Vie de madame de Soyecourt, p
2. 11 fut conduit à la maison du Plessis, puis mis en iiberté le 5 vendémiaire an ni.
3. Aubert fut arrêté à son tour, par mesure de sûreté générale, le 11
SOl'S LA TERREUR 265
Les choses en étaient là quand tout à coup un événement imprévu, quoique ardemment souhaité, se produisit à Paris. Nous voulons parler de la chute de Robespierre.
« Pendant toute la nuit du 9 au 10 thermidor, dit Coittant, nous avons entendu beaucoup de bruit, battre le rappel, la générale, sonner le tocsin, des cris dans le lointain , des proclamations qui nous parvenaient d'une manière confuse. On nous avait verrouillés de bonne heure dans nos cellules; tout cela nous causait la plus vive inquiétude.
« Le lendemain, notre anxiété se dissipa en partie ; nous apprenons qu'à trois heures du matin on est venu mettre Santerre en liberté. Nous ne sommes instruits qu'en partie des événements qui se sont passés, de ceux non moins extraordinaires qui arri ■ vent. Mais nous acquérons la certitude que, sans la chute de Robespierre et celle de la Commune orgueilleuse et conspiratrice, nous devions tous être massacrés. Le nommé Crépin , administrateur de police, à la tête d'une troupe de scélérats, attendait à notre porte l'affreux signal du carnage ; dans son impatience féroce, deux fois il se fît ouvrir la porte de notre prison, et c'était pour nous égorger. Lorsqu'il apprit que l'humanité triomphait, il accourut se cacher au milieu de nous; mais on refusa de le recevoir; il pleura, il dit
vendémiaire an m, et conduit le lendemain à h prison du Luxembourg. Le 24 germinal suivant, il fut transféré à Cambrai. Nous ignorons ce qu'il devint depuis.
qu'il n'avait été élu que malgré lui, qu'il n'était d'aucun complot, qu'il ne voulait que le bien l. »
La mort de Robespierre fut saluée avec enthousiasme par les détenus. Ils chantèrent des hymnes dans les corridors et ne rentrèrent que fort tard dans leurs cellules. C'était une véritable ivresse; chacun renaissait à l'espérance, et l'espérance pour le captif, c'est tout.
Du reste, la discipline s'était immédiatement relâchée; on permit à tout le monde, hommes et femmes, de communiquer ensemble et de se promener dans le jardin, plaisir dont on était sevré depuis longtemps.
Le 19 thermidor on mit en liberté plusieurs personnes. Destournellcs était du nombre. Ses camarades de chambre s'en réjouirent autant que lui et vidèrent maints flacons en son honneur. Le même jour les portes de la prison s'ouvrirent pour Joséphine de Beauharnais. Ce fut une agréable nouvelle pour tous les détenus. « Cette femme, dit Coittant, était généralement aimée ici. Le plaisir d'apprendre que Tallien venait soulager ses peines en brisant ses fers, excita mille applaudissements auxquels elle fut si sensible qu'elle s'en trouva mal. Quand elle fut revenue à elle-même, elle nous fit ses adieux et sortit au milieu des vœux et des bénédictions de toute la maison. »
Chaque jour qui suivit amena de nouveaux élargissements , et vers la fin de vendémiaire an m (octobre 1794), le couvent des Carmes l'ut totalement évacué.