Châtelet dont on connaît les manœuvres, les intrigues et la mauvaise foi pour calomnier le peuple sur la journée des .'> et ti octobre 1789, el qui n'a cesse d'être pendant tout le cours de la révolution l'ennemi el l'oppresseur des patriotes, l'esclave de la liste civile, et depuis l'un des chefs de la Faction fédéraliste, n'ayant cessé de manifester hautement sou aversion pour la souveraineté et la représentation nationale.
On y trome encore Beri, ex-noble employé chez le Tyran, dont il n'a cessé d'être le partisan et dont il a servi tous les projets; Maisonneuf, l'un des gardes de Capet dans la garde dite Constitutionnelle, mais organisée pour la contre-révolution; Sa/m, prince allemand qui n'était, sous le masque du patriotisme, que l'agent caché de la coalition allemande contre la France; Monbaton, aussi ex-prince, frère de l'infâme cardinal, l'un des agents les plus actifs du despotisme des tyrans envers les peuples, et qui, sous les dehors du patriotisme et de la popularité, était le correspondant de ce piètre contrerévolutionnaire et assassin de sa patrie: Dmitichamp, frère de l'infâme chef de l'affreuse guerre de la Vendée; Alexandre Bemharnais, ex-constituant, ce complice des trahisons de Custine, et dont la retraite du commandement n'a été qu'une manœuvre pour faciliter la prise de Mayence en retardant la marche et les opérations de l'armée ; enfin Word, Irlandais, ex-général sous Dumouricz et son complice.
On devait y trouver et on y trome encore ces ex-nobles
complices et satellites de Capot, chevaliers du poignard, assassins du peuple dans la journée du 10 août, qui ne sont restés dans l'intérieur que pour y seconder par des conspirations les efforts des despotes coalisés à l'extérieur^ les Soycamui, 1rs Peslel, les Grandmont, Caumont, Waroquier, Les Dul>njit, Wallet, Carcado, Malet, Chambly, ami et complice de Gouy d'Arcy, l'intendant de Montmorin, Bourgeois, Humbert, et autres ennemis de la souveraineté du peuple etsuppùts nés de la tyrannie.
Les instigateurs de la guerre de la Vendée, ces prêtres imposteurs dont une insatiable cupidité alimente les fureurs contre-révolutionnaires, se sont joints à cette conspiration : Bruges, ex-constituant, ex-noble, ex-prêtre; Latyle, ex-curé et ex-législateur, partisan des Capet, des Lafayette; Deîaulne, Yerdier, Darehy, Deîerme, Caillol, Chevrier, Guilbert, aussi exprètres, se sont rendus complices des ex-nobles dans l'espoir de pouvoir encore tromper les peuples et régner sur eux par le fanatisme et le mensonge.
Enfin, des banquiers et des étrangers, agents des ennemis extérieurs, ont dû prendre et ont pris en effet la part la plus active à cette conspiration : les Gallet de Santerre, Bourk, Mignard, MarcilUar et Josne, domestique de Ward, ont cru dans cette conspiration trouver les moyens d'exécuter les ordres assassins de Pitt et de George ; mais la suneillance des magistrats du peuple déjouera perpétuellement ces projets liberticides et les fera tomber sur ceux qui en ont été les instigateurs et les auteurs.
D'après l'exposé cy -dessus, l'accusateur public dresse la présente accusation contre les y dénommés pour s'être rendus les ennemis du peuple, soit en entretenant des correspondances et intelligences avec les ennemis de l'intérieur et de l'extérieur, pour leur fournir des secours en hommes et en argent afin de fa\oriser l'invasion du territoire français, soit en participant aux trames et complots de Capet contre le
peuple, notamment dans les journées des "2S février 1791 et lit août 17'.i2, soil colin en tentant d'ouvrir les maisons d'arrêt et notamment celle dite des Carmes, de s'en échapper et d'anéantir et dissoudre par le meurtre et l'assassinat des représentants du peuple, et notamment des membres du comité de salut public et de sûreté générale, la représentation nationale, le gouvernement républicain, et rétablir la monarchie
En conséquence, etc., etc.
Fait au cabinet de l'accusateur public le 4 thermidor l'an u de la république une et indivisible.
S/;yw;, A. Q. FODQDIEB '.
Après la lecture de cet acte d'accusation, qui n'était qu'un tissu de mensonges, car on n'avait trouvé ni cordes ni quoi que ce fût qui pût révéler l'existence d'une conspiration, on procéda à l'interrogatoire des accusés. Cet interrogatoire fut très-court; il se borna, de la part de chacun d'eux, à décliner ses noms et qualités et à répondre par oui ou par non aux questions qui émanaient du président ; puis on entendit comme témoins, le sieur Revel (Jean-Baptiste-Benoît), qui tenait les registres de la prison, et le sieur Daubijal (Jean-Jacques), porte-clefs.
Sur quarante-neuf accusés, quarante-six furent déclarés coupables par le jury et condamnés à mort par le tribunal que présidait Coffînhal, assisté des juges Lohier, Harne et Laporte.
Les trois acquittés furent les nommés Jourdan, dit
1. Archives de l'empire. Section judiciaire. W. 429, 146e carton.
Bellepointe, militaire à l'armée du Nord; Pierre Chasseigne, tapissier à Paris, et Jean-Pierre Gonfreville, natif de Rouen. Quelques instants après, les quarantesix condamnés montaient sur l'échafaud.
Quatre jours plus tard, le 9 thermidor les eût sauvés]
Du reste, en prenant place sur les gradins du tribunal révolutionnaire, ces infortunés savaient déjà à quoi s'en tenir sur le sort qui leur était réservé. Aussi la veille au soir, le vicomte Alexandre de Beauharnais écrivait-il à sa femme la lettre suivante, témoignage des sentiments les plus tendres et les plus élevés :