Elle ne fut mise en liberté que le 10 vendémiaire an m
Voici ce qui est mentionné sur le registre d'écrou de la prison île Sainte-Pélagie :
« Du 10 brumaire an u, Marie-Françoise Beauharnais, femme divorcée, 35 ans, native de la Rochelle, citoyenne demeurant rue Neuve • - M tthurins, n° M, par ordre du comité de sûreté générale et de surveillance de la Convention. Taille de 4 p. 9 p., cheveux et suurcils noirs, nez bien fait, bouche petite, visage ovale, menton rond, front petit. Le 27 germinal an u, transférée aux Anglaises par ordre du comité de sûreté générale de la Convention, signé Dubarran, Amar, Jagot et autres. Réintégrée, le 4 floréal an u, à Sainte-Pélagie, en vertu de l'ordre des administrateurs de police. Le 8 vendémiaire an ni, transférée a Port-Libre (Port Royal), par ordre des administrateurs. 16 vendémiaire an m, mise en liberté.
Madame Marie-Françoise de Beauharnais était fille du comte Claude de Beauharnais et de Marie-Anne-Françoise Mouchard de la Garde, connue dans le monde des lettres sous le nom de comtesse Fanny. Elle eut de son mariage av^c le marquis de Beauharnais une fille (Emilie-Louise), qui épousa en 1802 M. le comte Chamans de la Valette, qu'elle parvint à soustraire i la mort, en 1815, au moyen d'un pieux stratagème.
2r,0 LE COi; VENT DES CARME?
de passe pour se soumettre à la loi du 28 germinal, elle fut arrêtée le soir sans en connaître la cause.
« Citoyens représentants, vous ne laisserez pas opprimer l'innocence, le patriotisme et la vertu...
i Rendez la vie, citoyens représentants, à de malheureux enfants ; leur âge n'est point fait pour la douleur.
« Eugène Beauharnais (âgé de 12 ans).
« Hortense Beauharnais {âgée de 11 ans). »
Les membres de la Convention ne se laissèrent point toucher par de tels accents ; Joséphine fut maintenue aux Carmes, et sans le 9 thermidor, les pauvres enfants qui signaient cette requête seraient certainement devenus orphelins ; et alors que de destinées changées !
A côté du vicomte de Beauharnais on vit monter à VéchafaudM. le comte de Soyecourt. C'était un homme de bien dans toute l'acception du mot, et les sentiments que chacun lui témoignait prouvaient combien il était aimé. Vaillant officier dans sa jeunesse, il avait quitté le service à 1 âge de 36 ans pour administrer ses vastes domaines et donner à ses nombreux enfants l'exemple des vertus de famille. Une de ses filles, Françoise-Camille de Soyecourt, s'était vouée à la vie religieuse et était entrée au couvent des Carmélites. Le 2 avril 1793, elle fut arrêtée sous la prévention d'avoir attiré des prêtres réfractaires et de leur avoir fait dire la messe dans la maison où çlle s'était retirée ; mais le 1 1 mai suivant, elle fut mise en liberté '. Neuf mois après, sa
1. Le registre d'écrou de la prison de Sainte-Pélagie porte en effet la mention suivante :
Françoise-Camille Soyecourt, âgée de 35 ans, native de Paris, reli-
sœur, Catherine-Louise-Sylvie de Soyecourt, ép do M. d'Hinnisdal, fut arrêtée à son tour, le 4 pluviôse an h (2 février L794) et conduite à la prison de Saint- Lazare. Le 24 du même mois, M. et madame de Soyecourt, qui habitaient leur hôtel de la rue de Verneuil, Éprouvaient le même sort. M. de Soyecourt était mené au couvent des (larmes, et madame de Soyecourt se voyait incarcérée à Sainte-Pélagie, où elle ne tarda pas à succomber le S germinal suivant (25 mars 1794 *).
Le lendemain de l'arrestation de son père , mademoiselle Camille de Soyecourt chercha à le voir dans sa prison; mais elle n'y put réussir. Le concierge refusa impitoyablement de la laisser pénétrer dans l'intérieur du couvent. Cependant, elle trouva moyen de lui faire parvenir quelques lettres auxquelles le malheureux prisonnier répondait.
C'est ainsi qu'un jour il lui écrivait : « il y a bien longtemps, ma fille, que vous ne m'avez donné de vos
pieuse carmélite de la me de Grenelle Saint-Germain, taille de 4 pieds 11 pouces, cheveux, sourcils et yeux noirs, nez long, bouche moyenne, - long, menton pointu, front moyen.
Entrée le i avril 1793. prévenue d'avoir attiré des prêtres réfractaires et de leur avoir fait dire la messe dans la maison où elle s'était retirée.
« La dénommée ci-contre a été mise en liberté le 11 mai 1793. à la réquisition du commissaire national du pouvoir exécutif près le tribunal du cinquième arrondissement du département de Paris, notifié par l'huissier dudit tribunal. Signé : T.webmer. »
1. Ce décès est consigné sur le registre d'écrou en ces termes :
« Marie-Silvine Béranger, femme So>/ecourt, âgée deiiOans, native de Paris, citoyenne demeurant rue de Verneuil Saint-Germain, n° 839, arrêtée par ordre du comité révolutionnaire de la section de la Fontaine Grenelle, signé Jacquemin et Nouvelle. Le 5 germinal l'an u de la République, la dénommée cy-contre est morte de mort uaturel'e, qui a été constatée par le commissaire de police de la section des Snns-Cutoites, qui l'a constatée par un procès-verbal dudit jour. »
2fii LE COUVENT DES CARMES
nouvelles; c'est cependant la seule, je ne ne dirai pal consolation, car il n'en est point pour moi; mais c'est une satisfaction bien grande de m'entretenir avec ceux qui me sont chers. Je suis au milieu de trois cents personnes sans que qui que ce soit partage ma douleur, ni ail connu celle qui en est l'objet; je végète en attendant ce terme heureux qui engloutit toutes les afTections1. »
Quelque temps après il lui adressa le billet suivant :
«Le citoyen embrasse sa chère Camille ainsi que son petit écuyer2; il est inquiet de ne pas recevoir de réponse de Péronne et désire savoir s'il en est venu de l'argent atin que ses enfants ne manquent point. Faites-le lui savoir demain. Pour lui, il ne manque de rien, il ne désire que le terme de son affliction. »
Le 27 germinal an u (16 avril 1794) la Convention rend un décret interdisant le séjour de Paris aux exnobles. Aussitôt M. de Soyecourt écrit à sa fille :
<< Il parait, ma chère enfant , que le" décret d'hier ne porte pas sur les prisonniers; j'en suis bien fâché, parce que cela me prive du plaisir que j'aurais de voyager avec vous; ce décret est positif, et vous n'avez pas de temps à perdre pour vous mettre en route. Je pense que le mieux est de vous en aller chez vous, à Tilloloy, où j'irai vous joindre quand je serai en liberté. L'embarras que j'y trouve est de vous y transporter, vu la rareté des chevaux; il faut cependant en avoir, roûfe' que coûte, ou aller par les voitures publiques, ce qui