CHAPITRE PREMIER
APPARITION DES CARMES EN FRANCE
Carmes de la place Maubert. — Leur ai rivée à Paris. — Réformes adoptées en Espagne. — Les Carraes-Déchaussés. — Construction de leur couvent. — Hôtels leur appartenant. — Eau de mélisse. — Noviciat à Charenton. —Canonisation de sainte Thérèse. — Fête donnée à cette occasion par les Carmes-Déchaussés. — Incidents de cette fête.
Ce fut en 1254 que parurent pour la première fois en France les religieux du Mont-Carmel. Plusieurs d'entre eux avaient quitté les rochers de la Syrie, où ils étaient en butte à de violentes persécutions , et se mettant à la suite du roi saint Louis, ils vinrent à Paris et s'installèrent dans une chétive habitation située sur les bords de la Seine, à l'endroit où fut élevé plus tard le couvent des Célestins '. Les Carmes portaient
1 . Le Roy, dit Joinville, pourvut les frères du Carme, et leur acheta une place sur Seinne, devers Charenton, et leur iist faire leur méson et leur acheta vestemens, calice, etc.. »
{Hist. de saint Louis, 1761, p. 152.)
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alors une sorte de manteau blanc rehaussé de bandes noires, ce qui leur lit donner par le peuple le surnom de Barrés '. En 1309, Philippe le Bel consentit à leur donner une maison beaucoup plus vaste, et surtout beaucoup plus saine. Cette maison, dite du Lion, était située au bas de la montagne Sainte-Geneviève, près la place Maubert. Eniin plus tard, sous Philippe le Long, leur nouvelle habitation étant encore devenue insuffisante, ils achetèrent, le 9 août 1380. les bâtiments du collège de Dace, qui étaient contigus aux leurs, et firent construire un vaste monastère avec une église dont le portail donnait sur la rue Saintllilaire '.
Les choses demeurèrent en cet état jusqu'à la fin du xvi1' siècle; mais à cette époque de graves abus 6'étanl glissés dans l'ordre tout entier, des réformes importantes furent adoptées en Espagne, puis en Italie, par de nouveaux moines qui prirent le nom de Carmes-Déchaussés (discalceati), parce qu'ils ne portaient que des sandales aux pieds. Bientôt le pape Paul V, émerveillé de ces réformes, écrivit à Henri IV pour obtenir de lui l'admission en France des Carmes-
1 . La rue des Barrés Saint-Paul, qui existe encore, doit son nom à ces religieux. Elle conduisait à leur couvent.
2. Cette portion de la rue Saint-Hilaire est aujourd'hui la rue des Carmes. Le couvent et l'église furent détruits en 1S11 pour l'installation du marché de la place Maubert.
Le 30 janvier 1811, Napoléon Ier rendit un décret dont l'art. 5 était ainsi conçu :
« Le marché actuel de la place Maubert sera transféré sur remplacement de l'ancien couvent des Carmes, près de cette place, et dont à cet effet nous faisons don à notre bonne ville de Paris. »
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Déchaussés. Le roi y ayant consenti, deux révérends pères se mirent en route pour Paris.
Voici comment Jacques Dubreuil raconte leur arrivé c :
« Ces religieux viennent de Rome, et l'occasion qu'ils eurent de venir fut un propre mouvement du Pape, auquel l'archiduc et l'Infante de Flandres avoient requis qu'il leur euvoyast de ces religieux, tant pour les establir en leurs pays comme aussi pour avoir sein des religieuses Carmélites, lesquelles ces princes avoient fondées et establies trois ans auparavant à Bruxelles et autres endroits. Le Pape voyant qu'il falloit que ces religieux passassent par le royaume de France 'pour arriver en Flandres, voulut escrire un brief exprès au Roy par lequel il lui offroit ccste religion et le prioit de s'en servir en son royaume. Et en escrivit un autre à M. le cardinal de Joyeuse par lequel il lui commandait de les présenter au Roy, et prendre soin de leur establissement. Tandis qu'ils estoient en chemin, advint la mort lamentable du feu roy, et arrivans à Paris, ils saluèrent la Royne et M. le cardinal lui présentai brief addressantau i'eulloy. Sa Majesté les reçut humainement et avec charité, et commanda que l'on leur depeschàt lettres. Ce qui fut faict et entrèrent en possession de la maison où ils sont à présent aux fauxbourgs Saint-Germain, l'an 1611, le jour de la Pentecoste, laquelle a été achetée des aumosnes des gens de bien. Ils n'ont encores à présent qu'une chapelle d'attente, laquelle sera ruinée quands ils auront une église.
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« L'un de leurs principaux bienfaicteurs est, comme I a\ entendu, monsieur Vivian, qui a acheté le lieu M. Barat '. »
L< - Lettres patentes du roi avaient été délivrées au mois de juin 1610 a, mais cela ne suffisait pas; il fallait qu'elles Eussent enregistrées par le Parlement, et ce dernier mit une certaine hésitation à accomplir cette formalité.
Le 23 septembre lt>10 le roi Louis XIII, sous la régence de Marie de Médicis, sa mère, envoya au Parlement, représenté alors par la chambre des vacations, un ordre ainsi conçu :
Nos amcz et féaux; Par nos lettres patentes en forme de charte du mois de juin dernier et autres à vous advenantes du ic de ce mois, vous verres la permission que nous avons donnée aux religieux de Notre-Dame de Mont-Carmel, autrement dit les Carmes-Deschaussez, de s'establir en cette bonne \ille de Paris et en celle de Lyon, le consentement des ordinaires et des communautez, à la vérification desquelles nos lettres, nous vous mandons et ordonnons procéder incontinent et du contenu en icelles, faire, souffrir et laisser jouir les dits religieux, cessant et faisant cesser tous troubles et empeschements à ce contraires. Car tel est notre plaisir.
Donné à Pari? le xxne du mois de septembre.
Signé Louis.
A la réception de cette lettre, le procureur général du roi se présenta devant la chambre des vacations ;
1. Théâtre des Antiquités de Paris, page 767, édit. de 1612, et 572, édit. de 1639.
2. Le texte de ces lettres se trouve dans les Preuves des libertés de l'église gallicane, partie IV, page 12.
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mais celle-ci renvoya la délibération au lendemain de la Saint-Martin, époque à laquelle les vacances du Parlement devaient cesser.
Cependant le 12 novembre arriva et on temporisa encore. Il était manifeste que l'admission dcsCarmes- Déchaussés soulevait de l'opposition au sein du Parlement. Mais au mois d'avril 1611, M. de Verdun, nouvellement nommé premier président, entra en fonctions '. Il se montra favorable aux nouveaux religieux, et peu de temps après son installation, les lettres patentes du roi furent enregistrées; le 22 mai suivant, l'archevêque de Paris, Henri de Gondy, leur octroya à son tour les autorisations qui le concernaient 2.
« Toutes les licences nécessaires estant obtenues, dit Claude Malingre, aussitost noble homme M. Maistre Nicolas Vivyan achepta de M. Barat maistre d'hostel du roy par l'entremise de M. de Lusson, controlleur de la chancellerie, une maison et un jardin assez ample au fauxbourg de Sainct Germain des Prez pour y construire un monastère sous le titre du glorieux espoux de la très-pure Vierge, le grand saint Joseph 3. Et bientôt après les religieux ayant accommodé quelques petites cellules assez grossièrement avec des ais et planté la croix, ils prirent possession du lieu. De sorte que la fondation du monastère de Saint-Joseph