CHAPITRE XVIII
Son origine. — Comment elle se composait. — Comité révolutionnaire. — Ses membres. — La section prend le nom de Mutins Scœvula. — Ce nom donne lieu à des plaisanteries. — Attitude 'le la section après le 9 thermidor. — Son adresse à la Convention à propos de la fermeture du club des Jacobins. — Archives de la section. — Description .1rs registres des délibérations. — Taxes révolutionnaires. — Composition des comités. — Cachets adoptés par la section.
La section du Luxembourg a, comme on l'a vu, pris une part active dans les divers événements que nous avons essayé de décrire. Nous croyons donc qu'il ne sera pas sans intérêt d'ajouter quelques détails à ceux que nous avons déjà donnés sur son organisation, et de montrer surtout l'attitude qu'elle prit après la réaction thermidorienne.
Cette section, on se le rappelle, avait succédé en juillet 1790 au district des Carmes, et son comité s'était installé immédiatement dans une des salles du séminaire. Quant aux assemblées générales, elles se tinrent aussi dans le principe au séminaire; mais, plus tard, le nombre des citoyens qui s'y rendaient ayant augmenté considérablement, il fallut chercher un autre local, et le choix s'arrêta sur l'église Saint-Sulpice.
Ces assemblées, qui se convoquaient à sonde caisse, avaient pour but principal de concourir aux élections, qui se faisaient alors à deux degrés. A cet effet, elles nommaient des délégués qui se rendaient à la Commune pour élire, tantôt le maire de Paris, tantôt les députés, tantôt le commandant de la garde nationale, les membres du tribunal révolutionnaire, etc., etc.
En dehors de ces élections, les assemblées générales procédaient directement à la nomination de leur président, puis du juge de paix et du commissaire de police qui devaient fonctionner dans la circonscription du Luxembourg.
La section avait en mitre un secrétaire qui était logé dans le séminaire. On lui avait confié la mission de rédiger les procès-verbaux des séances tenues par les assemblées générales et de conserver les archives. Malheureusement, le soin ne présida pas toujours à l'accomplissement de ces fonctions, et nous avons à déplorer aujourd'hui, au point de vue historique, la disparition de la plus grande partie de ces archives l.
1. Extrait du procès-verbal de la séance du 10 brumaire an 111 (31 octobre 170'.).
11 s'élève plusieurs discussions au sujet de h chambre qu'occupe le »ecrétain mblée générale; plusieurs membres se plaignent de
ce que les papiers de la section traînent par terre dans ladite chambre. Le secrétaire prouve qu'il n'a quitté l'ancien secrétariat que par ordre émané du comité révolutionnaire. Plusieurs membres demandent la lecture de cet ordre. L'assemblée, après l'avoir entendu, arrête qu'il sera inséré en entier au procès-verbal, et arrête, en outre, que le secrétaire reprendra l'ancien secrétariat.
L'ordre est ainsi conçu :
« Vigneuil a fait monter Maugas au comité révolutionnaire pour lui dire qu'il ait à déménager, sur-le-champ et promptement, les papiers et
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Lorsque les événements politiques eurent pris la gravité que chacun sait, la section devint elle-même un centre d'action énergique, et elle ne négligea rieo pour se constituer une force imposante. Outre le bataillon commandé par Tanche, trois postes de gardes nationaux étaient à son service: l'un, établi dans le séminaire même, se composait de quarante hommes sous les ordres d'un officier; les deux antres étaient installés boulevard Montparnasse et rue Notre-Dame des Champs. En outre, les trois barrières de Vaugirard, du Maine et de Montparnasse étaient gardées chacune par une dizaine de gardes nationaux commandés par un sergent. Au mois de mars 1793, par mesure de précaution, la section fît amener une pièce de canon dans la courdu séminaire, et huit hommes furent préposés chaque jour au service de cette pièce '.
A la même époque furent institués les comités révolutionnaires. Le 28 mars 1793, la section nomma membres de son comité les citoyens Gerbet, Audouin (Xavier), Lucron, Bernard, Cresté, Lauriau et Ca-
cartons de la section pour faire son secrétariat dans le local du comité de la société, et que la société tiendrait dans la chambre de feu Crison, et que pour le loger, il lui était accordé le local du procureur. Le comité révolutionnaire invite Villa à remettre la clef du procureur Craipnier pour le loger.
« Donné le présent, le 6 nivôse, et ont signé :
« Roche, président: Yigneuil, membre; Joan.net, secrétaire. »
1. Le 28 mars 1793, l'assemblée arrête que le commandant de la force armée donnera l'ordre, sur-le-champ, au capitaine des canonniers de convoquer sa compagnie pour amener la pièce de canon dans la cour du séminaire, et qu'il y ait toujours huit hommes de garde pour servir ladite pièce en cas de besoin.
(Archives de la préfecture de police. Procès-verbal du 28 mai's.)
