Moniteur du 7 mai
,o L'ANCIEN SÊMIN URE s \ 1NT-SULPICE.
tionnaires du Luxembourg vinrent demander à M. Émery une des grandes salles du séminaire pour les réunions du comité, qui, aux termes de l'art. 4 du titre n . devait se composer de seize membres chargi
entre autres choses, de surveiller et de seconder au besoin le commissaire de police.
ML Émery céda immédiatement la salle des exercices et une autre pièce qui fut convertie en corps de garde1;
mais bientôt les réunions de la section devenant plus nombreuses, il lui fallut abandonner une troisième salle, la plus vaste du séminaire, celle des Étrangers.
Grâce à cette concession, il put demeurer dans le surplus des bâtiments, et sut ainsi se concilier l'esprit des membres du comité de la section.
Ce comité se réunissait an moins un jour par semaine (art. 8), et en outre, toutes les fois que des circonstances extraordinaires l'exigeaient. Quant aux assemblées générales, elles avaient lieu sur la convocation de la municipalité, par affiches et au son de caisse. Elles s'occupaient principalement d'élections, et constituaient à cet égard des assemblées 'primaires. L'art. 8, titre Ier du décret, portait en effet que « les sections formeraient autant d'assemblées primaires lorsqu'il s'agirait de choisir les électeurs qui devraient concourir àla nomination des membres de l'administration ou du département de Paris, ou à la nomination des députés
1. Pareille chose arriva en 1848 au nouveau séminaire. Un corps de garde fut installé dans une des salles du rez-de-chaussée; on y entrait par la porte de la rue Férou, presqu'en face celle du Canivet.
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que ce département devait envoyer à la représentation
nationale. »
Cependant le 14 juillet 1790, jour anniversaire de la prise de la Bastille, approchait, et la grande fête de la Fèdêrat'on devait avoir lieu au Champ de Mars. Tous les départements y furent conviés,' ainsi que les communes et les gardes nationales, et bientôt on vit arriver de toutes parts leurs députations. Ne sachant où loger tant de monde, la municipalité mit en réquisition les couvents et les casernes. Le séminaire de Saint-Sulpice ne fut point oublié dans cette répartition, et on lui adressa un certain nombre d'individus. M. Émery lit alors partir les Robertins pour Vaugirard, et il abandonna leur bâtiment aux fédérés, en chargeant M. Galais, que nous retrouverons plus tard au couvent des Carmes, de pourvoir aux besoins des nouveaux débarques.
Mais ce n'était pas tout : les préparatifs laits au Champ de .Mars pour la fête du 14 juillet étaient, comme on le sait, loin d'être terminés. On avait décidé que ce vaste emplacement serait entouré de tertres solides en terre qui le convertiraient en un cirque immense, tel que nous le voyons aujourd'hui. Mais quel que fût le nombre des ouvriers, il était douteux que l'œuvre fût achevée à temps. Un soudain enthousiasme s'empara de la population parisienne, qui résolut d'y travailler de ses mains '.
1. Histoire de la Révolution française, par Th. Barrau, p. 147.
;i \M il \ SÉMINAIRE SAINT-SULPICE.
« Le? habitants de la capitale, de tout sexe, de ton!
e, de tmit rang, accoururent au Champ de Mars; on \it arriver successivement 1rs tardes nationales des quarante-huit sections, les diverses corporations, précédées de tambours et de drapeaux, les élèves des col- -, 1rs habitants des campagnes, ayant à leur tête le eu!.'' en soutane et le maire décoré desi.n écharpe. Les femmes les plus distinguées de la société se livraieui à ce travail avec une grâce qui redoublait l'enthousiasme. On évaluait le nombre des travailleurs à plus de deux cent cinquante mille... Louis XYI vint voir les travaux et se montra profondément touché de ce spectacle '. »
M. Émery aurait complètement ignoré ces circonstances, si une députation de la section du Luxembourg ne s'était rendue auprès de lui pour l'inviter à envoyer au Champ de Mars les élèves qui étaient revenus en assez grand nombre au séminaire. M. Émery fit rassembler au son de la cloche une partie des élèves du grand et du petit séminaire, ainsi que les Philosophes, auxquels se joignirent les clercs de la paroisse, qu'on avait fait venir au séminaire 2.
