Archives de la préfecture de police
dans l'église des Carmes déchauas. M. Ceyrat, commissaire de la section, marchait à notre tète ; il avait eu soin de nous placer entre deux gardes bien armés, nous enjoignant de les prendre par le bras. Ce qui ne l'empêchait pas de se tourner souvent, soit pour admirer Tordre de la marche, soit pour veillera ce qu'aucun des prisonniers n'échappât à la vigilance des gardes.
« Nous arrivâmes ainsi dans l'église, où M. le commissaire, après avoir fait l'appel des prisonniers, recommanda à la nombreuse garde qu'il nous laissa de veiller soigneusement qu'il n'y eût entre nous aucune communication. »
Ce récit est entièrement confirmé par celui que l'abbé Berthelet de Barbota fait de sa propre arrestation :
J'appris, dit-il, le 1 1 août après midi, que des gardes nationaux étaient xenus chez moi pendant mon absence pour me conduire à ma section, celle du Luxembourg... Je m'y rendis de moi-même et m'adressai à Legendre l, qui la présidait, pour savoir ce qu'on voulait de moi. Il me fit passer dans une salle \nisine où je trouvai trois particuliers qui me demandèrent si j'étais prêtre. Sur ma réponse affirmative, ils m'en\oyèrent dans une autre pièce où je fus bientôt rejoint par .M1-'" l'archevêque d'Arles 2. Nous y restâmes
1. Il s'agit ici de Legendre, boucher, demeurant alors rue des Boucheries Saint-Germain, et dont le nom est resté célèbre dans les annales de la Révolution; il avait été nommé président de la section le 30 juin 1792.
i. M6r l'archevêque d'Arles avait été arrêté, avec, ses trois domestiques, rue du Petit-Bourbon Saint-Sulpice, le 11 août 1792, à onze heures du matin. (Voir ci-après, p. 79, le procès-verbal de cette arrestation.)
jusqu'à oeuf heures du soir, ignoranl ce qu'on voulait faire de dous. Noua fûmes appelés alors, rouilles el réunis à soixante autres ecclésiastiques environ el conduits avec eux, entourés de gardes, par les souterrains du grand el du petit
séminaire dans l'église des Carmes '.
Là, il nous fuf défendu de nous parler; an garde fui mis à côté de chacun de nous et l'on nous apporta pour toute nourriture du pain el de L'eau. C'esl ainsi que nous passâmes la première nuit; el jusqu'au cinquième ou sixième jour. nouscouchamessurlepayedereglise.il fui ensuite permis, â ceux qui en avaient les moyens, de se procurer des lils de sangle el des paillasses. Le lendemain du jour où nous avions été enfermés étant un dimanche, nous demandâmes la permission de dir d'entendre la messe, el celle
consolation nous fui refusée, non-seulement ce jour-là, mais encore pendant tout le temps de notre détention... Cependant notre prison se peuplait tous les jours davantage, et, comme c'étail la nuit principalement qu'arrivaient d'autres prisonniers, nous étions fréquemment troublés dans notre sommeil par les propos outrageants et le cliquetis des armes des gardes qui les amenaient -.
La rue Cassette, celles de Vaugirard, des Fossoyeurs 3 et des Aveugles \ qui étaient principalement habitées par des ecclésiastiques, furent l'objet d'une
1. Nous n'avons trouvé, sur les anciens plans du séminaire, aucune trace de ces prétendus souterrains. Il est probable que l'abbé Rerthelet a donné ce nom à quelques galeries inférieures qui aboutissaient à une porte donnant sur la rue du Pot-de-Fer, en face celle Honoré-Chevalier.
i.Lcs Martyrs de la foi, par l'abbé Guillon, t. I", p. 163.