prêta serment le 9 avril
-2. Voir le texte dans VHistoire de Paris, par Fei.iiukn. t. IV, p. SG.
3. D'après un plan de Paris, dressé par Mauriette en 1612, cette maison consistait en trois corps de logis continus et parallèles à la rue de Vaugirard. Ces bâtiments avaient peu d'étendue.
ù APPARITION DES CARMBS BN FRANCE.
des Carmes-Deschausseï de Taris fut faite et. commencée W propre jour de la Pentecoste do l'année 161 I . Jour heureux, jour de feu et de flamme, jour de sanctification, de dons célestes et de bénédictions surabondantes du sainct Esprit.
I i tte grande feste échéoit ceste année-là au 22e jour du mois de may, auquel jour la cérémonie fut faite par monseigneur le nonce Ubaldin, de la maison de Médicis et neveu du pape Léon XI... 11 célébra la première messe dans la salle de ladite maison où autrefois les Huguenots avoient tenu leur presche et où les mondains faisoient leurs plus notables récréations. Si bien que ce lieu prophane fut heureusement changé en lieu de saincteté et de bénédiction où se chantoient les louanges de Dieu...
«En Tannée 1613 le concours du peuple croissant de plus en plus, les premiers pères qui estoient pour lors, résolurent de commencer la fabrique de leur couvent et de bastir leur grande église où ils sont maintenant. Et en tesmoignage d'une sincère bienveillance, ils jugèrent à propos de déférer cet honneur à M. Yivyan leur premier bienfaicteur après Dieu, que de mettre les premiers fondements du couvent et en présence de toute la communauté des religieux, avec les prières et cérémonies accoustumées de l'Église, le septième jour de février de la mesme année 1613 ; le dict sieur Vivyan y mit la première pierre du costé droict du lavoir, comme on entre dans le réfectoire.
« Quant à leur église, la première pierre y fut mise
IPPAR11 ion DES CARMES EN l H A M !.. 7
le juur de leur glorieux pore et patriarche saint Elie, qui est le vingtième de juillet en la même année 1613,
par la Heyne mère Marie de Médicis, régente en France durant la minorité de son fils Louis XIII, accompagnée de quelques princes et princesses de sa cour qui assistèrent à la cérémonie et aux bénédictions qui furent faictes par le cardinal de Bonzi, évesque de Beziers, revestu pontifîcalement; la noblesse, avec les gardes et quantité de peuple qui estoit accouru pour voir la cérémonie, se rangèrent autour des fondements qui estoient très-profonds.
« La bénédiction de cette première pierre dura bonne espace de temps durant laquelle, afin de tempérer les grandes chaleurs qu'il faisoit et pour empêcher l'ardeur du soleil, on avoit dressé des tentes et pavillons pour y mettre les personnes de qualité. Les bénédictions ecclésiastiques étant achevées, les religieux vinrent en bel ordre en procession, tenant des cierges allumez en leurs mains, se renger modestement auprès du lieu où elle devoit estre posée. La Revue les suivoit avec une gravité royale, et arrivée à l'endroit désigné, Sa Majesté s'agenouilla humblement. Et auparavant que d'asseoir cette première pierre, on y jeta quelques pièces d'or et d'argent avec mille bénédictions, acclamations de joye et d'actions de grâces que cette noble assistance donnoit à Xostre Seigneur.
« Tous les cœurs furent remplis de resjouissance et d'allégresse quand on vit la Reyne prendre du mortier
APPARITION DBS CARMES EN PR \Nr.K.
sur une truelle d'argent qu'elle jetta de bonne grâce sur la pierre béniste qui estoit de marbre, et sur laquelle estoienl gravées ces parolles latines : Maria Medicea Hegina mater, fondamentum hujus ecclesiœ posuit atmo H'. i:5 '. Cette première pierre fut mise au costé droict de l'église, c'est-à-dire au gros pillierqui esta du grand autel où se chante l'Evangile et qui soutient l'arcade delà chapelle de la très-saincte Yierge Marie.
« Tels furent les heureux commencements de cet illustre monastère 2. »
Ou ne redoutait guère alors que, moins de deux siècles plus tard, ce couvent, inauguré sous d'aussi favorables auspices, deviendrait le théâtre des scènes les plus sanglantes, et qu'à ces acclamations de joie succéderaient les cris de farouches massacreurs el les gémissements de nobles victimes !