I \ SECTION DU LUXEMBOI Itii.
naple. Ce dernier fut bientôt remplacé par M. Vincent. Les pouvoirs délivrés à ce comité étaient absolus; il pouvait mettre en état d'arrestation ou relâcher tels individus qn'il lui plairait.
Aussitôt constitué, ce comité révolutionnaire se mit à la besogne ; de nombreuses arrestations furent ordonnées; les personnes arrêtées étaient interrogées immédiatement et conduites, suivant les circonstances, à la caserne des Carmes. Nous verrons plus loin comment on procéda à l'égard de plusieurs d'entre elles.
Bientôt le comité demanda qu'on lui adjoignît d'autres membres, « pour le renforcer, vu les occupations surchargées et le grand nombre d'opérations qu'il y a à traiter. » L'assemblée, auquel ce vœu fut soumis, nomma immédiatement MM. Mennequin, Rochon, Jourdain fils, Villemain, Petit Gérard, Sevestre, Lerambert, Jallot, Desgournay, Gendron et Cloche.
Au mois de septembre 1793, le comité révolutionnaire et de surveillance de la section du Luxembourg fut renouvelé et se composa alors des citoyens Vitra, Lamontagne (Pierre), Roche (François), Stanley (Thomas-François), Chavessey (Nicolas), Dinanceau (Jacques), Lucron (Jacques), Vigneuil (Charles), Violette 'Jean-Deois), Pigalle (Denis-Antonin), Michel (Ovide- Marin) et Boutry (Pierre-Michel).
En vendémiaire, la section s'était débaptisée. Poussée par cet esprit destructeur qui cherchait à briser le passé jusque dans les moindres choses, elle prit le nom de Section Mutins Scœoola, nom qui plus d'une fois
fut tourné en ridicule par les sans-culottes, qui n'étaient pas autremenl familiers avec Les fastes de l'histoire romaine '. Après le '•' thermidor, elle s'appela de nouveau Section du L,uxembourrj, et les mômes hommes qui s'étaient montrés les plus ardents, les plus favorables aux motions violentes et aux mesures sanguinaires, devinrent de fougueux adeptes de la réaction. Triste exemple de la versatilité humaine!
Au 19 brumaire (9 novembre 1794), jour où disparut le club des Jacobins, l'attitude de la section du Luxembourg fut plus singulière encore. Ne sachant encore au juste quelle serait l'issue du désordre qui venait de se produire, plusieurs sections crurent prudent de protester contre la violence dont les Jacobins, suivant elles, avaient été l'objet. Dans la séance du 20 brumaire, une députation de la section de la Montagne se rendit au sein de celle du Luxembourg, et invita cette dernière à « dénoncer les citoyens qui avaient cherché à troubler la tranquillité
1. « Séance décadi, 10 messidor (28 juin 1794). — Présidence de Vitra. — Plusieurs dénonciations sont faites à l'assemblée. On s'arrête sur celle faite contre Lelii vie. l'aine, tambour de la section qui, par un rapport fait par Decatte, capitaine delà l-2e compagnie, et Jomard, capitaine de la 11e, se trouve accusé, par les citoyens qui l'ont entendu, d'avoir tourné en ridicule le nom de Mutins Scœvolu, lorsqu'il rappelait les citoyens pour assister à la lecture des lois, en disant aux citoyens et citoyennes : « Vous <:tes invités à vous transporter à la section des « Cervelas, pour entendre la lecture des lois. » L'assemblée renvoie cette affaire par-devant le commandant île la force armée de la section, à l'effet de faire punir ce tambour, qui parait avoir voulu avilir ou tourner en ridicule le nom de Mutius Scœvolu, que tous les bons citoyens doivent prononcer avec respect. »
[Archives de la préfecture de police.)
Li» SECTION DU l.l XEMBOURG.
publique et s'étaient portés à divers excès. » L'assemblée adhère à cette demande, déclare «qu'elle poursuivra toujours les perturbateurs du repos public partout
où ils se trouveront, et le président donne l'accolade aux commissaires de la députation de la section de la Montagne. »
Mais bientôt on s'aperçoit que le parti des Jacobins est à jamais anéanti et que la victoire reste à ses adversaires. La section juge prudent alors de s'incliner vers ces derniers, et à la séance du 30 brumaire, un membre propose à l'assemblée de « rapporter l'arrêté portant adhésion à la demande que présentait la section de la Montagne, et demande la nomination d'une commission pour rédiger une adresse dans laquelle la Section Mutius Scia, (la félicitera la Convention de son décret, qui ferme la salle de la Société des Jacobins. »
Cette motion est adoptée à l'unanimité, et l'assemblée nomme les citoyens Guillemin, Palanchon, Desbordes, Heu, Fialin, Royer, Fouquet et Gastebois. Ceux-ci se retirent aussitôl, et quelque temps après, ils rentrent dans la salle pour donner lecture de l'adresse suivante :
La section de Mutius Scœvola à la Convention nationale.