« Tous ensemble, au nombre d'environ cent cinquante, se rendirent au Champ de Mars, accompagnés de l'abbé de Savine, supérieur de la communauté des clercs, et de plusieurs directeurs du séminaire. On les lit placer sur plusieurs iignes de douze ou quinze qui
1. Histoire de l'Assemblée constituante, par Alexandre de Lameth.
2. La communauté des clercs de la paroisse était établie rue Cassette.
marchaient de front dans les rues. Chaque ligne d'ecclésiastiques avail derrière elle une ligne de fédérés, et tous ensemble marchaient au tambour et au bruit des chants révolutionnaires. M. de Pancemont, curé de Saint-Sulpicc, fut obligé de les suivre; il se rendit au Champ de Mars dans sa voiture avec une pelle et une pioche placées aux portières. Les élèves du séminaire étaient accompagnés d'un certain nombre de Chartreux qui n'avaient pu éviter la même corvée, et qui, dans le trajet, donnaient le bras aux fédérés l. Arrivés au Champ de Mars, tous se mêlèrent aux travailleurs; c'était un acte de patriotisme auquel on tenait beaucoup plus qu'à leur travail; aussi la plupart en furent-ils quittes pour donner quelques coups de bêche ou de pioche, et on ne les obligea pas à revenir les jours suivants. Un des élèves du séminaire qui faisait partie des travailleurs, raconte que les patriotes leur donnèrent, en cette occasion, de singulières marques de bienveillance : « Us nous entretenaient, dit-il, de la gêne « dans laquelle on nous tenait au séminaire, et ils « promettaient de venir nous chercher le jour de la fête « pour nous conduire au bal... Par bonheur, ajoute-t-il, « on ne pensa plus à nous ce jour-là 2. »
On était encore sous l'impresssion de ces divers incidents quand parut le décret du 27 novembre 1790 qui enjoignait aux évêques, ci-devant archevêques et
1. Le couvent des Chartreux occupait toute la partie du Luxembourg comprise actuellement entre la rue de l'Est et la rue de l'Ouest. i, Vie de M. Emery, t. I«, p. 228.
curés conservés en fonctions, de prêter serment. Os devaient jurer « il-' veiller avec soin sur les fidèles du diou de la paroisse qui leur était confiée, d'être fidèles à li nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout leur pouvoir la Constitution décrétée par V Assemblée nationale et acceptée par le roi (art. 1er). » Or la grande majorité des prêtres en France ne voulait point reconnaître cette constitution civile du clergé, qui, à ses yeux, n'était qu'une violation manifeste des droits du pape, et portait une atteinte directe à la discipline de l'Église. Aussi, quand le président de l'Assemblée nationale interpella, dans la séance du mardi 4 janvier 1791, les ecclésiastiques, fonctionnaires publics, membres de l'assemblée, de prêter le serment en question, on vit M. l'évêque d'Agen et plusieurs curés après lui, montera la tribune et répondre, avec ce courage que donne toujours la conscience d'un devoir accompli, qu'ils ne prêteraient pas serment *.
Cinq jours après, M. de Pancemont, curé de Saint- Sulpice, faisait en chaire la même déclaration, et son exemple était suivi par tous les membres de la communauté des prêtres de la paroisse.
Quant à M. Émery, n'étant pas considéré comme fonctionnaire public par la raison que le séminaire de Sainfr-Sulpice n'était pas diocésain, il ne fut point tourmenté pour le serment et put, ainsi que ses directeurs, poursuivre librement les exercices du séminaire. Mais