En même temps que les Carmes se faisaient construire ces bâtiments que rendait indispensables le nombre de leurs prosélytes, ils reculaient par des acquisitions successives les limites de la propriété Barat, en sorte que peu d'années après leur installation ils se trouvèrent possesseurs d'un vaste enclos que bornaient à l'est la rue Cassette , à l'ouest la rue du Regard, au nord celle du Chasse-Midi (aujourd'hui
1. L'église, terminée en 1620, fut bénite le 19 mars par Charles de Lorraine, évèque de Verdun, etdédiée solennellement, le 21 décembre 16Î5, sons l'invocation de saint Joseph, par Éléonor d'Estampes de Valençay, évèque île Chartres.
2. Les antiquités de la ville de Paris, 1640, p. 386 et suiv.
APPARITION DES CARMES EN FRANI l . o
Cherche-Midi) et au sud le chemin du Valgirard, actuellement rue de Vaugirard.
Au commencement du xviii* siècle, ils firent ('lever sur la façade de la rue Cassette et sur celle de la rue du Regard plusieurs hôtels qu'ils louèrent avantageusement, et qui, au dire de Piganiol de la Force, devaient rendre ce couvent le plus riche de l'ordre lorsque les pères auraient acquitté les dettes qu'ils avaient contractées pour construire ces beaux édifices *.
1 . Germain Brice raconte (Nouvelle description de la ville de Paris, p. 370, t. III, édition de 1725) qu'ils firent bâtir en 1704 « une maison fort jolie couronnée d'un entablement dorique, dans laquelle ceux qui l'occupent trouvent bien des commodités. Elle se trouve, dit-il, à l'entrée de la rue Cassette, du coté de la rue de Vaugirard. » Cette maison est aujourd'hui Y hôtel d'Hinnisdal. Saint-Foix, de son côté, affirme, dans ses Essais historiques sur Paris (1778), qu'à cette époque la location de ces divers hôtels rapportaient aux religieux près de cent mille livres de rentes.
Cette affirmation n'était pas tout à fait dénuée de fondement, car il résulte d'un état dressé en 1790 par l'administrateur des biens nationaux, que le montant des locations annuelles s'élevait à G6,176 iv. 15s., ainsi réparties :
M. et Madame de Helmstadt, hôtel rue Cassette
(aujourd'hui hôtel d'Hinnisdal) 4,000 1.
M. et madame Gouy d'Arcy, maison même rue
(aujourd'hui n° 34) 4,223 »
Madame de Nermont, maison même rue (aujourd'hui no 32) 2,900 »
Madame de Mosnac, maison même rue 2,100 »
M. et madame Moore, maison même rue. (Ces deux maisons forment aujourd'hui l'hôtel de
Salvandy ) 2,000 »
M. Mac-Mahon, maison rue du Regard 2,4S0 »
M. et madame de Robecq, hôtel (id.) 9,800 »
M. deMontbel, maison (id.) 1 ,000 »
M. deChalons, hôtel (id.) 1,632 »
M. de Croy (id.) (aujourd'hui d° 5) 8,382 15 s.
M. de Cambray (id.) 8,095 »
A reporter 47,176 1. 15 s.
10 tPPAMTICII DIS CARMES BU FRANCE.
Li - irdins le ce monastère, ajoute le même écrivain1, s<»nt très-i ov y voit tout ce qui peul - éables ou utUes. C'est dans l'apothicaire-
■ ce mon lie la composition de l'eau de mé-
lisse fut invent pourquoi on la nomme souvent
larmes. Les religieux de ce couvent font un dt'-liit très-considérable de cette eau, et quoiqu'il- affectent de la déguiser en disant qu'elle est composée de plusieurs sortes d'herbes qu'ils cultivent dans leurs jardins, le public sait à quoi s'en tenir et que ce n'est que de l'eau de mélisse telle qu'on en fait partout ailleurs 2. »
La vente de cette liqueur était en effet très-productive 3, et les religieux avaient eu soin de se faire délivre]'
Report 47,170 1. 15 s.
M. de Brézé, hôtel au coin des rues du Regard et du Cherche-Midi 7,000 »
M le C ■:■'. a id.) (aujourd'hui hôtel du conseil de guerre) 12,000 »
Archives de l'hôtel de ville.
t-Foix ne 'lit pas, c'est qu< I • dent de
nombr- - . ' ndamment d qu'ils distri-
buaient, ils devaient servir des rentes viagères ou perpétuelles à près de qn s -dix ]
1 . Description historique de la ville deParis. Édition de 1765, t. VIII.
- leurs jardins qu'ils récolta la composition de Veau de nu
■ tel de ville de Paris, une facture .ri er. herboriste, établissant que du iï noven 9 mai 1790, il avait fourni aux Carmes pour 75 1. 16 s. de plant dicinales.