Le 1er frimaire, 3e année de la République (21 novembre 1794).
Citoyens représentans, La section de Mutius Scaevola vient désavouer formellement à votre barre l'adhésion qui fut surprise le 20 brumaire, vers
la fin de la séance, h un très-petit nombre de citoyens égarés par le langage astucieux des commissaires de la section de la Montagne.
Toujours ferme dans ses principes, la section de Mutius Scaevola, au 9 thermidor, fut la première dans votre sein à protester de son dévouement à la représentation nationale. Le 21 vendémaire, elle vint vous féliciter d'avoir abattu les tyrans, d'avoir fait succéder la justice à la terreur, et d'avoir donné au peuple une boussole qui, en dirigeantjtoules ses démarches, doit le faire infailliblement armer au port de la prospérité. Elle vient aujourd'hui vous féliciter d'avoir, par votre décret du 22 brumaire, pulvérisé la tyrannie, étouffé les germes de la guerre civile, et donné une nouvelle consistance au gouvernement républicain et démocratique que le peuple veut et qu'il aura, malgré les efforts de ces intrigants, de ces cannibales, de ces êtres encore dégouttants de sang qui ne se feraient point un scrupule de perdre leur patrie, pourvu qu'ils parvinssent à se soustraire au supplice que méritent leurs forfaits.
Continuez, citoyens représentants, à poursuivre ces tigres, ces lions qui, endormis sous des monceaux de cadavres, ne doivent s9 réveiller que pour déchirer, pour dévorer de nouvelles victimes : poursuivez-les, quelques repaires qu'ils choisissent; qu'ils n'aient d'autre asile que la solitude du crime, d'autre société que les remords s'ils en sont encore susceptibles; abandonnez-les au supplice le plus terrible qu'ils puissent éprouver; qu'ils vivent pour voir le peuple entier jouir, malgré eux, d'un bonheur qu'eux seuls ne goûteront point ; qu'ils vivent pour entendre le peuple, dans les transports de la plus vive allégresse et de la plus douce reconnaissance, répéter mille fois ces cris qui leur déchirent le cœur, ces cris qu'ils n'ont jamais proférés que pour égarer plus sûrement leurs concitoyens '.Vive la République '. vivent les mœurs! vive la justice! vive la Convention nationale!
Cette adresse, ainsi que le constate le procès-verbal du jour, est entendue avec le plus vif intérêt : « L'énergie la plus pure brille dans toute rassemblée, et la dernière phrase portant ces mots : Vive la République! vivent les mœurs! vive la justice! vive la Convention! est répétée par tous les citoyens qui la composent : l'enthousiasme est à son comble, et l'on arrête à l'unanimité l'adhésion de cette adresse et la présentation le lendemain à la Convention, par les citoyens de la section en masse. Les cris de : Vive la Convention! vive la République une et indivisible, retentissent de nouveau dans la salle, et tous les membres de l'assemblée se lèvent pour manifester leur joie, et répètent encore : Vive la Convention ! vive la République !
« On propose qu'en mémoire de cette belle journée, l'inscription qui se trouve à côté du président, et qui y fut mise d'après un arrêté pris dans la séance du 4 juin ', soit brûlée, le 1er frimaire, avec le procès-verbal dudit jour, en observant d'en séparer les couleurs bleue et rouge, et le bonnet de la Liberté qui la couvre et qui sera apposé sur la table des Droits de l'homme.
« Cette proposition est applaudie et de suite arrêtée ; mais un membre observe qu'il faut toujours se défier de son enthousiasme, et qu'il ne faut pas détruire cette inscription par le même sentiment qui l'a fait apposer. Il demande, en conséquence, que l'assemblée rapporte l'arrêté qu'elle vient de prendre, et que la
1. Nous n'avons pu découvrir quelle était cette inscription. Le procèsverbal du \ juin a été enlevé du registre qui le contenait.
discussion sur cet objet soit différée jusqu'à la prochaine séance.
« (les propositions sont appuyées et arrêtées unanimement. L'assemblée arrête en outre que le procès- \ ii bal du 4 juin sera lu à la prochaine séance '. »
Plus tard, l'assemblée générale de la section compléta son œuvre en destituant Joachiin Ceyrat de ses fonctions de président 2.
A partir de ce moment jusqu'au 13 vendémiaire an iv, époque où elle cessa d'exister comme les autres, la section du Luxembourg ne joua plus qu'un rôle insignifiant. Du moins nous n'avons rien trouvé qui lût digne d'être signalé.
Les archives de la préfecture de police possèdent cinq registres contenant les procès-verbaux des séances tenues par les assemblées générales de la section du Luxembourg.
Le premier de ces registres est relié en parchemin vert, et porte sur la couverture ces mots : Assemblées générales.
Sur le premier feuillet est écrit ce qui suit :
Le présent registre, contenant feuillets cotés et paraphés par nous, Antoine-Louis Lallemant, président du comité